Se sentir chez soi, en tout temps : entrevue avec Spirited Pursuit

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“Comment j’ai fait de Dakar mon chez moi.”

Photo credit : Spirited Pursuit 

Dans cette conversation, Lee Litumbe, communément connue sous le nom de Spirited Pursuit, nous partage son quotidien à Dakar, et ses astuces pour faire de cette ville, son chez soi, un sentiment qu’elle voulait également partager par l’entremise de sa nouvelle marque, Eluwa.

A quoi ressemble une journée de travail typique à Dakar ? 

En général, je me réveille entre 6h30 et 7h30. Je trouve que c’est le moment où la ville est la plus calme. J’essaie de me rendre jusqu’au Phare des Mamelles, surtout en ce moment où il fait plus frais les matins à Dakar. Chaque fois que j’y vais, le soleil a déjà commencé à se lever. C’est tellement agréable parce qu’on peut alors voir le soleil se lever sur la ville.  Je fais plusieurs allers-retours du parking au sommet du phare, tout en écoutant un podcast spirituel pour inviter à la sagesse qui peut être appliquée dans ma vie quotidienne. Cela m’aide vraiment à me recentrer et à trouver un moment de calme pour moi le matin.

Après ma promenade matinale, je rentre à la maison. Je prépare généralement un petit-déjeuner pour mon mari et moi. Certains jours, j’aime faire de bons bols de flocons d’avoine. J’aime la créativité dont on peut faire preuve en préparant des bols de flocons d’avoine. J’aime ajouter des baies congelées et du beurre de noix de cajou de la marque Senar dont je raffole.  

Ensuite, je me prépare pour la journée et je me rends à mon studio. Depuis la pandémie, je travaillais de la maison, alors ça fait beaucoup de bien de pouvoir enfin faire la transition vers un studio de travail. Ce que je fais quand j’arrive au studio varie. Aujourd’hui par exemple, j’ai commencé par une interview dès mon arrivée, juste après j’ai dû tourner une campagne pour un client, puis j’ai consacré le reste de la journée à travailler sur Éluwa, ma nouvelle marque. J’ai tendance à terminer ma journée de travail par des appels, de l’administration et du montage, tous les trucs pas sexy qui se passent en coulisses. Certains jours, lorsque je me sens très motivée, je vais après le travail à un cours de cycling dans une salle  que j’aime beaucoup aux Almadies. 

Photo credit : Spirited Pursuit

 

Parle-moi de ta nouvelle marque. Qu’est-ce qui a inspiré la création d’ Eluwa ? 

J’ai toujours aimé la décoration intérieure et les meubles. J’ai toujours été inspirée en regardant de beaux meubles et les objets qui habillent pour les espaces. Et souvent, lorsque je voyage, j’ai tendance à rapporter beaucoup de bougies, mais elles ont tendance à être très lourdes. Quand le COVID est arrivé, j’ai dû me réajuster, je ne pouvais plus ramener de bougies. Et je me suis dit qu’au lieu de chercher comment ramener des bougies, pourquoi ne pas en fabriquer ?  

Le concept de la marque Eluwa est de permettre aux femmes ouest-africaines et aux femmes de la diaspora d’avoir accès à des bougies artisanales uniques qui sentent bon. C’est un élément qui peut facilement habiller votre maison. Ou vous rappeler le continent, si vous vivez  à l’extranger. Je trouve que les bougies m’aident à me sentir ancrée dans un espace. Et je pense qu’il est important de permettre aux gens d’avoir accès à un objet qui leur permet de s’ancrer, qui leur rappelle leur maison, ou qu’ils soient. Je voulais faciliter les gens à se sentir plus chez eux, où qu’ils soient.  

Pour toi, c’est important de se sentir chez soi, ou que tu sois. Pourquoi ? 

 

Il m’a toujours été difficile de définir ce qu’est et où est la maison. Je suis une ‘’Third Culture Kid’’.  Je suis né à Douala. J’ai passé la plupart de mon enfance là-bas, mais ensuite nous sommes allés aux États-Unis. Je suis resté aux États-Unis pendant 15 ans avant de retourner au Cameroun. 

Donc culturellement, j’ai toujours été constamment dans un état d’esprit d’adaptation.  J’ai toujours dû redéfinir ce qu’est la maison et où elle se trouve. Je pense que je suis à une étape de ma vie en ce moment, où je suis tellement heureuse de pouvoir bâtir mon propre foyer. Je peux enfin définir ce qu’est la maison au lieu de devoir m’adapter constamment. Mais bien sûr, je ne vais pas mentir, l’absence de ma famille rend parfois les choses difficiles pour moi, dans cette redéfinition de chez moi.  

Où trouves-tu la paix dans une ville très animée comme Dakar ?

 Ma maison est mon havre de paix.  J’ai été très intentionnelle avec les meubles que j’ai apportés dans notre maison. Je voulais des meubles blancs. Dakar est si lumineux et si coloré. Je voulais que chez moi le décor soit neutre. Lorsque je rentre chez moi, je puisses être accueillie par des couleurs, des objets qui me rappellent le sentiment de calme et d’aisance.  En dehors de ma maison, j’aime beaucoup l’île de Ngor pendant la semaine. C’est tellement calme et on peut vraiment trouver la paix et la tranquillité. C’est comme une petite oasis attachée à la ville. J’essaye également de visiter des galeries d’art. On m’a parlé de O Gallery dernièrement, comme galerie à visiter à Dakar. 

Ce que je fais quand je voyage versus ce que je fais quand je vis dans une ville est en fait très différent. Quand je voyage, je suis beaucoup plus curieuse. Je veux aller partout, tout voir, tout expérimenter… Mais dans ma vie de tous les jours, je veux juste être tranquille. J’aime inviter la tranquillité. Mais j’essaie de trouver l’équilibre entre le calme dans ma vie quotidienne et le fait de cultiver la curiosité là où je vis. 

 

 Que voudrais-tu que les personnes qui visitent Dakar pour la première fois voient de la ville ?

 Eh bien, c’est une bonne question !  L’une des choses les plus importantes que j’ai tenu à partager avec mes proches, c’est à quel point la ville est inspirante.  Je suis toujours en admiration devant cette jeune fille. Une jeune fille célibataire à l’époque qui est venue dans un pays et une ville où elle n’avait jamais mis les pieds. Elle ne connaissait personne, pouvait à peine parler la langue et n’avait aucun point de repère. Cette jeune fille qui, d’une manière ou d’une autre, a réussi à voir, à faire et à construire quelque chose pour elle-même à Dakar. Je suis stupéfaite par les possibilités que cette ville m’a offertes.  Je sais que je n’aurais pas été capable de construire cela dans toutes les villes de ce monde.

Bien sûr, Dakar a ses défis ! Mais mon Dieu, il y a aussi beaucoup de possibilités. Je suis capable d’expédier des choses comme des meubles en six semaines, directement à ma porte. Si je veux commander chez Zara ou H&M, je peux l’obtenir en trois jours. Ce n’est pas le cas dans toutes les villes africaines. Tiens, je regarde la plage pendant que je te parle !  Je peux aller boire un bon cocktail. Je peux manger de la nourriture indienne, mexicaine… 

Et donc, oui, ce n’est pas Atlanta. Dakar n’a pas tout ce que je souhaiterais, mais voir une ville africaine si traditionnelle, ou les gens parlent leurs langues traditionnelles plus qu’elles ne parlent le français, avoir autant de possibilités. C’est une source d’inspiration pour de nombreux Africains de la diaspora. Pour moi, c’est ce qui rend Dakar spécial. 

En vivant ici, j’ai appris tellement de leçons. Je ne pense pas que j’aurais pu les apprendre aux États-Unis ou si j’étais allée ailleurs.  

Mais aussi, il est important de mentionner que ce n’est pas pour tout le monde. Cela peut être très difficile. Naviguer dans un espace qui n’est pas le vôtre, vous ne pouvez pas être à l’aise parce que ce n’est pas votre pays. Ce n’est pas votre langue. Il y a toujours un inconfort à chaque fois que vous marchez. 

Mais cela peut aussi être un terreau fertile et d’humilité.  Je suis une personne créative. Et que cela se manifeste par des voyages ou par quelque chose de tangible, je suis quelqu’un qui aime le processus de création et qui essaie continuellement d’imaginer des mondes qui n’existent pas encore. Et c’est à la fois un don et une malédiction. Mais j’ai trouvé cette capacité à le faire ici, à Dakar, plus librement. 

 

 

Désireuse de voir un monde marqué par plus d'alliances et de justice réparatrice, je facilite des conversations complexes qui aspirent à créer des changements systémiques. En tant que Consultante en développement organisationnelle, je soutiens mes clients à transformer leurs pratiques organisationnelles et leur modèle de gouvernance pour les rendre plus réflexives, durables et inclusifs. Formée en médiation et résolution de conflit, j’explore l'impact des relations de pouvoir et de privilège au sein des organisations à but non-lucratifs et des institutions publiques. Passionnée d'écriture, mes écrits explorent la résilience et la résistance qui co-existent avec les enjeux de classe, genre et de racisme.