Alice Gnapa : « Il faut croire en son travail, se faire confiance et élever ses standards ».

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Une marque qui commence à faire du bruit

Alice Gnapa est la fondatrice de la marque Aliwax. À tout juste vingt-deux ans, la jeune femme est en plein éclosion avec ses sacs multicolores, accompagnant subtilement nos robes de cocktails, ou de sorties afterwork. Cependant, pour comprendre la designeuse, il faut avant tout se demander d’où lui vient cette confiance et cette abnégation. « La foi » , nous répondra-t-elle. En tous cas, nul ne peut nier sa détermination à se faire une place dans le secteur du luxe en Afrique francophone en développant une marque d’accessoires et vêtements à son image : chic, spontanée et originale. Rencontre.

  • Pouvez-vous vous présenter?

Je m’appelle Alice Gnapa. J’ai vingt-deux ans et je suis dans le secteur de la mode depuis que j’ai 16 ans. Depuis toute petite, je crée des sacs avec de la laine et du tissu. À partir de 2017, j’ai lancé ma marque officielle Aliwax, un mélange entre mon prénom « Alice » et le mot « Wax », et j’ai commencé à vendre des articles. Je me suis initiée à la confection grâce à Youtube.

  • Cela n’a pas dû être facile de commencer si tôt sans avoir beaucoup d’expérience… Comment cela s’est passé pour vous ?

Je peux dire que la première initiative était difficile mais j’ai quand même pu avancer. À 20 ans, j’ai commencé à m’inspirer de professionnels qui s’y connaissaient en maroquinerie et j’ai pu rencontrer des créateurs africains qui m’ont formé et encouragé afin que je puisse élever mon niveau.

J’ai aussi commencé par une page Facebook. C’était une aventure indépendante, je n’avais pas de charge. En même temps que je devenais créatrice, je devenais également blogueuse pour valoriser mes produits en ligne, et j’ai eu une communauté qui me suivait. Je ne m’attendais pas à ce que ça marche. Les gens qui me suivaient sont aussi devenus des clients qui m’ont permis d’avoir un fond, mais cela n’a duré qu’un certain moment. Cette année, j’ai été cambriolée, ma boutique a été cassée et je me suis retrouvée avec beaucoup de dettes.

  • Comment avez-vous rebondi face à cela?

Et bien… Il faut savoir que notre boutique est assez petite. L’atelier de confection se trouve dans le garage de mes parents. J’ai poussé un coup de gueule sur ma page, et j’ai eu beaucoup de soutien, notamment pour me remettre sur pied.

  • Qu’ont pensé vos proches, du fait que vous commenciez aussi tôt l’aventure de l’entrepreunariat ?

Ma mère n’était pas du tout d’accord au début. J’étais toute jeune. Alors mon père et elle se disaient que c’était un caprice. Ils voulaient que j’ai un diplôme, un emploi stable. Pour qu’il me laissent travailler, il fallait que je continue l’école et que je puisse avoir de bonnes notes. C’est ce que j’ai fait. Quand ils ont vu que les activités marchaient pour le mieux, et commençaient à avoir de bons retours et de nombreux clients, ils ont été rassurés.

  • Est-ce que tu pourrais définir ta patte artistique ?

Je peux dire que je m’intéresse beaucoup à l’univers du luxe et me forme beaucoup en ce sens. Les peaux d’animaux, pour moi, c’est un peu le ba-ba. C’est un code important du luxe.

  • Le Wax est très populaire dans la création de marques. Que penses-tu des personnes qui peuvent s’imaginer que tu surfes sur une vague?

Je viens d’une famille où le wax est considéré comme une richesse. Je suis née dans le wax, mes parents en ont toujours porté. Quand j’étais petite, je me rappelle avoir vu ma mère et mes tantes porter du wax. Ce qui est fou, c’est que c’est ce même wax qui m’a fait aimer la mode. Si c’est toujours aussi populaire aujourd’hui, pour moi c’est le symbole que les femmes africaines peuvent porter des tissus et des matières qui les rendent intemporelles.

  • Quel est votre objectif, pour Aliwax ?

Devenir une très bonne marque de luxe en Afrique, si ce n’est la première.

  • Vous avez fait polémique suite à l’affaire d’un sac, sur les réseaux sociaux. Pouvez-vous nous raconter cette histoire?

Ce sac blanc est un symbole. De la matière à sa confection, c’est une création qui me fait beaucoup penser à ma famille. Pour le confectionner j’ai acheté des peaux rares, des matériaux particuliers, et je savais que cela n’allait pas être un prix accessible dans tous les cas. Je n’ai pas eu tort car dès que j’ai posté le prix, j’ai reçu plein de commentaires me disant que le sac était trop cher. Mais ces gens qui critiquent ne sont pas avec moi lorsque je travaille, ils ne savent pas tout l’investissement qu’il y a derrière.

J’ai osé. Je ne suis pas le genre de personne qui a peur. J’étais la première étonnée lorsque car nous avons été en rupture de stock dès le premier jour. Cela me rend très fière. Je réalise que c’est nous- mêmes qui posons nos limites, et que tout est possible à celui qui croit.

  • Comment avez-vous réussi à développer cet état d’esprit ?

La réponse c’est la foi. Je crois vraiment que je suis porteuse d’une grande histoire. Toutes les difficultés que j’ai rencontrées ne m’ont pas fait changer d’avis. Je sais que quand il m’arrive quelque chose de difficile, c’est juste pour un temps. J’ai encore la vie devant moi et j’ai confiance dans le fait que je peux faire de grandes choses. C’est la foi qui me définit.

Je pense aussi qu’il faut avoir confiance en sa valeur et ne pas écouter les voix extérieures. Je n’écoute que les commentaires constructifs. Je me fais confiance, à moi et à mon flair.

  •   Avez-vous l’impression que c’est quelque chose issu du continent, de remettre en question les prix des designers?

Non, je pense tout simplement qu’il y a une cible en Afrique qui peut se permettre certaines choses. Il y a une élite. Elle n’est pas nécessairement remarquée à chaque coin de rue. J’ai placé la barre haute exprès parce que cela entre dans les standards de ma marque. Tant que la cible adopte ma vision, je pense que la marque peut vivre sans problèmes.

  • Que pensez-vous de la façon dont les femmes doivent être valorisées en Côte d’Ivoire?

Je pense que la meilleure façon de valoriser les femmes c’est de les habiller de façon chic et élégante. Les femmes veulent du beau. C’est ce que Aliwax fait, avec ou sans pagne. Nous nous efforçons d’apporter beaucoup d’originalité et je pense que c’est ce qu’aiment les femmes africaines.

  • Est-ce que vous auriez une citation inspirante à nous partager?

Non, mais je voulais juste ajouter que chaque entrepreneur doit savoir que son talent n’a pas de prix, lorsqu’il estime qu’il le mérite. Il faut croire en son travail, se faire confiance et élever ses standards.

 

 

Rédactrice Société et Culture ELLE Côte d'ivoire
Curieuse et férue de tout ce qui nous entoure, je prends plaisir à m'intéresser à tous les sujets touchant aux femmes et tendent à rendre leur quotidien meilleur. J'aime mettre mon humble plume au service de la transmission significative et positive. J'adore chercher des méthodes qui améliorent notre vie personnelle, professionnelle, voir même spirituelle. Enfin, je suis également une vraie passionnée de littérature, de musique et d'histoire. Bonne lecture