Philippe Simo : « Les médias ne te montrent pas la jeunesse active africaine qui donne de l’espoir »

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Il était une fois, une vision. La vision d’un ingénieur industriel camerounais qui démissionna d’un très bon  poste pour lancer une plateforme afin de promouvoir l’entrepreunariat et encourager les populations  africaines à se former à l’investissement. Cette histoire, bien réelle, est celle de Philippe Simo et de son  entreprise « Investir au Pays » qui depuis 2018, suscite engagements, ferveur et enthousiasme de ces  quelques 280 000 abonné.e.s sur Youtube et nombreux apprentis entrepreneurs venant se former auprès de lui  aux quatre coins du continent africain. Entretien.  

Bonjour Monsieur Simo. Pouvez-vous nous expliquer comment est née l’aventure « d’Investir au  pays », quelle a été la réalisation pour monter cette entreprise, comment ça s’est passé en termes  d’étapes ?  

« Investir au pays », est le résultat de questionnements personnels et de frustrations. Je pars du principe que pour  qu’un être humain puisse trouver son épanouissement total, il faut qu’il puisse trouver une activité qui va  correspondre à quatre choses : il faut que ce soit une activité que la personne aime, une activité au sein de  laquelle la personne a un certain talent, il faut que cela puisse rapporter de l’argent (sinon on rentre dans  l’associatif et cela ne permet pas de vivre), et enfin, il faut que cela cadre avec notre vision du monde. Par  ailleurs, Investir au Pays est mon entreprise la plus connue, mais elle fait partie d’une Holding.  

Je suis ingénieur de formation et pendant longtemps j’ai travaillé dans le domaine de l’énergie, et du  nucléaire (pétrole, gaz, nucléaire). Je travaillais dans un secteur qui me plaisait et dans lequel j’étais plutôt  doué, qui me permettait de gagner de l’argent mais je ne trouvais pas de sens à ce que je faisais. En rentrant  au pays lors d’un voyage, j’ai réalisé qu’avec peu de choses il était possible d’avoir un impact sur le vie des  gens au pays : avec 100 euros par exemple, on pouvait embaucher quelqu’un qui pouvait travailler pour  nous, dans le domaine agricole notamment. À partir de là, j’ai commencé à faire des investissements de plus  en plus grands, jusqu’à aujourd’hui.  

Si il y a une chose que vous relevez, et qui est au cœur de vos discussions et formations, c’est  l’investissement. Vous donnez l’impression qu’il ne suffit pas d’avoir de l’argent mais plutôt de  développer un état d’esprit « un mindset » pour pouvoir le multiplier, le rendre profitable pour nous et  pour notre communauté. Quelle est votre vision de l’argent et de l’investissement ?  

Ma vision de l’argent peut paraître très surprenante mais pour moi l’argent est un outil. Il ne faut pas espérer  que l’argent fasse pour nous ce pour quoi il n’est pas destiné! Beaucoup de gens attendent de l’argent  quelque chose auquel il n’est pas adapté, notamment le bonheur.  

L’argent n’a pas pour but de rendre les gens heureux. Par contre, je pense que c’est un outil de pouvoir, de  puissance. Ceux/celles qui ont de l’argent peuvent imposer aux autres leurs manières de faire. C’est pour cela  qu’en Afrique, on a beaucoup de problèmes. Notre population de manière globale, n’est pas assez riche  économiquement, et l’on se retrouve dans une société dans laquelle il y a beaucoup de problématiques liées à  la pauvreté, ce qui est une absurdité quand on voit le potentiel qu’il y a sur notre continent. Ma prise de  conscience a été de réaliser que l’argent est tabou dans nos communautés, les gens n’en parlent pas.  

Comment est venu cet état d’esprit de le décupler, et non de le dépenser ?  

Pour ce qui est savoir épargner de l’argent, on peut dire que c’est familial. J’ai grandi dans une famille dans  laquelle mon père était directeur général de banque, et qui a tout perdu du jour au lendemain. On a vu  quelqu’un qui avait tout et qui s’est retrouvé avec rien. Cela lui a apporté énormément de sagesse dans la vie,  et tout au long du parcours, mon père a essayé de nous faire éviter les erreurs qu’il a commises. Très tôt j’ai  été sensibilisé au fait qu’il fallait épargner.  

J’ai commencé à faire très gaffe à l’argent. Même si je ne savais pas quoi en faire au début, je savais au  moins que je ne devais pas le dépenser. Ça m’a pris d’avoir des sommes très importantes dans mon épargne,  même quand j’étais étudiant. Ma manière de vivre était bizarre pour beaucoup de gens, parce que le réflexe de  tous les jeunes c’est de dépenser l’argent, se faire plaisir. J’étais comme un alien au milieu d’eux. Et même,  quand j’ai commencé à travailler, j’ai gardé mon rythme de vie étudiant pendant cinq ans au moins, alors que  j’ai commencé à avoir des revenus beaucoup plus conséquents mais je maintenait le même rythme de vie. 

C’est le problème de notre communauté, les gens ne comprennent pas comment fonctionne l’argent, et de  fait, ils se mettent en péril à cause du besoin d’être satisfaits rapidement. On veut tout de suite.  

Il y a une véritable défiance concernant l’investissement sur le continent. Beaucoup ont peur de se  lancer à cause de perceptions sur les mauvaises administrations, les affaires qui tournent mal…  Comment pouvez-vous l’expliquer ?  

Le principal problème c’est que les gens se renseignent très mal. Ils vont aux mauvaises sources pour avoir  de mauvaises informations. Un bon entrepreneur ne va pas vous décourager, il va vous donner des mises en  garde. Quelqu’un qui a échoué au contraire, peut vous décourager et vous donner toutes les mauvaises raisons  pour ne pas le faire. Faites gaffe de ne pas apprendre auprès des personnes qui ont échoué. C’est pour cela  que j’agis avec « Investir au Pays » , en interviewant des entrepreneurs. Il y a deux Afriques : il y a celle qui  a ses challenges, pauvreté, corruption, politique etc, c’est l’Afrique dont tout le monde parle, car il ne  faudrait pas que les gens puissent rêver du continent. Puis, il y a une autre Afrique, celle des gens qui croient,  celle des gens pour qui c’est le paradis, mais eux on ne les voit pas. Les médias ne te montrent pas la  jeunesse active africaine qui donne de l’espoir.  

Que pensez-vous des petits business qui font tourner les économies locales?  

Je dirais que tout ce qui est grand a commencé petit. Mais rien de petit n’a changé le monde. Le problème de  nos business c’est que les business ne grandissent pas, naissent petit, stagnent et commencent à mourir.  

Qu’en est-il de la population qui n’a pas les moyens, ou le budget pour commencer à investir ?  

Ce n’est pas une question d’argent. C’est une question de business model. Le bon deal c’est de lancer avec  l’argent qu’on dispose. Ce n’est qu’en lançant un business en partant de pas grand chose qu’on arrive à comprendre les rouages de l’entrepreneuriat. On n’a pas besoin d’argent pour lancer un business mais pour  l’accélérer oui, pour le faire grandir. Lancer une entreprise c’est complexe. Les gens y vont au bonheur , alors qu’il est important de se former. Quand j’ai voulu me lancer dans le business par exemple, je  pensais que c’était intuitif. J’ai pris mes économies, j’ai fait des achats et j’ai échoué de nombreuses fois. J’ai  ensuite fait des formations. Aujourd’hui je sais quelles sont les tentations de ceux qui se lancent aujourd’hui.  

Question : Quelles autres qualités sont nécessaires pour se former ?  

La première base c’est de croire en soi. Il faut différencier la confiance en soi, et l’orgueil. La confiance en  soi dit : « il n’y a rien que quelqu’un puisse faire que je ne puisse pas faire, personne n’est plus intelligent que  moi. Si elle/lui a pu bosser, obtenir ceci, elle a un cerveau, deux yeux, deux pieds deux mains, comme moi,  je peux le faire ». L’orgueil dit « je suis meilleur que les autres ».  

Quand on veut lancer un projet, quel qu’il soit dans la vie, dans le couple, dans le business, dans la carrière,  la base c’est la confiance en soi, parce que c’est quelque chose qui se dégage, et parle même plus que notre  propre voix. Une fois qu’on a confiance en soi, il faut avoir une vision de sa propre vie. Il y a tellement de  définition de succès, mais la seule qui est importante c’est la vôtre.  

À force de vouloir atteindre les mêmes objectifs que les autres il est possible que vous finissiez par vivre une  vie qui n’est pas la vôtre. C’est comme prendre une échelle, la mettre sur un mur, finir de monter et réaliser  qu’on a mis son échelle sur le mauvais mur. Et ça arrive beaucoup. La première grande découverte d’un être  humain sur cette terre c’est « Qu’est ce que je suis venue faire ici ? »  

Parce que je pense que chacun de nous a une partition unique, qu’il est supposé jouer sur cette planète. Tant  que cette raison n’a pas été découverte, on ne peut pas parler de réussite. Puis, il faut créer un lien  direct entre notre vision et nos actions quotidiennes. Il faut avoir une vision, un plan, et traduire ce plan en  actions. Au quotidien dans votre vie, vous devez agir pour aller à la rencontre de votre grande vision.  

Quels sont les secteurs les plus porteurs en Afrique aujourd’hui?  

Ça dépend pour qui et pour quel budget. La banque, les mines et les énergies, les télécoms, les brasseries, les  cimenteries sont des secteurs très porteurs, mais pour y entrer il faudrait déjà avoir beaucoup d’argent. Pour  les petits budgets, je préconiserai surtout les pressings, l’élevage, ou l’agriculture. Cependant, aucun secteur  n’est bouché en Afrique, il y a toujours une place à prendre. 

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Rédactrice Société et Culture ELLE Côte d'ivoire
Curieuse et férue de tout ce qui nous entoure, je prends plaisir à m'intéresser à tous les sujets touchant aux femmes et tendent à rendre leur quotidien meilleur. J'aime mettre mon humble plume au service de la transmission significative et positive. J'adore chercher des méthodes qui améliorent notre vie personnelle, professionnelle, voir même spirituelle. Enfin, je suis également une vraie passionnée de littérature, de musique et d'histoire. Bonne lecture