Les femmes, ces victimes oubliées des crises humanitaires

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Le Genre en crise

Ces dernières heures, depuis notre smartphone et feed instagram, nous avons été informés du séisme de 7,2 à Haïti, de la prise d’assaut par les Talibans de l’Afghanistan,  la pénurie d’essence au Liban, les incendies meurtriers en Algérie… Tout ceci au sein d’un contexte mondial toujours ébranlé par une crise sanitaire. Nous vivons un cumul de crises humanitaires qui nous laissent anxieu-ses et impuissant.e.s. Derrière des écrans, vidéos et pamphlets digitaux, peinent à témoigner le contraste vécu dans ces crises en fonction des identités de genre. 

Les sources médiatiques peinent souvent à souligner que nous ne sommes pas tous égaux face aux situations de crise. 

 En pleine crise humanitaire, sanitaire, politique, écologique… Les mécanismes de suivis se multiplient par les communautés vulnérables, dont femmes, en fuite à la recherche de lieux sûrs, qui se voient exposées à toutes sortes de violences. Entre exploitation, harcèlement sexuel, viol… Aujourd’hui, toutes les crises requiert d’être lu avec une lentille qui s’axe sur l’impact sur le genre. Oui, les femmes, mais le spectre du genre et des vulnérabilités étant large, nous parlons aussi des filles, enfants, personnes handicapées, personnes LGBTQ+, communautés indigènes… Des identités vulnérables qui se cumulent, s’entrecroisent, se rencontrent et qui toutes, vivent et existent toujours dans l’exclusion de la gestion des crises.  

Les femmes et filles dans le viseur des Talibans 

 Des femmes utilisées comme instruments de guerre en RDC, à l’enlèvement de jeunes filles dans les pays du Sahel, en Afrique nous vivons en plein cœur de  crises politiques qui défavorisent les femmes depuis plusieurs années. 

 De l’Afrique, à l’Afghanistan, nous voyons ces dernières heures des vidéos montrant la population afghane se replier vers le tarmac de l’aéroport, s’accrocher à des avions pour fuir la prise de Kaboul par les Taliban.  Dans la plupart de ces images et vidéos, ce sont des hommes et garçons, à la fuite. Mais aussi en mesure de fuir. Très peu d’images qui nous sont rapportées nous permettent de saisir les mesures permettant aux femmes de fuir. Pourtant, la prise d’assaut des Talibans est alarmante pour la condition féminine. 

 

Dans une entrevue avec France-Presse, Aisha Khurram, représentante jeunesse de l’Afghanistan auprès de l’ONU partage ceci : «C’est un cauchemar pour les femmes qui ont fait des études, qui envisageaient un avenir meilleur pour elles-mêmes et les générations futures».

 Au sein du journal, the guardian, une résidente de Kabul, partage que plusieurs jeunes femmes commencent à brûler et faire disparaître leurs diplômes pour ne pas être visées directement par les talibans. 

 Le retour des talibans pour la condition de la femmes, veut dire, l’incapacité de travailler, d’étudier, l’incapacité de quitter son domicile à condition d’être accompagné d’un tuteur masculin de sa famille. Et pour celles qui oseraient s’opposer aux règles de la Charia, flagellations et des exécutions sur la place publique. 

 Photo prise du Blog Girl’s Gone Child – photographer: unknown

 

De l’Algérie à Haïti : Les crises écologiques 

À l’heure actuelle, plusieurs pays font face à des crises humanitaires et écologiques. C’est le cas notamment de l’Algérie, ou des incendies meurtriers ont ravagé des forêts et encerclé des villages en Kabylie. Ces incendies s’expliquent par l’impact du changement climatique qui cause des sécheresses intenses, avec une montée de chaleur et des vents forts qui suscitent la propagation d’incendies. 

 De l’autre côté de l’atlantique, un séisme de 7,2 sévit l’île d’Haïti, l’un des pays les plus affecté par le réchauffement climatique, notamment parce que l’île est situé sur la route des cyclones, sur une faille sismique causant chaque 2-3 ans une catastrophe naturelle. 

 Comme pour les crises politiques, les crises écologiques affectent davantage de manière disproportionnée les populations déjà vulnérables. Selon Oxfam, lors de ces catastrophes naturelles,  les femmes auraient un taux de surmortalité cinq fois supérieur à celui des hommes. 

 Dans les zones rurales, ce sont les femmes qui sont chargées de l’approvisionnement en eau et en alimentation. (Mizero, Vida, Pradichit 2021) En période de crise écologique, elles sont donc les premières touchées lorsque survient une sécheresse ou des pluies qui ruinent les récoltes. Quand la nourriture et l’eau viennent à manquer, elles doivent redoubler d’efforts et parcourir plus de distances, pour subvenir aux besoins du foyer. 

 À chaque crise humanitaire qui survient, c’est un pas en arrière pour la protection des droits de l’homme et trois pas en arrière pour les femmes et populations vulnérables. Quand nous serons appelés à célébrer l’avancée des conditions des femmes, des populations LGBTQ+, des handicapées et autres populations vulnérables, nous aurons le devoir de porter et nommer ces contrastes existant. 

Quand nous racontons, nous renseignons sur des conflits, nous avons le pouvoir, mais aussi le devoir, d’intégrer une lentille axée sur le genre, sur la classe, sur le capacitisme, pour rendre visible les réalités effacées et oubliées en situation de crise.  

 Qu’elles soient afghanes, haïtiennes, palestiniennes, congolaises, certains diront quand elles font preuve de résilience, ou ont recours à des mécanisme de survis, pour ne pas être effacé de la conscience humaine. Quand le monde, endetté envers elle, s’écroule à leur pied, elles le replace sur leurs épaules. Premières victimes des décisions politiques, de l’économie impérialiste, de l’impact écologique, aux dépens de leur vie, de leur sécurité et de leur sûreté, elles remboursent la dette du monde. 

 

 

 

 

 

Désireuse de voir un monde marqué par plus d'alliances et de justice réparatrice, je facilite des conversations complexes qui aspirent à créer des changements systémiques. En tant que Consultante en développement organisationnelle, je soutiens mes clients à transformer leurs pratiques organisationnelles et leur modèle de gouvernance pour les rendre plus réflexives, durables et inclusifs. Formée en médiation et résolution de conflit, j’explore l'impact des relations de pouvoir et de privilège au sein des organisations à but non-lucratifs et des institutions publiques. Passionnée d'écriture, mes écrits explorent la résilience et la résistance qui co-existent avec les enjeux de classe, genre et de racisme.