Doit-on tout montrer sur les réseaux sociaux ? 

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Doit-on tout montrer sur les réseaux sociaux ? 

 “Billet d’humeur”

 

Nous sommes fin mars 2021 lorsque je débute cette réflexion. Cela fait plus d’un an que la pandémie du Covid19 ébranle notre quotidien. Telles des sardines dans une boîte, le sentiment d’être étriqué dans nos vies gouverne. Ce huit clos interminable plombe tout et étire les journées en longueur. Télétravailler, lire, regarder la télé, manger, faire du sport éventuellement s’imposent en occupations premières. Mais notre passe — temps préféré demeure scruter les réseaux sociaux. Oui, quitte à amenuiser notre ennui abyssal, nous nous transformons en voyeurs. Et comme beaucoup de choses nous sont données à observer, nous n’avons pas à chercher. 

 Les corps se dévoilent sans mystère, les selfies égocentriques se multiplient, les décolletés se font moins farouches, les moments le plus intimes de nos vies : la mort, la grossesse, l’accouchement nous sont exposés sans fioriture. Et moi ça génère en moi, un tournis dantesque. D’où cette question : doit-on tout montrer sur les réseaux sociaux

Montrer plus pour une plus grande connexion avec ses followers

Augmenter son nombre de followers constitue l’objectif premier des influenceurs et influenceuses. Créer du contenu quotidien diversifié, original et qui sort des sentiers battus n’est pas chose aisée. Il faut se creuser les méninges pour faire la différence. Quelle que soit la catégorie à laquelle vous appartenez : influenceuse voyage, culinaire, décoration, sport, l’exigence des réseaux sociaux s’impose : du contenu de qualité sans fausse note. Aucun écart ne vous sera pardonné. Et chacun de vos écueils sera sanctionné par le tribunal digital des réseaux sociaux. Si certaines influenceuses parviennent à dicter leur style sans faux semblant et en conservant une part de mystère, avouons quand même que la majorité mette une caméra chez elle et nous invite à regarder par le trou de serrure.

Instagram est devenu notre nouveau blog. En un clic, on s’incruste dans votre intimité. Mais une question me taraude moi la «old school» que je suis : où est passée notre pudeur? Publier le test de grossesse ou une échographie décuplent-il notre épanouissement? Les «duck face» des starlettes aux postérieurs exponentiels qui s’inspirent de leur égérie Kim Kardashian se banalisent. Les maillots de bain se raccourcissent à vue d’œil et au final ne cachent plus à grand-chose. 

Nous savons tout des accouchements. Le nourrisson à peine sorti du ventre est immortalisé. Et les stars de pacotille enjolivent ce moment en étant maquillée et coiffée. Donner naissance, oui, mais avec style et grâce. Alors que soyons honnêtes la majorité des mères donnent l’impression de revenir de la guerre; rêvent d’alcool et de sushis. Et surtout ont envie de dormir et pas de poser. Pourquoi donc fantasmer une réalité en lui ôtant toute authenticité? Poster une photo sur Instagram est le faire part version 2021, c’est la vie sur papier glacé. Mais en 2021 il semble que pour une influenceuse, la recette du succès soit de devenir maman? Cela montre son évolution en tant que femme et cela la rapproche de ses followers qui ont grandi avec elle et se retrouvent elles aussi mères. Le nombre de like par seconde d’une célébrité ayant accouché bat des records. Des photos d’elle donnant le sein, la poussette en main, ou filmant les cernes creusées par les nuits sans sommeil (alors qu’on sait qu’il y a une tribune de nounous derrière…) aiguisent notre empathie de femme. Instagram s’est mué en maternité. Les bébés sont devenus les nouvelles stars ou plutôt les marionnettes de leurs parents présentés trop tôt au monde externe. Le confinement pesant et isolant a-t-il amplifié notre besoin d’exposition? Les réseaux sociaux ont-ils dès lors joué un rôle salvateur en permettant aux gens de sur communiquer virtuellement? À défaut de le faire de vive voix

Les réseaux sociaux, moteurs de créativité

Malgré mes réserves, je concède l’apport créatif que les réseaux sociaux peuvent avoir dans nos vies. Avouons qu’ils nous ont sauvé de la pesanteur du Covid-19. Nous avons passé tellement de temps cloîtré chez nous que notre fantaisie a pris le dessus : peinture; bricolage; photos; chorégraphies tik tok, cours de cuisine, cours de sport, concert acoustique… Et avec ça,l’envie criante de vouloir le partager au monde entier. Les réseaux sociaux ont de fait remplacer les salles de spectacle; les musées. Peut-être devrions-nous les remercier de constituer une voie d’expression artistique et d’empêcher une partie de la population de vriller

Personnellement, j’ai découvert une pléthore d’artistes lors de ces derniers mois. Le confinement m’a permis de prendre le temps de repérer leur travail, de m’attarder sur des profils qui seraient probablement inaperçus hors pandémie.

Alors oui aux réseaux sociaux défouloirs de créativité, océan de talents, vague d’excellence qui nous permettent de rester connectés. 

Un autre bienfait avéré c’est «l’empowerment» que distillent les plateformes digitales. Les femmes prennent le pouvoir sur leur communication. Elles décident du moment opportun pour publier et surtout du contenu. Elles placent elles-mêmes le curseur sur leur intimité, que ça plaise ou pas. Les réseaux sociaux, source d’épanouissement et tribune féministe? Sans aucun doute. La parole se libère derrière le cliquetis du clavier. On ose davantage, on lève le voile sur notre fragilité, on ose s’afficher même sur papier glacé. Les photos chiadées s’accompagnent de textes engagés (bien que parfois truffés de fautes d’orthographe) et imposent nos écrans comme des plateformes sociétales. Artistes, politiques, particuliers, personnalités publiques s’y épanchent à foison et tissent leur lien affectif avec leurs followers.

En l’occurrence, elles ont compris qu’ils pouvaient être maître de leur communication et ne plus dépendre du bon vouloir des magazines people toujours à l’affût d’une photo peu avenante. Les réseaux sociaux ont relégué ces magazines au second plan les obligeant à juste relayer les posts digitaux. Quelle révolution. Derrière l’écran, nous sommes tous des attachés de presse susceptibles de gérer notre communication sans obstacle. Tout le monde semble accessible sur ces plateformes. On y envoie des messages, on y organise des réunions; on y fait des rencontres, on y récolte de l’information. 

Les réseaux sociaux, ces dernières années ont construit des carrières pérennes qui suscitent l’envie des jaloux et ont cloué au pilori d’autres personnalités… Comme tout dans la vie, ils demeurent à double tranchant. Alors oui je pointe leurs excès, mais je reconnais aussi leur influence positive et leur impact sur nos vies. A consommer donc avec discernement et parcimonie! Et ceci n’est que mon avis. 

 

 

Enfants et écrans : attention à la surexposition

 


 

Amoureuse des mots depuis toujours, Carmen Manga grandit entre le Cameroun et la Belgique. Depuis 2018, elle conte au travers de « Chroniques d’une Repat », ses pérégrinations entre les deux continents. Sous un ton caustique et drôle, elle vous présente une galerie de personnages hauts en couleurs, fruit de la réalité et de son imagination.