Emilie Gomis : “Il faut rester soi-même, authentique et ne pas avoir peur de sa différence”

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L'athlète Emilie Gomis

Elle fait partie des meilleures basketteuses françaises, vice-championne olympique au JO de Londres en 2012, elle a été décorée au rang de chevalier de l’ordre du mérite par le Président de la République française.

Rare athlète féminine d’origine de Guinée Bissau a être médaillée olympique. Elle milite activement pour les droits de la femme et son émancipation.

Pour marquer le coup de ces Jeux Olympiques de Tokyo 2020, nous avons rencontré Emilie Gomis, l’ex internationale française de basketball, pour une interview à cœur ouvert sur sa carrière, sa passion et ses projets.

Présentez-vous à nos lecteurs ?

Je m’appelle Émilie Gomis, j’ai 38 ans, Française d’origine Sénégalaise et Guinéenne, issu d’une famille nombreuse de 4 frères et 4 sœurs. Ancienne internationale Française de basket, Vice- Championne Olympique, Championne d’Europe et Championne de France.

J’entame ma deuxième carrière pour devenir Manager General de club sportif professionnel. J’accompagne actuellement différentes institutions sportives à l’étranger : la Fédération Norvégienne de Basket et une école Norvégienne de Sport Elite dans leur stratégie de développement de la performance.

Je suis également engagée dans les instances comme sur les terrains avec mon association Tous Ego par Le Sport, je suis membre de la Commission des Athlètes de Haut Niveau (CAHN) au sein du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) afin de représenter les intérêts des sportifs en France. J’organise aussi des évènements avec mon association dans le but encourager l’éducation par le sport. Je vis entre la Norvège et la France.

Comment vous choisissez cette carrière ?

Quand vous avez un père sportif (ceinture noire de karaté) qui vous pousse à faire du sport ça aide forcément. Il a été peu présent lors de mes compétitions car il cumulais plusieurs jobs, mais très présent pour m’accompagner et subvenir à mes besoins afin que je puisse aller le plus loin possible dans ma carrière d’athlète. Je mesure combien cela est précieux.

Pourquoi cette carrière ?

J’ai toujours aimé les défis. Le challenge fait partie de mon ADN et plus le challenge est important et plus je suis motivée. Je n’aime pas perdre (rires).

Le sport correspondait parfaitement à ce besoin de relever les défis. J’ai passé 30 ans dans l’univers du sport. Cela était une évidence pour moi de continuer a y contribuer et poursuivre dans cet univers.

Emilie Gomis

Comment pourriez-vous définir vos débuts ?

J’ai commencé le sport sur les playground du quartier ou j’ai grandi à Évreux. Je jouais avec des garçons parfois bien plus âgés sur le terrain. Cela ne m’a jamais posé de problème car j’avais trois grands frères à la maison donc il fallait s’imposer. Sur le terrain c’était un peu comme à la maison je devais m’imposer. Je pense que cela m’a aidé à poursuivre ma carrière dans le sport de haut niveau et dans ma vie aujourd’hui. Rien n’est exclusivement réservé aux hommes !

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans les débuts de votre carrière ?

J’aime me différencier par mes tenues vestimentaires et dans le sport il y’a le collectif qui prime. On doit porter les mêmes tenues… On doit faire la même chose aux mêmes moments. Cela n’a pas été évident pour moi au départ car j’aime bien amuser la galerie et faire rire mes coéquipières.

Comment viviez-vous le fait d’être une athlète noire dans une équipe française?

Je vais être honnête le seul moment où j’ai ressenti que j’étais une athlète noire c’est lors de ma première année de basket à l’âge de 9 ans. J’ai intégré le club du centre-ville d’Évreux ou il n y avait que des blanches avec une différence culturelle et sociale. En grandissant, j’ai retrouvé une diversité tant au sein des équipes dans lesquelles je jouais que celles contre lesquelles je jouais. Le basket est l’un des sports les plus populaires au monde grâce des icônes comme Michael Jordan. Il est très inclusif.

Quel sentiment avez-vous ressenti lorsque vous étiez confrontée à l’abandon causé par votre blessure en 2010 ?

Forcement de la déception car j’avais participé a deux mois de préparation avec une belle prestation lors des matchs amicaux. J’avais gagné ma place en tant que cadre et leader de l’équipe, mais malheureusement notre pire ennemi pour les athlètes sont les blessures. Ça fait partie du jeu et la vie d’un athlète donc on relativise vite. La première blessure est plus difficile à encaisser mais cela forge notre mentale. Sur le moment, tu as l’impression d’abandonner l’équipe, puis, tu te concentre très vite sur ton retour pour revenir au top pour la prochaine compétition.

C’était quoi votre motivation pour revenir en force ?

Je pense que c’est le rêve de tout athlètes participer aux Jeux Olympiques. C’est ce qui m’a motivé pour revenir dans l’équipe et regagner ma place.

Quand vous regardez votre parcours et vos succès, quel mot vous vient à l’esprit ?

Persévérance !

Emilie Gomis

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez été faite chevalière de l’ordre du mérite en France ?

C’est toujours une grande fierté de recevoir une distinction nationale des mains du Président de la République. Le sport de haut niveau, c’est beaucoup de sacrifices et de travail dans l’ombre. Les gens ne voient pas tout ce que cela implique tout le travail de l’ombre et les nombreuses heures d’entrainement. C’est une belle récompense qui met en lumière un travail acharné de plusieurs années.

C’est quoi votre définition de l’empowerment ?

Avoir des convictions fortes et la capacité de les traduire en action.

Avez-vous des projets qui visent à favoriser la pratique du Basketball chez la jeune fille ?

J’ai créer une association en janvier 2019 qui a pour but de promouvoir la pratique sportive pour tous dont les filles. J’organise des camps de basket mixte afin que les filles puissent partager une même activité, un même projet sans distinction de sexe. L’objectif est de leur montrer qu’elles peuvent accéder aux mêmes choses que les garçons et avoir les mêmes perspective d’émancipation. La chance que j’ai dans mon sport c’est qu’il est populaire, urbain, ludique, accessible a tous et toutes et qu’il peut se jouer mixte. On aura d’ailleurs la chance d’avoir une nouvelle discipline le basket 3×3 au JO Tokyo 2020. C’est une preuve que cette discipline est populaire dans le monde entier 450 millions de pratiquants et cela se sont les chiffre de 2013. Cela a du encore augmenté en 8 ans.

Si vous aviez un combat qui prône l’autonomisation de la femme, lequel serait-ce ?

Défendre la place des femmes dans les postes à responsabilités auprès des instances sportives. Je pense que c’est en développant le pouvoir d’agir des femmes qu’on arrivera a obtenir l’égalité de statut avec les hommes.

3 mots qui définissent votre carrière.

Audace – Performance – Engagement

Quel est LE conseil que vous donneriez à une personne qui vous a comme modèle ?

Il faut rester soi-même, authentique et ne pas avoir peur de sa différence.  La diversité est une richesse qu’il faut cultiver. Cultive ta différence !

Emilie Gomis

Rédacteur Culture ELLE Côte d'Ivoire
Blogueur et amoureux du 7ème art, je suis une personne atypique qui aime voir le monde en couleur...une âme d'artiste dont tous les domaines de l'art me fascine. Je vous fais découvrir mes coups-de-cœur, les actualités culturelles et cinématographiques mais également de la beauté et de la bonté et c'est ce qui rend extraordinaire votre passage sur elle.ci.