BadgyalCassie: « Mon objectif est d’inciter les jeunes filles à se surpasser et briser les barrières sur leurs chemins »

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Femme à suivre

@Laura Bonnefous

Danse contemporaine, Hip-Hop ou danse classique… Aucune de ces disciplines ne fait peur à  Cassandra, répondant par l’appellation incisive de «BadgyalCassie ». Pourtant, c’est dans la danse africaine, issue de son patrimoine culturel, que l’originaire de Bangui excelle et se retrouve. Elle tend aujourd’hui à en faire une matière d’enseignement rigoureuse pour susciter l’ambition de jeunes filles de sa communauté artistique. Rencontre.

ELLE CI : Pouvez-vous nous parler de votre parcours? 

Je suis née à Bangui en Centrafrique et suis arrivée en France à 7 ans.  À 16 ans, j’ai suivi une formation de cuisine car c’était une évidence pour moi. En parallèle je poursuivais ma passion aux ateliers « Juste Debout » où je pratiquais le Hip-Hop, la danse classique et contemporaine.

ELLE CI :  Quand avez-vous décidé de vous consacrer pleinement à la danse? 

Au moment où je suis allée en Centrafrique après ma formation de danse. J’étais un peu perdue et avait besoin de me reconnecter avec ma culture et mon pays. Ce séjour a été une vraie révélation qui m’a amenée à vouloir me spécialiser en danse africaine. Il faut retrouver ce lien avec notre culture, c’est une base. Quand je suis revenue en France, j’ai commencé à faire de nombreuses vidéos sur Youtube qui m’ont donné une certaine exposition auprès de plusieurs célébrités, dont Drake et Naomi Campbell par exemple.

@Laura Bonnefous

ELLE CI  : Pourquoi la danse africaine ? 

Car c’est une danse qui vient de chez moi et que je trouve particulièrement authentique. C’est un puissant moyen d’expression qui permet de transmettre un message et de s’affirmer. En sortant de « Juste Debout », je n’avais pas d’autres alternatives que le Hip-hop, ou la danse que l’on qualifie d’« urbaine ». Je trouve que la danse africaine doit être promue au même titre que les autres disciplines, c’est mon combat quotidien. 

ELLE CI  :  Avez-vous rencontré des difficultés particulières dans cette quête d’accomplissement ? 

Pendant ma formation de cuisine, je savais que je voulais danser, mais c’était très difficile de l’assumer. J’ai dû faire beaucoup de sacrifices pour atteindre cet objectif, notamment en termes d’organisation. La journée, j’étais en formation de danse et le soir, je travaillais en alternance dans un restaurant.

@Laura Bonnefous

ELLE CI : Cela semble assez difficile de cumuler toutes ces activités. Comment avez-vous réussi à le surmonter ? 

Je pense que ma force réside dans mes moments de solitude. Je ne tiens pas à entrer dans la norme. Je n’ai pas eu de difficultés à affronter les regards désapprobateurs sur ce que je faisais. C’était mon choix, et j’en assumerais les conséquences par moi-même. Je n’ai pas hésité à m’isoler pour ne pas subir de pression extérieure. J’ai aussi souhaité protéger ma famille -surtout ma maman- des mauvais côtés et des coups durs que je subissais. 

ELLE CI  :  D’où-tirez-vous vos inspirations quotidiennes?  

Dans mes chorégraphies, je m’inspire beaucoup des musiques de Fally Ipupa ou de Serge Beynaud. Ce sont des musiques colorées, qui inspirent la joie et la bonne énergie et ça fait du bien! Quand je danse sur ces musiques, je repense à tout ce que j’ai vécu, et c’est comme si tout venait naturellement. À l’échelle plus globale, j’aime beaucoup ce que dégagent Rihanna et Zendaya en tant qu’artistes et icônes féminines. 

@Laura Bonnefous

ELLE CI : Vous êtes engagée pour démocratiser la danse africaine pour les jeunes filles grâce aux masterclass que vous dispensez. Dans quelles mesures est-ce important pour vous ? 

J’échange avec des jeunes comme moi qui n’osent pas danser mais qui en meurent d’envie. Pour beaucoup, leurs parents ne prennent pas la danse au sérieux. Mon objectif est d’être un exemple et les inciter à se surpasser, à briser les barrières sur leur chemin. Pour les jeunes filles, j’adore voir que la danse africaine a de l’impact sur elles, sur la perception qu’elles ont de leur corps, sur leur confiance en elles. Mais par-dessus tout, 

c’est un échange : je me nourris également beaucoup de la spontanéité et du naturel que ces jeunes me transmettent.

ELLE CI : Quelles sont, selon vous, les capacités ou qualités nécessaires à développer afin de saisir sa chance, dans la danse, mais dans tous domaines artistiques? 

Il ne faut pas se limiter, être patient et persévérer. Je me suis beaucoup entraînée et je continue encore à me surpasser quotidiennement. Il faut également faire preuve d’audace, expérimenter beaucoup de choses. Et enfin, je crois qu’il faut se connaître, écouter son cœur et savoir d’où l’on vient car être ancrés permet d’être en accord avec soi-même. 

 

Rédactrice Société et Culture ELLE Côte d'ivoire
Curieuse et férue de tout ce qui nous entoure, je prends plaisir à m'intéresser à tous les sujets touchant aux femmes et tendent à rendre leur quotidien meilleur. J'aime mettre mon humble plume au service de la transmission significative et positive. J'adore chercher des méthodes qui améliorent notre vie personnelle, professionnelle, voir même spirituelle. Enfin, je suis également une vraie passionnée de littérature, de musique et d'histoire. Bonne lecture