L’ascension d’Aya Nakamura, défie la mysogynoire présente dans l’industrie musicale et médiatique

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Aya Nakamura, l’artiste qui dérange : Entre discrétisation et vilainisation

 

Une femme noire qui réussit, ça dérange

 

Le dernier album d’Aya Nakamura est sorti et fait déjà bouger le continent tout entier. Pour marquer le coup, Aya Nakamura a partagé l’inspiration derrière certaines chansons dans une entrevue avec le journaliste Mouloud Achour  dans l’émission Clique x.  Pour la première fois, l’artiste dévoile également les enjeux qu’elle rencontre en tant que femme noire qui excelle. Elle confie qu’avec son succès grandissant, elle est confrontée à davantage d’insultes sur son physique et est confrontée à des actions visant à décrédibiliser sa personne et son art.   

 

Aya partage qu’elle n’avait jamais eu conscience qu’être une femme noire qui réussit, ça dérange

 

Avec son dernier album Nakamura certifié disque de diamant, les morceaux “Djadja”, “Copines” sont devenus des hits incontournables et ces clips totalisent aujourd’hui 700  millions de vues sur Youtube. 

 

C’est indéniable, La Nakamurance cartonne !

 

Une traitement dégradant par les médias français 

 

Toutefois, la place qui lui est accordée dans les médias français est souvent teintée de jugements négatifs.  

 

Lors des derniers NRJ Music Award, son nom est écorché par Nikos Aliagas avec nonchalance. « On n’invite pas les gens quand on n’arrive pas à dire leurs noms correctement !!» répond Aya Nakamura offensée sur Twitter. Sur les plateaux télévisés, aux espaces virtuels, sur les réseaux, l’artiste fait le sujet de commentaires désobligeants,  jugeant son physique la décrivant comme trop laide, masculine, trop noire, trop animale…  

 

Une artiste audacieuse qui redéfinit la pop française  

 

Aya Nakamura bouleverse la pop française en redefinissant les critères et balayant toutes les limites associées à ce genre musical. Avec l’usage de l’argot de banlieue dans toutes ces chansons,  « En catchana », « Pookie », « tchop », le langage des quartiers s’immisce dans le quotidien de tous les français.e.s et dans la culture musicale contemporaine. En revanche, la réponse médiatique persiste, cherchant à catégoriser sa musique dans le registre du rap français à tout prix, une équation simpliste pour conserver l’image de la pop française blanche, ses paroles sont souvent tournées à la dérision, avec la volonté de minimiser la cohérence de son art et  sans considérer ces paroles comme une forme d’expression artistique. Sans doute, par crainte, que la pop française ne devienne de plus en plus populaire.  

L’usage de l’argot d’Aya Nakamura n’est pas corse ou breton, mais il reste compréhensible à toute une partie de la population et est accessible à tous ceux qui daignent cultiver de la curiosité.  À chaque genre musical, son temps, mais aussi son langage. La beauté de la musique, c’est qu’on ne peut pas l’empêcher d’évoluer et de transformer les cœurs et les esprits. 

 

Les différentes formes d’oppressions auxquels Aya Nakamura fait face peuvent se résument en une catégorie : La misogynoire 

 

Qu’est-ce qu’est la Misogynoire ?

Théorisé par l’universitaire afro-américaine Maya Bailey et Trudy de Gradient, La misogynoire est une forme de misogynie envers les femmes noires dans laquelle la race, la classe et le genre jouent un rôle concomitant. La misogynoire inclut les attaques sexistes, coloristes et raciste sur les femmes noires. 

 

Dans son livre, ‘’ne suis-je pas une femme’’ de Bell hooks explique comment la misogynoire tire ses racines dans l’imaginaire colonial et esclavagiste, qui réduisait les femmes noires à être des esclaves sexuelles. 

 

Et comme toutes les formes d’oppressions, qui n’ont jamais été démantelées, la mysogynoire a évolué avec notre société. Et même si elle est devenue plus subtile, elle régit la représentation des femmes noires dans notre imaginaire, dans les médias, dans nos relations et dans pratiquement toutes les sphères de la société. 

 

Des racines historiques, aux stéréotypes contemporains. 

 

Dans notre imaginaire collectif, la femme noire existe dans des cases bien délimitées, qui ont été conçus par l’influence des périodes historiques qui ont normalises la violence faites les femmes noires, mais aussi par les médias et nos systèmes éducatifs, qui ont fait un travail remarquable à effacer toutes traces d’existence de la femme noire comme actrice clef au développement de nos sociétés. Il est difficile d’imaginer une femme noire réussir, car notre imaginaire collectif lui à toujours octroyer une place limitée, voir quasi inexistante. Mais quand elle est représentée, elle est restreinte à d’exister dans la colère, soit dans sa force surhumaine ou soit, elle est caractérisée par son hypersexualisée. Et parfois les trois en même temps. 

 

La femme noire en colère: Ce stéréotype caractérise la femme noire comme agressive, de mauvaise humeur, autoritaire, nonchalante et ignorante sans qu’elle ait émise aucune forme de provocation. Ce mythe affecte significativement les femmes noires car il rend les femmes noires insensibles, animales et plus tolérantes à la douleur. Ces stéréotypes déshumanisants ont souvent été calqués par les médias français à l’encontre d’Aya Nakamura traitée comme hystérique, immature, comme lors de l’annulation de sa présence au plateau télé de Yann Barthès qui l’accuse sur les réseaux de l’avoir planter en public, dépeignant un comportement irresponsable et immature, alors qu’Aya Nakamura avait averti plutôt le plateau télé de son absence.

 

La femme noire forte:  Les filles noires sont socialisées pour être «fortes» en partant du principe que la force servira de moyen de résistance psychologique à l’oppression qui prévaut dans la société. Les femmes noires qui intériorisent ces idéaux se comportent avec une retenue émotionnelle et une abnégation de leur peine et de leur douleur. Ce qui peut expliquer en partie, le traitement médiatique méprisant qui est réservé à Aya Nakamura, car dans tous les cas elle est résistante et forte, et peut être traitée avec plus de violence. 

 

La femme noire hypersexualisée: De l’ère colonial ou la femme noire était traitée comme un objet sexuel, à la place qui lui est accorde dans les clips de hip-hop domine par une industrie masculine, le corps de la femme noire à historiquement été sexualisée.  Dans le documentaire ‘’Ouvrir la voix’’ D’Amandine Gay, de nombreuses jeunes femmes noires partagent comment des un très bas age, à l’école, on les surnommer de ‘’Feline’’ ou encore “Gazelle” en référence à leur bestialité sexuelle imaginaire. Parmi les critiques qui circulent par de nombreux internautes sur Aya Nakamura, on retrouve cet acharnement à la comparer à une bête, ou encore à une actrice porno dans le  journal satirique picard “Fakir”, ou le journaliste Darwin exprime qu’il n’aime pas la musique d’Aya Nakamura, ne comprend rien à ses paroles et la trouve vulgaire. 

 

Soutenu ou pas par les médias français, la Nakamurance continue son envol et à transformer l’univers musical, en offrant plus de représentations par de nouvelles collaborations dans son album, en faisant preuve de plus de créativité dans la conception de ses sons. Cependant, l’artiste porte une charge mentale continuelle, par la dégradation auquel elle fait face dans des espaces qui devraient servir à amplifier son art.  Le droit à l’erreur pour Aya Nakamura est plus limité,dans le spectre médiatique français, qui scrute sa prochaine erreur.

 

Fan de sa musique ou pas, résistons au schéma réducteur, qui soustrait le degré de teint d’une artiste et sa façon de s’exprimer à son niveau de performance et sa capacité de réussite. Qu’on le veuille ou non, les femmes noires n’ont pas fini de résister et d’aller au-delà des cases et des limites qu’on leur impose et Aya Nakamura en est un bel exemple ! 

 

Désireuse de voir un monde marqué par plus d'alliances et de justice réparatrice, je facilite des conversations complexes qui aspirent à créer des changements systémiques. En tant que Consultante en développement organisationnelle, je soutiens mes clients à transformer leurs pratiques organisationnelles et leur modèle de gouvernance pour les rendre plus réflexives, durables et inclusifs. Formée en médiation et résolution de conflit, j’explore l'impact des relations de pouvoir et de privilège au sein des organisations à but non-lucratifs et des institutions publiques. Passionnée d'écriture, mes écrits explorent la résilience et la résistance qui co-existent avec les enjeux de classe, genre et de racisme.