Chasse au Trésor

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Je vois d’ici vos mines dubitatives, commençant la lecture de cette nouvelle chronique . De quoi va-t-elle nous parler ? D’une découverte archéologique ? D’un magot précieux qui aurait été mis à nu. Que nenni ! Si vous saviez …

Avant de rentrer en Afrique, nous, Repats,  allons acheter en quatre exemplaires ( pour les plus raisonnables) : déodorant ; parfum ; crème de visage ; maquillage ; produits capillaires et j’en passe. Pourquoi ? Parce qu’en Afrique  tout est plus cher et que certains produits disponibles en Europe ne le sont pas ici . Alors la peur de manquer s’installe et notre caractère consumériste se déploie. Oui, j’assume.

Un an après mon retour au pays, les réserves de produits cosmétiques que j’avais pris soin de faire, ont tari. Si j’ai pu trouver des palliatifs pour la majorité d’entre eux ,le mascara noir à quant à lui, décider d’instaurer un malicieux jeu de cache -cache avec moi. Sa quête , digne d’une épreuve de Koh-Lanta, a débuté un weekend  d’août. Dans mon jeu de piste,  pas d’équipe rouge ou jaune ; de Denis Brogniart en voix off ou même de plage paradisiaque. Mais un décor citadin et  moi  , assez sereine sur le fait de dégoter à la première boutique , l’objet de mes désirs . 

J’essaie dans un premier temps ,  les principaux supermarchés( il y en trois à tout casser donc vous avez vite fait le tour ). Le mascara est là mais se décline en couleurs criardes : violet ; vert ; bleu ; orange. Je veux me maquiller , pas intégrer  une école de cirque … Dans chaque boutique, la même rengaine : moi, tout sourire,  à l’affût de la responsable rayon pour lui demander  le sésame. Elle , presque interloquée par mon manque de modernisme , à me cantonner au noir pour embellir mes yeux. Depuis quand le choix de la sobriété est-il mauvais ? Je me sens regardée de haut par cette vendeuse , dont les poignées d’amour ont poussé pendant la nuit. Elle mâche son chewing-gum  avec une telle hargne que j’ai dû mal à écouter ce qu’elle me dit. Elle m’explique avec désinvolture qu’il n’y en a plus et que le réapprovisionnement n’est pas pour bientôt. Je ne m’avoue pas vaincue . Trouver du premier coup aurait été suspect. 

Je décide d’aller dans plusieurs salons de coiffure qui vendent pour la plupart aussi des cosmétiques . C’est sûr , le petit tube noir m’attend sur une étagère . Entre la musique bruyante et les racontars des clientes qui se tressent ou font des tissages , j’exprime ma demande auprès de la responsable. A la crispation de son visage, je comprends la galère dans laquelle je me trouve et dont je vais devoir me départir. Devant ma mine atterrée, elle se confond en excuses. J’allais partir de là ; presque réconfortée par sa sollicitude . C’était jusqu’à ce qu’un vieux Blanc ( le propriétaire ? ) sorti de derrière le bureau , n’apparaisse et balbutie son agacement. On aurait dit le sosie de Coluche . Mais de l’humoriste sarcastique , il n’avait hérité que du bide. Pour l’humour, on allait repasser !

Je suis allée dans les pharmacies, parapharmacies et marchés. Je suis rentrée bredouille à chaque fois. Cinq jours après le début de ma chasse au trésor, je faisais moins la fière et l’impassibilité initiale s’estompait petit à petit. J’avais l’impression d’être à l’épreuve de l’orientation à Koh Lanta ( pour ceux qui ne comprennent pas , il faut sérieusement réviser vos classiques )  ; des gouttes de sueur perlaient sur mon front et je commençais à perdre patience. Mais la délivrance n’était pas loin . L’épouse d’un collègue qui venait de revenir de l’étranger a pu apaiser ma fièvre acheteuse avec de nombreux produits . 

 

Après mon épopée, je me posa une question :comment est-ce possible que le besoin le plus basique soit réglé en cinq minutes en Europe et qu’en Afrique  cela devienne un job à plein temps ? Que ce soit le mascara, un médicament, une décoration, un livre ou autre, il faut apprendre à créer votre système D pour ne jamais être en manque . A ce moment- là vous découvrez alors une grande solidarité au sein de votre entourage. Chaque personne voyageant se portant toujours volontaire pour vous rapporter un article vous faisant défaut. Ai-je besoin de vous préciser le premier article que je place désormais dans mes bagages  au début de mes vacances à l’étranger ? Prévenir vaut mieux que guérir … 


 

Amoureuse des mots depuis toujours, Carmen Manga grandit entre le Cameroun et la Belgique. Depuis 2018, elle conte au travers de « Chroniques d’une Repat », ses pérégrinations entre les deux continents. Sous un ton caustique et drôle, elle vous présente une galerie de personnages hauts en couleurs, fruit de la réalité et de son imagination.