À la découverte d’une femme engagée : Sandra Senou

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« Il est encore nécessaire de sensibiliser les populations pour que les enfants porteurs d’handicaps puissent trouver leur place parmi nous ».

Mettre la lumière  sur un sujet considéré encore tabou en France et en Afrique. C’est l’humble objectif de Sandra Senou, mère de deux enfants, dont l’un, Alexandre est porteur d’handicap, et ne peut ni marcher ni faire usage de ses mains. Elle se confie à ELLE Côte d’Ivoire sur les difficultés du processus long et douloureux qu’est l’acceptation de l’handicap de son enfant, et des moyens comme son association « Nos enfants extra- capables », pour aider d’autres parents à faire de même. Entretien.

ELLE CI : Pourriez-vous vous présenter ?

SANDRA SENOU : Je suis Sandra Senou, maman de deux enfants : l’un qui s’appelle Alexandre, et une petite fille de six ans, Anaëlle. Alexandre est un enfant porteur de handicap. Dû à son extrême prématurité, il a développé une infirmité motrice cérébrale qui l’empêche de marcher et d’utiliser ses mains. Il a cependant toutes ses facultés cognitives. Pour accompagner les enfants porteurs d’handicap ainsi que leurs parents, j’ai créé une association en 2022, « Nos enfants extra-capables ». Je suis également autrice de livres pour enfants, et je tiens un podcast sur la problématique de l’handicap au sein de la famille.

 

ELLE CI : Étiez-vous familière aux questions de l’handicap avant votre fils ? 

SANDRA SENOU : Non. J’ai découvert le handicap par mon fils.

 

ELLE CI : Comment avez-vous vécu cette nouvelle?

SANDRA SENOU : Cela a été très difficile d’accepter l’handicap de notre enfant. Au départ, mon mari et moi étions dans une forme de déni car les médecins parlaient uniquement d’un retard qu’il pouvait rattraper. Nous pensions que cela s’arrangerait avec le temps. Puis vers l’âge de quatre ans, nous avons compris qu’il ne marcherait pas. Et là, c’est le choc.

Nous avons suivi une thérapie de famille, mon mari, mon fils et moi, pour essayer de panser nos blessures et travailler sur nous-mêmes. On a commencé à se focaliser davantage sur ce qu’Alexandre pouvait faire, et non sur les limites que son corps pouvait présenter. Nous avons eu l’accompagnement nécessaire, professionnel et médical, pour pouvoir aider notre enfant à apprendre de nouvelles méthodes.

ELLE CI : Quels types de professionels vous ont accompagné dans cette période ?

SANDRA SENOU : Nous avons consulté un ergothérapeute. C’est un professionnel qui suit une personne porteuse d’handicap afin qu’elle puisse s’habituer à celui-ci. Nous avons rapidement compris que ce n’est pas à la personne de s’adapter à la société. Il faut plutôt adapter le quotidien de la personne à son handicap.

Par exemple, Alexandre n’utilise pas ses mains et va plutôt utiliser son menton pour commander son fauteuil électrique. On s’est également rendu compte qu’il savait faire de la peinture en tenant le pinceau dans sa bouche. C’était tellement émouvant de le voir faire. J’ai rapidement réalisé que mon fils ne savait pas faire les choses comme tout le monde, mais qu’il pouvait les faire différemment. Il avait des points forts. Notre phase d’acceptation est passée par ces étapes là.

 

ELLE CI : En 2020, vous avez décidé d’écrire un livre, qui s’intitule «Les aventures d’Alexandre : le rêve d’Alexandre ».

SANDRA SENOU : Oui. C’est un livre fait pour aider les enfants porteurs de handicap à avoir un héros qui leur ressemble.

 

ELLE CI : Pourquoi cela vous semblait-il important ?

SANDRA SENOU : En premier temps, j’avais envie de répondre à un besoin. Je trouve que tout enfant a besoin de s’identifier aux différents personnages principaux d’une histoire. Ensuite, c’était aussi pour permettre aux autres enfants d’apprivoiser le handicap et d’être plus facilement sensibilisés à cette question. Il n’est pas facile d’y être introduit lorsque cela ne nous concerne pas directement. Les parents peuvent donc s’en servir comme support et ouvrir les portes sur le sujet.

ELLE CI : La création de votre podcast « Nos vies extraordinaires », en novembre 2021 semblait-elle comme une continuité de ce que vous aviez déjà fait auparavant?

SANDRA SENOU : Oui et non. Le but de ce podcast est de lever le voile sur les vies de famille où vivent des enfants porteurs d’handicaps, montrer la face cachée d’un sujet tabou, et oser aborder des questions difficiles pour cesser d’alimenter les fausses idées. Dans ce podcast, je fais intervenir des parents et des professionnels qui travaillent dans le milieu pour témoigner mais également pour partager leurs propres expériences. Je voulais aider les enfants et leurs parents à faire ce deuil, à trouver des forces autour d’un groupe de parole, et de professionnels qui eux, ont l’expertise. Je pense qu’être bien entouré est une base importante, raison pour laquelle nous avons également lancé notre association « nos enfants extra-capables ».

 

ELLE CI : Quel est l’objectif de cette association ?

SANDRA SENOU : « Nos enfants extra-capables » se veut accompagner les parents d’enfants porteurs d’handicaps à l’accepter, car la manière dont on les éduque détermine plus ou moins ce que nos enfants deviennent demain. Dans le cadre d’un enfant handicapé, j’ai remarqué que si les parents n’ont pas accepté l’handicap de leur enfant, celui-ci risque de grandir dans des conditions difficiles.

 

ELLE CI : Il s’agit donc de protéger la santé mentale des parents ?

SANDRA SENOU : Oui. Je trouve que les parents d’enfants ne sont pas suffisamment accompagnés. Beaucoup d’entre eux peuvent en effet ressentir de la fatigue, de l’impuissance, voire même être dépressifs. Ce sont beaucoup de sentiment négatifs qui peuvent être communiqués à l’enfant. Accepter l’handicap passe par plusieurs étapes, pour avancer avec l’enfant, l’accompagner dans la vie, lui donner plus de force, et de confiance en lui.

Par ailleurs, j’ai remarqué que l’on suit beaucoup les enfants dans leur prise en charge médicale et paramédicale, mais le facteur psychologique passe à la trappe alors qu’il est déterminant pour une multitude de choses. Dans les familles, il n’y a pas que le père et la mère : il y aussi les frères et sœurs. Un handicap modifie la vie de tout le monde. Il y a un impact non négligeable sur l’organisation de la vie quotidienne, des vacances etc. L’association est là pour accompagner à prendre en compte l’handicap dans la famille, et à travailler avec la fratrie.

 

ELLE CI : Votre association se déploie également au sein de plusieurs pays d’Afrique, comme le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire ou encore le Sénégal. Pourquoi avoir fait ce choix ?

SANDRA SENOU : Nous avons remarqué qu’en Afrique, le handicap reste un sujet tabou. La plupart du temps, ce sont des personnes exclues de la société et du système éducatif car il y a peu de dispositifs pour les accueillir. Il existe effectivement des lois dans nos pays africains pour mettre en place différents accompagnements, mais les classes scolaires -par exemple, ne sont pas aménagées. Il n’y a pas d’outils, et les enseignants ne sont pas formés. La prise en charge d’un enfant qui n’a pas de difficultés et celle d’un enfant handicapé, physiquement ou mentalement, ce n’est pas du tout la même chose. Il est encore nécessaire de sensibiliser les populations, de les informer pour que les enfants porteurs d’handicaps puissent trouver leur place parmi nous. « Nos enfants extra-capables » se donne pour but d’accompagner les enfants en leur apportant le matériel, les outils dont ils ont besoin, comme des fauteuils ou des déambulateurs, ou un ensemble d’éléments pour aider à l’éducation de manière plus générale.

 

Rédactrice Société et Culture ELLE Côte d'ivoire
Curieuse et férue de tout ce qui nous entoure, je prends plaisir à m'intéresser à tous les sujets touchant aux femmes et tendent à rendre leur quotidien meilleur. J'aime mettre mon humble plume au service de la transmission significative et positive. J'adore chercher des méthodes qui améliorent notre vie personnelle, professionnelle, voir même spirituelle. Enfin, je suis également une vraie passionnée de littérature, de musique et d'histoire. Bonne lecture