C’est mon histoire : “Au secours, j’ai besoin de validation “

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Cet incessant besoin de reconnaissance

Quel exercice mystérieux que de se promener en soi, et scruter ce qu’il s’y cache. On s’y croirait  dans un gigantesque inventaire, où chaque pièce que l’on trouve serait une facette de notre expérience de vie. Sur certaines étagères seraient rangées nos croyances, sur d’autres notre vision du monde, ou nos plus belles réussites personnelles. Dans certains bacs enfouis derrière des centaines de cartons posés en pagaille, se cacheraient, le regard embarrassé, les agissements d’un passé sulfureux que nous jugerions honteux et que nous aimerions dissimuler à tout jamais. Cet inventaire est rempli de surprises et c’est par ailleurs là-bas que je retrouva mon besoin de reconnaissance. Il était par malheur caché sous un poussiéreux déguisement de Minnie suranné porté à un carnaval d’école primaire et une boîte de manque de confiance désavouée générée par le male gaze. Courageuse, je le saisis et me mit à le questionner fermement. 

 

Je me vois parce qu’on me voit  

 

En réalité, qu’est-ce donc que le besoin de reconnaissance? Certains psychologues le définiraient comme un besoin biologique, naturel voire sociologique d’être valorisé. L’émérite psychologue américain Abraham Maslow le comptait même en 1943, dans sa renommée « Theory of Human Motivation » comme l’un des cinq besoins fondamentaux de l’être humain. S’il semble tout à fait anodin et relatif en fonction des différentes individualités, le sentiment de reconnaissance peut être primordial pour certaines personnes et pourrait cacher d’autres types de manques. Les besoins d’être remarqués, admirés, félicités, d’appartenir à un groupe qui nous intègre ou de se sentir aimés par exemple.

 

Ce besoin de reconnaissance peut se manifester par ailleurs dans tous les domaines de nos vies et commence très tôt. Dès la plus tendre enfance, il se reflète dans la plupart des cas par notre cercle social qui définit notre perception de la valeur : il nous applaudit et nous récompense dès qu’il est fier de nous, ce qui nourrit notre estime de nous-mêmes. Dans le sens contraire, nous sommes grondés, punis, parfois même mis à l’écart si nous faisons des choses contraires à la norme établie.

 

Notre valeur et notre vision de la reconnaissance se construisent donc, au départ, à travers des personnes extérieures à nous-mêmes. Celles-ci nous éveillent à réfléchir au fait que ce que nous faisons devrait être reconnu dans la sphère sociale au sein de laquelle nous évoluons, et celle que nous aimerions  possiblement intégrer. 

Bon. Jusque-là, logique. De prime abord, cela ne me paraît rien de bien méchant. C’est même tout à fait normal d’avoir besoin d’être validé par ses semblables. Aristote disait par ailleurs, que « Pour vivre seul il faudrait être, soit Dieu, soit une bête » et personnellement, je n’oserais opter pour aucunes de ces deux catégories.  

Il faut donc le dire, nous avons besoin d’être validés. Dans la sphère professionnelle par exemple, qui n’aimerait pas un petit encouragement de son/sa supérieur.e hiérarchique qui nous féliciterait d’un bon travail lorsque nous sommes restées des heures de plus pour finaliser un dossier? Une tape sur l’épaule d’un ami qui est enfin sorti d’une épreuve difficile que nous avons traversée avec lui et qui nous dit « C’est aussi avec toi que j’y suis arrivé »? Quelles femmes/mère au foyer/working-women/sœurs/cousines n’aimeraient pas recevoir une once de tendresse de leurs proches? Un geste, une attention qui traduiraient une phrase du style « Nous voyons ce que tu fais, et nous sommes si reconnaissants de toute l’énergie que tu investis quotidiennement pour moi /nous » ? 

 

Notre cercle social en valorisant ce que nous sommes et ce que nous faisons, ne sert pas simplement à nous agrémenter de compliments, à nourrir notre égo, ou rehausser notre estime de nous-mêmes, il nous reconnaît comme étant existant. Il témoigne pendant un court instant que nous sommes présents, que nous gardons les murs d’une forteresse solide; et que s’il nous arrivait de tourner les talons, les fondations se craquelleraient et laisseraient place à une invasion barbare; la chaise deviendrait bancale, la lumière vive deviendrait tout d’un coup tamisée et pâle… Il nous flatterait en prétendant que l’indispensable existe, alors que le temps prouve que personne, ni rien ne l’est vraiment.

 

De la nécessité d’être soi-même

 

Mohammed Ali disait constamment qu’il était le meilleur. Et il le prouvait, en étant l’un des plus grands boxeurs de tous les temps. Validé ou non, il montait sur le ring, enchaînait les coups, et se retrouvait, après une bonne castagne, avec une ceinture -souvent en or, bien massif- entourant sa taille, les poings levés vers le ciel. En 2018, Murielle Ahouré, témoignait une confiance incroyable en son potentiel pour courir 100 mètres en 10,78 secondes. Ce ne sont pas des personnes que nous croisons à chaque coin de rue. Pour nous, qui sommes en tachycardie après avoir monté vingt marches d’escaliers, et ne recevons pas immédiatement de signes distinctifs de félicitations après chaque effort, le problème pourrait sembler plus complexe. Pourtant il ne l’est pas. 

 

 

Bien qu’il soit nécessaire à notre équilibre social, le besoin de validation lorsqu’il est excessif est un tueur de rêve, d’ambition et de confiance. Il secrète en son sein une profonde peur. La peur d’être seule, de faire les choses par soi-même, de croire en soi là où personne ne le ferait. La peur de lâcher doucement les mains, rassurantes, qui nous confortaient et nous guidaient dans chaque étape de nos vies. Les psychologues Olivier Nunge et Simone Mortera dans l’ouvrage Satisfaire son besoin de reconnaissance, expliquent à quel point il est important de se donner à soi-même les signes que nous aimerions inconsciemment recevoir d’autrui. En d’autres termes, il s’agirait de se faire suffisamment confiance pour ne pas tomber dans une forme d’aliénation, ou d’asservissement qui nous mènerait à devenir étrangères à nous-mêmes. 

 

 

Apprendre à valoriser ce que nous sommes en tant qu’individualités, saisir fermement nos choix, connaître notre histoire, c’est se reconnaître comme existantes avant que quiconque ne le fasse pour nous. C’est s’accorder la tendresse, les félicitations, la tape sur l’épaule et les encouragements avant d’attendre que quelqu’un ait besoin de nous remarquer et de nous admirer pour cela. C’est aussi accepter ses forces et faiblesses, et voir en soi une infinité de choses à transmettre, qui ne pourraient pas être, si nous étions toujours emprisonnées par la nécessité de convaincre à tout va. 

 

 

Bien entendu, la prudence est de mise. S’auto-valider ne veut pas dire qu’il faudrait refuser les conseils, compliments, critiques constructives, ou encore les avis de personnes d’expérience ou chères à notre cœur. Il s’agit tout simplement de cesser de se construire à travers ces dites choses, de porter des combats, ou juger à partir d’ yeux qui ne sont pas les nôtres. Céder au constant besoin d’être valorisé, c’est donner à autrui une responsabilité et une influence sur notre conscience qu’il ne devrait pas avoir. Il faudrait donc reprendre contrôle sur nos capacités, embrasser notre valeur et réaliser le potentiel que nous avons, en nous. Comment serait-il possible de chercher de l’amour et de la reconnaissance auprès des autres, si l’on ne s’en accorde pas le droit? Contrairement à ce que beaucoup essayerons de vous faire croire, il ne s’agit pas d’égoïsme de prendre soin de vous.  N’hésitez pas à faire un tour dans votre inventaire personnel, et observez-vous sans jugement. Peu importe ce que vous faites, faites-le, du moment que cela vous procure de la joie. Accordez-vous des moments intimes et reconnectez-vous avec vous-mêmes. 

 

 

Et si par malheur l’envie vous revient d’avoir besoin que l’on vous complimente une fois de temps en temps, ne vous en faites pas, nous sommes tous.te.s un peu ainsi. N’hésitez surtout pas à revenir sur cet article et joignez-vous à mes mots, pour ce qu’ils valent, en lisant : « Je suis assez ». 

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Rédactrice Société et Culture ELLE Côte d'ivoire
Curieuse et férue de tout ce qui nous entoure, je prends plaisir à m'intéresser à tous les sujets touchant aux femmes et tendent à rendre leur quotidien meilleur. J'aime mettre mon humble plume au service de la transmission significative et positive. J'adore chercher des méthodes qui améliorent notre vie personnelle, professionnelle, voir même spirituelle. Enfin, je suis également une vraie passionnée de littérature, de musique et d'histoire. Bonne lecture