Mutilations sexuelles féminines : le combat continue

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Toutes les 10 secondes, quelque part dans le monde, une petite fille est victime de mutilation génitale.

Co-écrit avec Ange Mboneye

Plus communément, appelées « excisions », les mutilations sexuelles féminines (MSF) sont toutes les interventions incluant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiquée pour des raisons non-médicales. Ces pratiques constituent une violation des droits des femmes et des jeunes filles et de leur intégrité physique.

Contrairement aux idées reçues, ces pratiques ne se concentrent pas uniquement en Afrique. Selon l’UNICEF, 200 millions de jeunes filles et de femmes en vie ont été victimes de mutilations sexuelle dans 30 pays situés en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Les diasporas ne sont pas en reste : on relève par exemple 60 000 cas déclarés en France.

Des conséquences physiques, psychologiques et émotionnelles 

les mutilations sexuelles féminines ont des conséquences graves sur la santé physique et mentale des femmes et jeunes filles concernées. À court terme, elles peuvent provoquer des douleurs violentes, une hémorragie, des infections bactériennes, des problèmes urinaires, voire des décès. Sur le long terme, les séquelles peuvent varier de problèmes vaginaux et menstruels, à de fortes douleurs lors des rapports sexuels, qinsi que des complications lors de l’accouchement, jusqu’au décès de la mère ou du nouveau-né.

Traditionnellement pratiquées par des matrones et parfois par le personnel soignant, les MSF sont le reflet d’une inégalité profondément ancrée entre les sexes. Le plus souvent, elles sont considérées comme un rite de passage à l’âge adulte, un acte préalable au mariage. Elles sont vues comme un outil d’acceptation sociale et un moyen de préserver la virginité des jeunes filles, de garantir leur « pureté ». Quelles que soient les raisons citées, il existe un point commun : la volonté de contrôler le corps et la sexualité des femmes et des jeunes filles.

Des acteurs-trices engagé.es sur le terrain 

WILILO est une association composée de 4 pôles d’action dont un pôle intégrité. Aujourd’hui centré sur la lutte contre les mutilations sexuelles féminines, le pôle intégrité a pour but de dénoncer toutes les atteintes physiques et psychologiques basées sur le genre. Grâce à l’organisation de live sur les réseaux sociaux mais également en rencontrant les acteurs qui luttent contre les MSF en Guinée, WILILO œuvre pour lever le tabou et libérer la parole des victimes.

asso_wililo/ post Instagram

L’association Une enfance scolarisée pour la promotion de la défense des droits de l’Enfant œuvre à l’est du Sénégal, à la frontière entre le Sénégal et la Guinée. Lors de la journée internationale tolérance zéro pour les MSF organisée par la plateforme “alerte excision”, le président de l’association, Hervé Bangar partageait l’importance de lutter contre l’abandon des MSF en optant pour une approche holistique. C’est-à-dire réunir toutes les conditions nécessaires pour l’épanouissement et les besoins essentiels des femmes et des filles. En commençant par l’éducation. 

‘’Si on offre l’accès à l’éducation pour tous et toutes, si on éduque sur les droits humains, les droits de la femme, les droits des enfants, alors il y aura une plus grande chance de voir les comportements qui vont à l’encontre des droits être questionnés, voire éradiqués. ‘’ Hervé Bangar 

On comprend l’importance de l’éducation comme levier au sein des communautés. 

Excision parlons en est une plateforme qui œuvre à la prévention des mutilations sexuelles féminines, et à l’accompagnement des femmes excisées en regroupant des acteurs variés tels que des juristes, des associations spécialisées dans les questions de droit d’asile, des associations œuvrant pour l’abandon dans les pays d’origine… 

Elle leur propose de se mobiliser pour la disparition des mutilations sexuelles féminines en privilégiant un travail en réseau (débats, renforcement d’expertises et échange d’expériences), en interpellant les décideurs publics et en diffusant de l’information sur l’évolution de la pratique dans le monde, en Afrique et en Europe.

En ce 8 mars, il est nécessaire de rappeler à quel point les mutilations sexuelles féminines demeurent un combat constant et extrêmement important pour lequel nous devons nous éduquer, nous mobiliser et nous indigner. Bien des sentiers ont été battus par l’engagement des acteurs-trices terrains mobilisés dans plusieurs pays d’Afrique, il n’en reste pas moins que l’apparition de la COVID-19 nous a démontré comment les progrès sociaux peuvent être anéantis par une crise. En cette journée internationale des femmes, n’oublions pas que les droits des femmes ne sont pas acquis, mais demeurent une lutte de tous les instants. 

Désireuse de voir un monde marqué par plus d'alliances et de justice réparatrice, je facilite des conversations complexes qui aspirent à créer des changements systémiques. En tant que Consultante en développement organisationnelle, je soutiens mes clients à transformer leurs pratiques organisationnelles et leur modèle de gouvernance pour les rendre plus réflexives, durables et inclusifs. Formée en médiation et résolution de conflit, j’explore l'impact des relations de pouvoir et de privilège au sein des organisations à but non-lucratifs et des institutions publiques. Passionnée d'écriture, mes écrits explorent la résilience et la résistance qui co-existent avec les enjeux de classe, genre et de racisme.