Entretien exclusif avec Audrey NGOH DAD, Collaboratrice parlementaire au Sénat français

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Femme à suivre

Les diasporas africaines représentent un fort potentiel d’innovation et de développement économique : selon la Banque Mondiale, les transferts de fonds en leur provenance sont estimés à quelque 42 milliards de dollars par an (2020). Au Sénégal par exemple, ces transferts représentent 12 % du PIB officiel, et presque 20 % du PIB réel (DER/FJ, 2021). Au-delà de ces transactions, de plus en plus de membres issus de diasporas africaines s’installent dans leurs pays d’origine – contribuant par là même au phénomène dit de « repatriation », tandis que d’autres, sans émigrer, orientent depuis la France leurs projets entrepreneuriaux vers les marchés africains.

S’il est pour l’heure difficile de quantifier l’apport économique de ces départs et investissements, force est de constater qu’il s’agit d’une dynamique prometteuse lorsque appréhendée au prisme des femmes. Nous avons jugé utile de poser deux grandes interrogations à Audrey NGOH DAD, collaboratrice du Sénat français sur cette thématique qui se veut être d’actualité. Entretien. 

Dans quelle mesure les femmes peuvent-elles renforcer ce processus ?  

Le renouvellement de la relation entre l’Afrique et la France, tout comme la création de ponts entre les deux espaces, sont autant d’approches qui pourraient être enrichies si appréhendées au prisme des femmes issues des diasporas. Ces dernières, qui entretiennent pour beaucoup des parcours imprégnés d’échanges entre les deux bords de la Méditerranée, peuvent contribuer tant au développement des pays d’origine de leurs parents qu’au rayonnement de la France.

En effet, l’entrepreneuriat à destination de l’Afrique s’est, à de nombreuses reprises, avéré être un accélérateur de réussite pour de nombreuses françaises d’origine africaine. La trajectoire de Diana Brondel, fondatrice de la néo banque Xaalys, illustre ce propos : inspirée par le wolof « Xaalis », qui signifie « argent », cette française d’origine sénégalaise emploie à travers l’entreprise qu’elle pilote depuis Paris une majorité d’hommes et de femmes sénégalaises, basés à Dakar. Un exemple s’il en est de projet entrepreneurial qui constitue un pont entre l’Afrique et la France, en contribuant notamment à la réussite d’une française issue des diasporas, et en créant de l’emploi à destination de femmes africaines.

Crédit Photo : Laurent HOU / Hans LUCAS

 

Que mettent en place les pouvoirs publics africains et français pour encourager et dynamiser les initiatives des femmes issues des diasporas ?

Les gouvernements africains se mobilisent vis-à-vis de ces dynamiques, à l’image de la Côte d’Ivoire qui vient de lancer un outil destiné à renforcer l’employabilité des ivoiriens issus des diasporas. Au Sénégal, un fonds doté de 3 milliards de francs CFA par an a été mis en place par la Délégation à l’Entrepreneuriat des Femmes et des Jeunes (DER/FJ, 2021), afin de financer les projets des entrepreneurs de la diaspora sénégalaise, et plus particulièrement ceux des femmes. Ambassadrices des deux rives, ces dernières ont le pouvoir de créer un nouveau narratif des relations entre la France et l’Afrique, fondé sur des valeurs communes et intangibles d’égalité, de liberté, de dignité et de respect.

Il est par ailleurs important de souligner le fait que l’Afrique est aujourd’hui le premier continent de l’entrepreneuriat féminin, en ce que 27 % des femmes y dirigent une entreprise, soit le taux le plus important à l’échelle mondiale. Ces mêmes femmes, qui représentent entre autres la moitié de la population, y produisent non moins de 62 % des recettes économiques (Women In Africa, 2020). Un phénomène unique au monde, qui intéresse de plus en plus d’investisseurs occidentaux, et qui pourrait encore renforcer le socle d’une relation économique de proximité entre les femmes issues des diasporas et les femmes africaines. C’est en ce sens que le gouvernement français a évoqué la création prochaine d’une maison des mondes africains et des diasporas au cœur de Paris, ainsi que le lancement d’un fonds d’innovation pour la démocratie en Afrique doté de 30 millions d’euros – afin de soutenir les actrices et acteurs du changement.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédactrice Beauté ELLE Côte d'ivoire
Je dirige un cabinet de Consulting en développement de para-pharmacie et de marque dermo-cosmétiques. Je forme les para-pharmacies, coiffeurs, esthéticiennes, marques sur le soin du cheveu, cuir chevelu et de la peau. Je fais également des coachings beauté et donne des consultations aux particuliers.