Paule-Marie Assandre : Je pense que la solidarité est ce qui est le plus instinctif en nous

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Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je m’appelle Paule-Marie Assandre. Je suis entrepreneure autodidacte dans le domaine du textile et du bien-être. J’ai vécu au Canada et à Paris pendant environ 12 ans. Là-bas, j’y ai nourri une volonté de créer une marque de vêtement et depuis 2007, je l’ai concrétisée. Il s’agit de la marque Nikaule, qui se définit par du Made-in-Africa, avec la main d’œuvre du continent. Le deuxième volet du bien-être, est relié à mon histoire personnelle. Il s’agit d’ateliers de confiance et d’estime de soi par le biais de la danse, au nom de Body acceptance que j’ai créé à Paris en 2012 et que je continue à Abidjan depuis 2014.

Au sujet du mouvement « Body acceptance », quel est le processus qui vous a mené à créer ce type d’événements?

C’est une volonté personnelle qui vient de plusieurs choses. Tout d’abord, je ne voulais plus accepter le postulat qui sous-entendait que les femmes ne pouvaient pas s’aider entres-elle. J’ai eu l’envie d’aller à la rencontre d’autres femmes pour déconstruire les choses et pour comprendre la dimension de ce qu’était une femme. Ensuite, j’ai voulu aborder le sujet de la confiance, car selon moi c’est un sentiment qui n’est pas lié au physique ou à des acquis. C’est quelque chose que l’on décide. Au niveau du corps, beaucoup de femmes ont des complexes, et c’est souvent ce qui nous freine. On est tellement persécutées par des symboles de beauté globaux qu’il est parfois dur de conserver cette confiance en nous. Je voulais bâtir une sphère d’acceptation de soi, de guérison, et de bienveillance mutuelle dans le regard que les femmes se portent entres-elles.

 

À vous entendre, on pourrait imaginer que vous avez brisé un cycle ou déconstruit votre regard sur la femme. Comment arrive t-on à changer de regard et reconstruire une vision plus solidaire?

Je pense que la solidarité est ce qui est le plus instinctif en nous. La vie et la société, pour sauver les biens ou les hiérarchies de beauté, vont tendre à nous mettre les unes contre les autres pour répondre à des besoins. De mon côté, j’ai toujours cru en la solidarité entre femmes. J’ai refusé le schéma établi, et me suis interrogée sur les raisons de ces « rivalités ». C’est peut-être parce que j’y ai cru si fortement que je suis venue avec l’art. L’art permet d’ouvrir une sensibilité autre qui nous met directement plus à l’aise. La danse que j’ai souhaité apporter, est plus axée sur l’expression que la performance. Dans ces ateliers, on vient en tenue de danse, sur le même pied d’égalité, on oublie toutes les choses qui pèsent sur nous et on réalise que personne n’a d’attentes en face de nous.

 

Quel est selon vous, la perception de la société vis-à-vis du corps des femmes? Est-ce que selon vous, la société tend à enfermer les femmes dans leurs dimensions corporelles?

Complètement! En danse par exemple, on a eu à faire des spectacles où on cherchait à élever les esprits, et à raconter des histoires, mais malgré cela, j’ai réalisé que le regard masculin était plus centré sur la forme corporelle de la personne qui danse, et ne prêtait pas de crédit à la grandeur de la danse, plus sur le fait de voir les femmes se mouvoir par exemple. Le corps reste l’attribut de la femme qui la ramène toujours à la condition de femme/corps. Elle a beau vouloir sortir de ça, les gens vont plus voir la beauté, le corps, le coté glamour…

 

C’est curieux ce que vous dites. Est-ce que selon vous le regard de l’homme est un facteur déterminant dans la façon dont les femmes vont percevoir leur corps et se mouvoir ?

Bien sûr, car nous sommes encore en chemin. C’est quelque chose de difficile, même en terme de tenues. Le beau nous rattrape toujours, même lorsque l’on se dit « J’ai des bourrelets, mais je m’en fous ». On veut rester satisfaisant à cause du regard de l’autre personne. En ce qui concerne les hommes, les femmes vont avoir tendance à vouloir être assez séduisantes, elles vont préférer des chorégraphies qui les mettent plus en avant à celles qui les rendent masculines etc. C’est le jeu de la vie. Est-ce que l’on va réussir à dépasser cette condition? Est-ce que l’on devrait? Je ne peux pas répondre aujourd’hui. Et puis, même dans un univers de spectacle, on veut faire rêver en même temps. C’est également ce paradoxe qui fait partie du projet : les femmes viennent car elles aimeraient bien être Beyoncé à des moments de leurs vies. On leur donne l’impression aussi qu’elles peuvent faire rêver. Elles ne veulent pas faire rêver les unes contre les autres, elles veulent chacune leurs places, et être la plus belle pendant un soir car ça leur fait du bien. Ça fait partie du jeu aussi. Nous en tant que comptables, mères au foyer, on a envie aussi de mettre le beau body, la belle chevelure, car cela nous a fait rêver à un moment donné… Un autre jour, on veut être à 100% naturelle. C’est cet équilibre que l’on essaye de construire au quotidien et qui est fait de pleins de paradoxes.

 

Est-ce que l’art que vous représentez est un art de la vulnérabilité ?

Oui. C’est la chose qui me ressemble le plus. Et, c’est aussi ce qui fait que quand les femmes viennent, cette sororité est possible, parce que je me mets complètement à nue. Je me dépouille de tout, pour l’offrir. Je leur dit : « Voilà ce que j’ai mal fait, voilà qui je suis, voici ce que je peux faire pour vous, ça veut dire que vous pouvez faire pareil ». C’est la vulnérabilité de celui qui bâtit des choses. On présente souvent les femmes qui entreprennent comme des personnes qui ont tout pour elles, alors que ce n’est pas la vérité. Je suis aussi vulnérable que je suis entreprenante. Pour construire ce que j’ai construit avec les femmes, j’avais besoin de vérité, d’authenticité et de vulnérabilité.

 

Au sujet de votre marque de vêtement, pouvez-vous m’en dire un peu plus ?

Alors, le slogan est « Free to be different », c’est-à-dire refuser de rentrer dans les cases ou dans les codes déjà établis. C’est s’habiller selon ce qu’on veut, jouer avec l’on est. Ce n’est pas le corps le plus parfait, c’est s’exprimer en étant bien avec soi-même. C’est une suite logique.

J’ai commencé avec la marque avant de faire le mouvement « Body acceptance », et pour moi tous les deux sont complémentaires. C’est une suite logique.

 

Vous m’avez parlé de votre collection Made in Africa, quel est votre rapport au continent?

C’est ce que j’ai toujours connu. C’est ce qui m’as fait. Je suis née ici. C’est ce que je connais. Quand on va faire des études en Occident, on prend juste des connaissances, moi, je n’ai pas réussi à être liée en terme d’appartenance à d’autres continents, à part le continent africain. C’est à moi de lui donner des meilleures choses. J’ai souvent l’impression que le rapport avec les autres continents peut être un sentiment d’infériorité et je trouve ça dommage.

Rédactrice Société et Culture ELLE Côte d'ivoire
Curieuse et férue de tout ce qui nous entoure, je prends plaisir à m'intéresser à tous les sujets touchant aux femmes et tendent à rendre leur quotidien meilleur. J'aime mettre mon humble plume au service de la transmission significative et positive. J'adore chercher des méthodes qui améliorent notre vie personnelle, professionnelle, voir même spirituelle. Enfin, je suis également une vraie passionnée de littérature, de musique et d'histoire. Bonne lecture