C’est mon histoire : Ma Mère a le cancer du sein depuis 3 ans

Maman a le cancer du sein

Le cancer ? Je n’aurai jamais imaginé qu’un jour, ma mère puisse avoir cette maladie, jamais.

Un matin, alors qu’elle investie dans quelques travaux ménagers, ma mère fit une plainte : des douleurs insistantes qui se situaient sous son aisselle.  J’étais juste devant elle, je ne mesurais pas vraiment l’ampleur de la chose, à vrai dire, je n’en avais aucune idée ; mais elle ne me laissa pas le temps de compatir, je l’avais vu grimacer avant de fermer son visage. Elle voulait ne rien laisser transparaître. Elle reprit ce qu’elle avait commencé. On n’en parla plus jusqu’à la nuit tombée. 

Ce soir-là, pendant que nous étions installés dans le salon après le dîner, il y avait un spot de sensibilisation qui passait à la télévision, quelle coïncidence !  Il était question d’informer les femmes sur les éventuels symptômes du cancer du sein, j’ai rejoué dans ma tête l’épisode de la matinée. Et je me suis tourné vers ma mère, je lui dis : – Tu es sûre que ce ne serait pas ça ?”

Elle balaya tout de suite cette hypothèse d’un hochement de tête. “Non, c’est pas ça”. 

Je ne me souviens pas qu’on en ai parlé plus tard, je ne me souviens pas non plus qu’elle se soit plaint à nouveau devant moi, mais je suis sûr qu’elle avait toujours mal, elle ne voulait pas en parler, pour inquiéter personne, surtout pas moi. 

Ma mère est une jolie jeune femme, originaire de l’Ouest de Côte d’Ivoire, de la ville de Daloa pour être plus précis. Inutile de vous dire qu’elle était belle, parce qu’on peut toujours conjuguer son charisme, sa sagesse et son grand cœur au présent. Je n’ai jamais su comment elle a connu mon père – et je n’ai pas l’intention de lui demander pour vous- mais je crois que sa ville natale a été leur “là où tout a commencé”.

Notre relation mère-fils s’est construite sur de l’affection, des discussions tantôt intenses tantôt animées, mais aussi sur de longs tunnels de silence. De ces silences qui veulent dire : “je sais tout”, “je suis triste”, “je suis profondément déçue”, “je réfléchis”, “je suis contente, mais…”. Il y a aussi les regards, doux, épris de bienveillance ou hostiles, ceux qui sondent l’âme et ceux qui tracent la limite à ne surtout pas franchir. 

Après la mort de mon père, je me suis promis de la rendre fière pour tous les sacrifices qu’elle a pu faire pour que je puisse être l’homme que je suis aujourd’hui. Elle était contente de me voir évoluer timidement, et me soutenait toujours même sans rien dire. Tout se faisait vraiment dans l’action, dans les gestes… 

Mais, on a été rattrapé tous les deux par quelque chose, un mal pernicieux qui la rongeait depuis des années ! Le mal a gagné du terrain, l’affaiblissant considérablement. Je voyais bien que quelque chose n’allait pas, je lui recommandait d’aller à l’hôpital, mais elle préférait se soigner à l’indigénat avec des plantes. J’ai tout de même insisté et mon acharnement  a fini par payer. Après une longue série d’examens, le verdict est tombé, elle avait le cancer du sein. 

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Lorsqu’elle m’a appris la nouvelle, j’en perdais mes moyens, je me souviens que j’ai  dû changer de boulot pour me rapprocher d’elle,  je ne savais plus où mettre la tête. Je lui posais d’ailleurs la question : “On fait comment ?” 

C’est vrai, c’est une question tellement stupide… Mais on ne savait vraiment rien de cette maladie. On savait juste que ça coûtait très cher. Et puis on avait pas vraiment les moyens.

Il fallait entamer une chimiothérapie au plus vite, car la maladie n’était plus au stade bénin, mais ma mère avait peur, elle avait eu des témoignages qui l’ont rapidement démotivée. J’avais peur moi aussi, mais je savais qu’il fallait commencer par quelque chose. Je militais nuit et jour pour qu’elle considère sérieusement ce traitement, à ce propos, vous pouvez m’appeler Kofi Annan, parce que ça été un long processus de médiation… 

Dans cette situation d’incertitude, Dieu s’est révélé à nous, plusieurs fois. Il y’a eu deux grandes collectes de fonds qui ont pu se faire et qui ont permis de pouvoir assurer les premiers soins et les chimiothérapie- d’ailleurs, je ne remercierais jamais assez toutes ces personnes qui ont fait un geste pour qu’elle aille mieux ! J’ai appris aussi qu’il était possible de bénéficier de certaines aides et prises en charges du ministère de la santé. Il y’a un certain nombre de documents à fournir, les factures, les scans, des examens à envoyer…  Il y’a aussi sur les réseaux sociaux un groupe très actif qui vient en aide aux malades du cancer, peu importe le type du nom de Tous Unis Contre le Cancer

Aujourd’hui, ma mère va bien, j’essaie avec ma famille de faire le maximum pour qu’elle aille mieux, bientôt, elle entamera la seconde phase de la chimiothérapie. Je dois vous dire une chose : je n’aurais jamais pensé un jour l’exposer ainsi, parler de sa maladie, je m’y refusais même complètement, parce que le cancer est une maladie vicieuse, mais, c’est un témoignage que je ne pouvais définitivement pas garder pour moi. 

Aujourd’hui, je veux militer pour un accès viable et sûr aux soins pour les malades du cancer du sein.

Aujourd’hui, je veux militer pour une sensibilisation et une prise de conscience réelle contre cette pathologie.

Aujourd’hui, je veux militer pour que tous les malades soient visibles et n’aient plus honte de parler de leurs difficultés.

L’espoir est le ciment de la vie, il faut en donner à tout le monde pour que chacun puisse guérir et se reconstruire…

J’envisage  d’ici Février 2022 de faire une capsule de T-shirt du nom de “Projet Cecile”, tous les premiers bénéfices serviraient à financer la double mastectomie de Maman à venir. Ce projet sera bien évidemment ouvert à d’autres femmes…

 

Rédacteur Mode et People ELLE Côte d'Ivoire
J'aime le papier glacé des magazines de mode, la Diversité avec un grand D, le Made in Africa et le partage Mode et People au sein du Digital. J’entretiens depuis peu un rapport particulier avec les vêtements de designers africains. S’il vous plaît, ne me parlez pas de jogging pants.