Interview de Monique Mukuna Mutombo

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« La femme africaine puissante et indépendante, n’est pas celle qui copie le modèle occidental, mais plutôt celle qui ne fait qu'un avec sa culture. »

Elle a 46 ans, elle est présidente de l’organisation des mères qui travaillent pour Donald Trump pour l’Afrique centrale et orientale. À cela, s’ajoute une autre casquette : celle de rechercher et assurer un partenariat économique dans le secteur privé entre les États-Unis et l’Afrique. Elle a également été la présidente de la plateforme socio politique, RDC NOUVELHORIZON 2016 qui compte six partis politiques, 90 associations de jeunes qui travaillent dans de nombreux secteurs, notamment la sensibilisation au patriotisme, la réinsertion des enfants-soldats et des enfants de la rue, l’encadrement des enfants travaillant dans les mines… Et 70 associations de femmes réunies en coopératives de développement, qui s’occupent des veuves et des orphelins. Parce que l’Empowerment des femmes bat son plein dans le paysage politique en Afrique, la rédaction a bien voulu interviewer madame Mukuna afin qu’elle nous partage généreusement son brillant parcours. Découvrons-la. 

 

– Commençons par une présentation ! 

Je suis Monique Mukuna Mutombo, j’ai 46 ans, économiste et mère de 2 enfants. Caractériellement, je suis une femme qui ne se plaint pas. Comme j’ai pour coutume de le dire : « C’est toujours bien d’allumer une petite lampe que de se plaindre de l’obscurité. »  Sachant que celle-ci pourra entraîner beaucoup plus de personnes vers cette lumière et qu’elles puissent en bénéficier. En gros, je suis du côté de la soumission plutôt que de la rébellion. 

– En bonne élève, j’ai pris le temps d’étudier votre profil et d’éplucher votre parcours. Et j’ai vu que vous avez été présidente de la plateforme Nouvel Horizon. Pouvez-vous nous parler plus précisément de l’aspect humanitaire de cette plateforme, à savoir les associations ? Comment sont-elles nées, quels sont leurs combats et objectifs ? 

Nous militons dans des associations depuis fort longtemps. Pendant 15 ans, j’ai eu le bonheur d’être à la tête d’une ONG qui avait pour mission de défendre les droits des femmes tout en les gardant dans leur contexte africain : c’est-à-dire libres, garantes de leur culture, ayant un apport économique et social dans leur environnement. C’est ainsi que nous avons observé les associations existantes au sein des partis politiques et nous avons compris que la problématique africaine avait pour soubassement le manque (criant) d’idéologie. C’est ainsi que nous avons créé en 2016, la plateforme politico-sociale RDC NOUVEL HORIZON qui reflète notre idéologie politique et par laquelle bon nombre de Congolais s’identifient.

En 2016, vous avez annoncé votre candidature indépendante aux élections Présidentielles de la RDC. Comment avez-vous vécu cette expérience en tant que femme ?

L’histoire est très courte. C’est l’histoire d’une femme qui fait preuve de courage déjà en créant sa plateforme politique, mais également en annonçant sa candidature indépendante aux élections présidentielles. Bien que nous nous soyons retirés en 2018, ce parcours fut très enrichissant, mais surtout très médiatisé. Une candidature féminine en RDC est mal vue, car une femme n’a pas sa place sur le fauteuil présidentiel, mais plutôt à la cuisine. Mais nous continuions de dire que la cuisine n’empêche pas d’avoir une idéologie politique, n’empêche pas d’être intellectuellement mature. L’Afrique a connu plein de femmes dirigeantes qui ont marqué le cours de l’histoire. Alors pourquoi pas nous ? Le plan n’était pas de se mettre en avant en tant que femme tout court, mais plutôt de mettre la lumière sur cette notion d’expérience dans la politique, l’économie, et même l’entreprenariat. Pour résumer, je me suis prononcée en tant que femme dotée d’expérience, d’une vision et d’une certaine idéologie. En gros, cette candidature a engendré beaucoup d’engouements positifs comme négatifs mais quoi qu’il en soit, nous l’avons bien vécue, cette aventure. Je n’étais pas la candidate des femmes, mais plutôt des Congolais.

– Si vous aviez été élue en 2018, quelles sont les premières actions que vous auriez posées en tant que première femme présidente de la RDC ? 

Nous avons compris une chose lors de cette aventure : aucun développement, aussi structuré soit-il, ne peut être effectif tant que l’exécutif et le judiciaire ne sont pas totalement séparés. Dans la plupart des pays africains, le judiciaire dépend essentiellement de l’exécutif. Or, notre vision était de renforcer les institutions et cela ne pouvait se faire sans une séparation de pouvoirs. Nous continuons encore cette lutte, car nous aspirons fortement à redonner à nos institutions et à la justice son réel pouvoir indépendant. C’est pour nous la réponse phare à l’équation du développement. 

– Quelles sont les discriminations subies par les femmes au Congo ?

La RDC connaît un phénomène malheureux : le viol. Nous subissons encore une guerre économique qui freine le développement, et c’est la femme qui en paie les frais malheureusement. Alors une femme à la tête de la RDC se veut comme un message fort pour tous ces groupes armés qui voient la femme comme un objet sexuel. Les veuves également sont beaucoup opprimées et restent souvent dans l’oubli. La femme, quel que soit son statut social doit être valorisée, et c’est alors que nous intervenons par le biais de nos associations. Car quand une femme est économiquement instable, c’est toute une famille qui l’est aussi.

– Quel est votre plus grand échec ? Votre plus grand succès ?

Je pense en âme et conscience que mon échec a été de n’avoir pas su concilier avec succès ma vie familiale et ma carrière. J’aurais voulu être continuellement présente pour mes enfants. Et mon plus grand succès, c’est d’avoir accompli ce que personne dans ma famille n’a pu faire et d’être également un exemple pour plusieurs. En très peu de temps, nous avons su gagner le respect des acteurs du monde politique, en raison de notre abnégation et qui n’est nullement rattachée à un passé familial politique. 

– Tout au long de votre carrière politique ou en tant qu’économiste, avez-vous subi des représailles dues à votre genre ?

J’ai pour principe de ne pas voir une difficulté comme une montagne, mais plutôt une opportunité de réussir. Ce qui m’a valu ce courage quand je me présentais aux élections présidentielles. Toutes les attaques et remarques désobligeantes, je ne les ai pas perçues comme liées à mon genre, mais plutôt comme des difficultés de carrière qu’il faut surmonter. Je n’ai donc pas subi de représailles parce que j’étais une femme. 

– Vous êtes également mère de 2 adolescentes. Comment avez-vous réussi à concilier vos responsabilités professionnelles et votre vie de famille malgré les difficultés que vous avez mentionnées plus haut ? 

Après réflexion, je dirais que ce n’est pas complètement un échec, car le bilan que je fais concernant mes filles, c’est qu’elles sont totalement indépendantes. Et c’est l’objectif de toute mère. Dès le départ, j’ai misé sur une éducation de non-dépendance envers personne. Et j’ai tout mis en œuvre pour que cela soit effectif. Je peux en être fière. 

– Que voulez-vous qu’on retienne de votre passage sur terre ?

Pour moi, la vie n’a pas de sens si elle n’a pas réussi à en changer des milliers d’autres. J’aimerais que la lumière que j’ai allumée dans mon pays demeure et se transforme en un flambeau qui illuminera, pourquoi pas, l’Afrique toute entière et qui ne s’éteindra jamais. 

– Comment voyez-vous la femme africaine aujourd’hui et comment aimeriez-vous la voir demain ?

La femme africaine aujourd’hui est en pleine évolution. Elle réalise, compte pour la société et aspire à voir ses efforts reconnus. Il y a cependant beaucoup de travail à faire, car plusieurs d’entre elles l’assimilent au modèle occidental. La femme africaine que je vois demain, indépendante, épanouie et puissante doit faire un avec sa culture. 

– Avez-vous un Leitmotiv ? Si oui lequel ?

Le partage est la plus grande des valeurs. 

 

Directrice Artistique chez Elle Cote d’Ivoire

« La créativité, ça me connait ! ». Incarnant le profil de cinéphile, photophile et littéraire, je suis une amoureuse de musique, de voyage et de cuisine. Journaliste rédactrice avant tout, je suis spontanée, créative, soucieuse du détail et multitâche. Je me perfectionne et me bonifie dans un environnement où règne l’esprit d’équipe. Silence, on tourne !