A la rencontre des trois femmes

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Parce que chaque jour est la journée internationale de la femme, célébrons ce 8 Mars avec le portrait de trois femmes

Noëlle est esthéticienne. Dans la rue où elle travaille, un salon de thé vient d’ouvrir. Nouveau lieu incontournable de la ville, vous êtes sûrs d’y rencontrer du beau monde. Son dévolu jeté sur le propriétaire de la boutique, ses pauses déjeuner se muent en chasse à l’homme. Après avoir obtenu, non sans acharnement, le numéro du jeune premier, ses aspirations vont grandissantes. Un soir, résolue à déclarer sa flamme, Noëlle débarque. Entre la fermeture à gérer; la caisse à clôturer; et les commandes à passer, personne ne lui prête attention. Néanmoins, elle parvient à susurrer un «je t’aime» triste et machinal qui fait bondir celui auquel il semble destiné. Il réalise qu’un ajustement s’impose La situation a priori risible, cache en réalité un mal plus profond; une vie sous perfusion;   des bleus à l’âme. Celles des filles locales qui tombent amoureuses  sur commande et auxquelles a été inculqué le vain mythe du Blanc salvateur. Elles s’y agrippent telles des sangsues. Régression doucereuse. Je pourrai l’expliquer à Noëlle et à toutes les autres, mais elles ne comprendraient pas… C’est en s’installant en Afrique que Maximilien, a mesuré, circonspect, que sa couleur de peau incarnait sa carte d’identité. Si certains y voient une opportunité manifeste et s’en délectent; d’autres réalisent à quel point cela entache les relations. Maximilien depuis, a appris quelques règles de survie pour se départir de situations embarrassantes à tous les égards.

Raymonde arbore avec fierté son uniforme d’agent de sécurité, couleur jaune poussin. Chaque soir, elle commence son service à 18 h dans un immeuble d’un quartier cossu de la ville. Telle une ritournelle, elle prend la chaise, allume le poste de radio et s’assoit devant le portail, en ayant salué au préalable les autres gardiens de la rue. Cela fait cinq ans qu’elle tient ce poste d’observatrice privilégiée du microcosme qu’il l’entoure. Femme parmi les hommes, elle a su s’imposer au fil du temps. Les parents; les enfants; les amis; les chauffeurs; les crises n’ont aucun secret pour elle. Elle a l’impression de faire partie de leur vie au gré des attentions qu’on lui porte; du «Chef» dont on la targue et qui flatte son égo. Elle pourrait s’en satisfaire, mais depuis un an on décèle dans sa manière d’être une acrimonie certaine. Plus envie d’être serviable; lasse d’être le larbin de service; celle qui hoche la tête et obéit pour des piécettes en récompense. La frustration couve et va s’exprimer dans une forme moins avenante. Un soir de juillet, profitant des grandes vacances et donc de la vacuité de certains appartements, Raymonde détourne le regard et laisse entrer des intrus dans l’immeuble. Elle compromet en une nuit, la confiance qu’elle a mis cinq ans à bâtir. Une fois le butin amassé, avec la complicité de la rue, elle part sur la pointe des pieds. Ici, les relations ne se construisent pas à long terme. Les gens veulent tout sans effort. Et si la trahison permet d’atteindre son objectif, ils n’hésiteront pas. 

 

Chaque matin, le même rituel a lieu :  Sidonie se lève à 3 h . Le quartier est encore assoupi. Elle monte la pâte des beignets avec œufs; farine; sucre et levure. Puis, elle prépare les haricots rouges et la bouillie qui serviront d’accompagnements. Un dernier regard tendre  sur ses trois enfants, et c’est déjà l’heure de partir. Marmites sur la tête et aux bras, elle entame sa journée marathon. Son taxi habituel l’attend au bout de l’allée étroite et la conduit jusqu’à son lieu de travail. Maman Sidonie est une institution dans ce quartier d’affaires, qui grouille de banquiers et d’hommes pressés. Il y a dix ans, son mari quitte le domicile conjugal, sans explication. Ses trois enfants à charge, Sidonie se dépasse et érige sa passion pour la cuisine en travail. Tout le monde s’arrête chez elle pour y manger; connaître les derniers potins ; parler politique ou épancher son cœur. En dix ans, à la sueur de son front, elle a assuré l’avenir de sa progéniture, démontrant que l’adversité ne constitue pas un frein, mais un moteur.

 

Ce tryptique de femmes, écho de nos forces et turpitudes, doit résonner en nous. Noëlle l’idéaliste ; Raymonde la résignée et Sidonie l’opiniâtre, sillonnent nos vies sans que nous le réalisions souvent. Levons la tête; donnons – leur la considération qu’elles méritent et souhaitons-leur de trouver l’épanouissement auquel elles aspirent. À vous toutes Mesdames, que ce 8 Mars compte!

 

Amoureuse des mots depuis toujours, Carmen Manga grandit entre le Cameroun et la Belgique. Depuis 2018, elle conte au travers de « Chroniques d’une Repat », ses pérégrinations entre les deux continents. Sous un ton caustique et drôle, elle vous présente une galerie de personnages hauts en couleurs, fruit de la réalité et de son imagination.