Ayodélé Ikuesan : “Fais ce que ton cœur te dis, n’écoute pas le qu’en dira-t-on”

Ayodelé Ikuesan

C’est l’une des figures les plus remarquables de l’athlétisme en France. Ayodélé Ikuesan possède plusieurs palmarès aux championnats du monde, aux Jeux de la Francophonie ainsi qu’aux championnats de France. Son professionnaliste et son talent lui valent plusieurs participations aux Jeux Olympiques. Elle continue sa carrière en lui définissant une autre tournure qui va aboutir à la législation. Son combat : permettre qu’il y ait une REEL parité dans l’écosystème sportif français et accompagner les jeunes sportifs”. C’est également une maman épanouie et engagée.

Dans notre optique de mettre en lumière les athlètes féminines qui impacte véritablement, (re)découvrez Ayodélé Ikuesan, la sprinteuse qui défit toutes les pistes de courses.

Ayodélé Ikuesan en 5 mots ça donne…

Sportive

Combative

Éclectique

Joyeuse

Déterminée

Comment vous choisissez cette carrière ?

J’ai commencé l’athlétisme à l’âge de 12 ans. J’ai réalisé mes premiers podiums au championnat de Paris. Je décide très vite de me spécialiser dans le sprint.  Une épreuve que j’affectionne particulièrement.

Puis j’ai choisi de m’investir à la commission des athlètes de haut niveau au sein du CNOSF pour porter la parole des athlètes encore en activité sur de nombreux sujets notamment la reconversion mais je préfère parler de double projet sportif, scolaire et professionnel et également porter des sujets sur le sport et les femmes ou la féminisation des instances sportives, la maternité des athlètes.

Engagée depuis 2017, je prends plaisir à co-construire avec d’autres athlètes issus de disciplines différentes, travailler sur des sujets juridiques, réaliser des questionnaires avec une seule et unique volonté apporter des solutions pour les athlètes.

Enfin, cet engagement m’a amené à avoir une proposition pour m’investir davantage au sein du lieu où j’ai grandi à Paris dans le 18ème arrondissement de la capitale.

Je suis actuellement élue en tant que Maire Adjointe en charge de la santé de la réduction des risques dans le 18ème arrondissement de Paris.

Pourquoi cette carrière ?

Une volonté de me prouver à moi-même que j’étais en capacité de faire quelques choses de mon corps. Je pouvais être studieuse et avoir la tête dans les livres mais aussi sur les pistes et dans le sport.

J’ai commencé par une carrière en tant qu’athlète de haut niveau, olympique sur le sprint et le relai ou tout a commencé parce que très jeune j’aimais courir et avoir cette sensation de vitesse.

Puis ma carrière politique est née de cette volonté de vouloir partager et remonter les problématiques des personnes que je côtoie. J’y vois également une opportunité pour moi de pouvoir transmettre un message fort aux  jeunes filles et aux jeunes hommes issus de quartiers populaires qui me ressemblent qui pourraient s’identifier à moi et leur transmettre un message que cela est possible. Il y’a différents parcours qui peuvent vous y amener, à faire de la politique. J’espère que mon parcours permettra de susciter des vocations.

Ayodélé Ikuesan

Comment pourriez-vous définir vos débuts ?

J’ai commencé l’athlétisme en école d’athlétisme. J’ai eu l’occasion de tester beaucoup de disciplines comme les cross, les sauts, les lancers et naturellement le sprint. C’était un groupe d’entrainement très sympa avec des filles du même quartier que moi. Nous prenions plaisir à nous retrouver aux entrainements au stade Championnet dans le 18ème.

Mes premiers souvenirs de mes débuts en politiques sont les campagnes de « tracktage »  les distributions du programme dans l’arrondissement et des échanges avec des personnes dans la rue, et lors des marchés. J’ai vraiment apprécié et j’ai pris beaucoup de plaisir à passer du temps avec les gens, discuter et trouver des solutions avec eux.

Cela peut paraitre étonnant d’être Maire adjointe en charge de la Santé. On m’attendait dans le sport. La santé est un milieu que je connais par rapport à mes études et mon parcours professionnel. En effet, j’ai travaillé en tant que chargée d’étude de la santé sur des projets d’essais cliniques et également des volets d’accompagnement dans le domaine des sciences de la vie.

C’est un domaine que je connaissais davantage sur le volet traitement que sur le volet institutionnel. Je découvre une autre facette de ce secteur que je trouve très intéressante.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans les débuts de votre carrière ?

Dans l’univers du sport c’est de cumuler les entrainements et mes études : les entrainements avaient lieu en fin de journée et je devais également faire mes devoirs après les entraînements. Je me couchais très tard pour suivre ma scolarité normalement. Il n’y avait pas d’horaire aménagé.

Dans la sphère politique c’est l’arrivée dans un nouveau milieu, je ne coche pas les mêmes cases que ceux qui sont dans l’univers politique depuis longtemps. Je prends cela comme un challenge et non comme une difficulté mais comme une opportunité et une véritable chance de pouvoir découvrir un autre milieu qui est très éloigné du mien au départ. Je crois profondément que l’innovation passe par la diversité des profils, des parcours, des origines, des cultures.

Comment viviez-vous le fait d’être une athlète noire en France ?

La chance de ma discipline l’athlétisme c’est qu’on a beaucoup d’athlètes noires issus de la diversité. Je l’ai bien vécu et je n’ai rencontré aucunes difficultés. J’ai eu quelques difficultés avec mon nom et mon prénom malgré toutes les années passées certains prononçaient mon nom avec une consonance particulière alors que le « an » en français se prononce « en » et cela a été très désagréable.

Qu’est-ce qui a poussé à travailler sur la loi sport ?

Je reste persuadée que la législation peut aider à faire bouger les lignes et faire évoluer le rôle des athlètes au sein des fédérations. En effet, les athlètes toujours en activité ou qui viennent de raccrocher leurs pointes peuvent apporter énormément dans la gouvernance des fédérations.

Je suis convaincu que c’est ce qui permettra d’accompagner les dirigeants de demain et d’avancer sur le sujet de la parité. Sur les 140 fédérations sportives seules deux fédérations olympiques comptent à leur tête des femmes.

Il y’a un vivier important d’athlètes qui s’engagent et qui veulent s’engager pour leur sport. Pourquoi ne pas les accompagner sur un parcours de dirigeants.

Quel fut votre sentiment lorsque cette loi fut votée ?

Quand la loi a été voté à l’Assemblée Nationale, (nous sommes toujours en attente d’un calendrier pour le passage au Senat) ce fut une immense fierté pour la commission des athlètes de haut niveau (CAHN) mais aussi pour moi à titre personnes car avec une autre athlète Astrid Guyart Vice-Présidente de la C.A.H.N nous avons défendu les amendements auprès des parlementaires.

C’est une immense  fierté aussi lorsque cet article adopté a été voté au sein du congrès du CNOSF parce que cela était un signal fort de l’envie de faire évoluer la position des athlètes et d’en avoir plus au sein de la gouvernance.

On nous répondait qu’il y avait déjà des athlètes et effectivement il y a des anciens athlètes au sein des fédérations. L’idée était d’avoir des athlètes en activité ou fraichement retraite parce qu’ils sont encore en lien avec les problématiques actuelles. Ce qui ne veut pas dire que ceux qui sont d’ancien athlètes d’il y a 30 ans n’en n’ont pas. Les choses ont évolué et c’est un peu différent qu’a l’époque. Un athlète encore en activité sera mieux remonte les difficultés que les athlètes déconnectent du circuit depuis de nombreuses années. Je crois profondément en cette combinaisons des expertises qui nous permettra de faire évoluer le sport et ces instances.

Ayodélé Ikuesan

Quelle est cette force qui vous a toujours animée à faire plus et à réaliser tous ces succès ?

L’envie de me dépasser et surtout de monter que c’est possible. On peut avoir une volonté forte de mener de front, une carrière de haut niveau, tout en poursuivant ses études et d’enchainer avec une carrière professionnelle. Je pense que je suis une femme naturellement engagée. J’aime aller au contact des gens, remonter les informations, trouver des solutions lorsqu’il y’a des difficultés mais aussi  dire les choses lorsqu’elle se passent bien au sein de la gouvernance sportive.

J’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas de raison que d’autres y arrivent et pas moi et qu’il ne fallait pas que mon capital social ne devaient pas m’empêcher d’atteindre mes rêves. C’est possible. C’est ce qui m’a toujours motivé. Si on a envie de faire quelques choses. Il faut y travailler, y croire et a force de détermination et de beaucoup de travail on peut y arriver. C’est aussi comme cela que j’ai été éduqué c’est que grâce au travail qu’on atteint ses objectifs. Le travail encore et toujours le travail une des clé de la réussite.

Qui sont vos modèles ?

Lorsque j’étais jeune j’avais le poster de Martin Luther King et son discours « I Have a dream ». Cela m’a beaucoup marqué.

Une personne qui m’a marqué au niveau sportif avant ces déboires (dopage) c’est Marion Jones. Dans une autre sphère autres que sportive c’est Christiane Taubira. Une qualité d’oratrice qui se fait rare.

Que considérez-vous comme un échec ?

Pour moi un échec c’est de ne pas oser, de ne pas tenter. Se lancer sur un projet qui échoue n’est pas un échec selon moi car on apprend toujours. C’est de l’expérience qui nous permettra de mieux appréhender les choses lors de notre prochaine tentative.

C’est quoi votre plus grande fierté ?

Je dirais mes plus grandes fiertés : c’est d’être une femme, une mère, une sœur !  Et d’avoir couru au Jeux Olympiques de Londres en 2012 devant ma mère, ma sœur et une tante et de refaire la même chose en 2017. Ma sœur portait un tee-shirt avec mon nom, et mon épreuve. Elle était fière de moi et c’est ça la fierté de rendre fière les siens

C’est de pouvoir être élue dans l’arrondissements ou j’ai grandi et surtout de mener à bien les projets et la carrière que j’ai choisie mais surtout en ayant une vie de femme et de mère. C’est le message que je souhaite aussi faire passer aux jeunes femmes qui pensent qu’on ne peut pas combiner les deux une vie de famille et une carrière politique. Cela demande beaucoup d’organisation mais ce n’est pas impossible.

Citez 1 chose pour laquelle vous souhaitez être reconnaissante.

Je dirais les rencontres que j’ai pu faire tout au long de ma vie, mon parcours professionnels et ma vie de femme. Ces rencontres familiales qui m’ont accompagné dès ma plus tendre enfance ou au niveau scolaire et sportif. Ces rencontres m’ont permis de progresser comme Giscard Samba mon coach qui me disait toujours « Le sport fait partie de ta vie mais ce n’est pas toute ta vie » ou encore au niveau scolaire et professionnel Claude Légal qui est mon mentor.

C’est grâce à toutes ces personnes que je suis la femme que je suis aujourd’hui.

C’est quoi votre définition de l’empowerment ?

On l’évoque beaucoup aujourd’hui. C’est la capacité à agir. C’est la capacité à reprendre le pouvoir à faire en sorte de faire bouger les choses dans toutes les sphères. C’est un phénomène important pour les jeunes filles pour poursuivre ces combats pour arriver à une égalité je ne sais pas si nous y arriverons mais faire en sorte qu’on réduise les inégalités, les discriminations dans les postes à responsabilités en entreprises, dans les fédérations, qu’on soit moins discriminées dans le sport qui montre autant des épreuves masculines et féminines. Cette capacité à agir et cette volonté de bousculer les anciens codes qui font que surtout les femmes sont moins représentées dans cette sphère.

Avez-vous un (ou des) combat(s) qui prône(nt) l’autonomisation de la femme ?

Dans le sport c’est vraiment de faire en sorte d’accepter la sportive en tant que femmes, mère et la considérer avec toute sa singularité prendre en considération le cycle menstruel, ou la maternité. Le fait d’avoir un enfant ne doit pas vous empêcher d’avoir une carrière sportive, ni politique ou professionnelle.

Quel est LE conseil que vous donneriez à une personne qui vous a comme modèle ?

Foncez !  Fais ce que ton cœur te dis, fais ce que tu as envie de faire, n’écoute pas le qu’en dira-t-on. «  Mieux vaut vivre de remords que de regrets. »

 

Rédacteur Culture ELLE Côte d'Ivoire
Blogueur et amoureux du 7ème art, je suis une personne atypique qui aime voir le monde en couleur...une âme d'artiste dont tous les domaines de l'art me fascine. Je vous fais découvrir mes coups-de-cœur, les actualités culturelles et cinématographiques mais également de la beauté et de la bonté et c'est ce qui rend extraordinaire votre passage sur elle.ci.