Entretien avec la créatrice de mode ghanéenne Ophelia Crossland

Ophelia Crossland © Mel Arthur Photography

Découvrez Ophelia Crossland, la créatrice de mode inspirée qui habille les femmes africaines puissantes. Entretien sur son label, la crise du Covid-19 et l’importance du digital pour les designers africains.

Qui est Ophelia Crossland ?

Je me décrirai en premier comme une femme d’Affaires africaine, une épouse, une mère et aussi une créatrice de mode grandement inspirée par la vie, l’optimisme et l’humour.

Quand avez-vous su que vous deviendrez créatrice de mode ?

Je crois que j’ai toujours été destinée à une carrière de designer.  Je suis née d’une mère ghanéenne. Madame Sarah Crossland commerçante et experte en textile et mon père le Professeur Crossland était Docteur en archéologie et perliculteur. Plus jeune, je faisais déjà les vêtements de mes poupées, en m’amusant avec des aiguilles e des morceaux de tissus.  J’ai étudié les Arts Visuels au St. Mary’s Girls ensuite, je suis à allée à la Vogue Style School of Fashion & Design où je suis sortie major de ma promotion.  Alors disons qu’il n’y a pas eu de période spécifique ou j’ai eu un moment d’illumination. J’ai toujours baigné dans cet environnement propice à la création et voilà ou j’en suis aujourd’hui.

La recherche semble être un facteur déterminant de votre travail…

Wow, vous avez remarqué. Hahahaha ! Je crois que la créativité ne  doit être mise dans une boîte mais je crois aussi en l’importance de la recherche.Comme je disais plus haut, ma mère et ma grand mère, une ancienne reine de beauté ( Miss Gold Coast ) étaient toutes les deux dans le monde de la mode.  Alors on peut dire que j’ai appris des meilleurs. Si j’ai une idée, je commence à la mettre en forme sur du papier, ensuite je passe au choix des tissus. J’utilise beaucoup les moodboards pour documenter mes travaux. Un jour, qui sait, ils pourraient trouver une place dans un musée de renommée mondiale comme le MET à New York.

Comment combinez-vous l’artisanat, le travail à la main et les techniques modernes de coutures ?

Chez Ophelia Crossland Designs, nous faisons grandement attention aux détails et c’est notre marque de fabrique. La marque est devenue synonyme de flair, de sensualité et d’extravagance car nous pensons que chaque technique est importante dans la construction d’un vêtement.  Une combinaison parfaite de tissus, de dessins et de motifs complexes avec un perlage exquis vous donnera un numéro d’Ophelia Crossland.

Quelle est la meilleure façon de décrire les vêtements que vous créez ?

Luxe moderne d’inspiration africaine.  L’objectif principal de notre design est de faire en sorte que les femmes se sentent confiantes et modernes. J’ai été l’une des premières créatrices africaines à expérimenter l’impression de cire locale avec d’autres tissus contemporains. Nous avons toujours recherché un style élaboré sur tous les fronts.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

J’ai toujours dit que mon inspiration est sans limite. Cependant, la vie, l’optimisme, l’humour et le flair inspirent mes créations. C’est un processus étonnant que de créer les idées au moment où elles vous viennent à l’esprit jusqu’à ce qu’elles arrivent sur la piste ou lorsqu’un client les porte et se sent heureux.

Il n’y a que des femmes puissantes qui portent du Ophelia Grossland…

Les femmes puissantes m’inspirent tellement. Je crois en l’autonomisation des femmes et je crois que mon travail pousse cette idée au premier rang. J’ai deux filles et je veux qu’elles croient qu’elles peuvent faire tout ce qu’elles veulent. Je ne pense pas que le sexe ou la race doivent limiter qui que ce soit. Beaucoup de ces femmes se sont battues pour une sorte de droits dont nous jouissons en tant que femmes ou ont créé un accès pour d’autres femmes. Prenez par exemple la première femme juge en chef du Ghana, Sa Seigneurie Georgina Woods ou Mme Konadu AgyemanRawlings qui a défendu de nombreux programmes féminins et a été la première femme à se présenter à la présidence du Ghana.

« le monde tel que nous le connaissons a changé radicalement mais il nous a aussi aidés à nous mettre au diapason »

En tant que créatrice de mode et businesswoman, comment est-ce que vous avez été affectée par la crise du Covid-19 ?

La COVID-19 a ses mérites et ses défauts. Nous avons commencé l’année sur une très bonne note et à la mi-mars, tout était en chute libre. Cependant, cela m’a beaucoup appris sur moi-même, sur la vie et sur l’industrie. Je me souviens d’avoir enregistré une voix off pour la sortie de ma collection Pure Love, et j’ai dit « le monde tel que nous le connaissons a changé radicalement mais il nous a aussi aidés à nous mettre au diapason« . Cette crise  a poussé l’industrie à ralentir, à s’arrêter et à réfléchir à tant de nos actions et de nos préjugés.  J’aime aussi le fait que cela nous ait obligés à avoir une conversation sur la représentation dans les médias, la diversité et même la propriété.

Si l’Occident ne nous en donne pas la possibilité, pourquoi ne pas créer des plateformes pour raconter nos histoires collectives.  Pour les créateurs africains, la plupart des questions qui nous concernent sont multiples, mais cela nous a aidés à adopter le marketing numérique et les options de commerce électronique plus que jamais. Les ventes augmentent progressivement et nous sommes constamment ouverts à de nouveaux publics

« Les ventes, les productions, les réunions, les achats en ligne et même les défilés de mode se sont tous déplacés en ligne.  Si vous n’êtes pas sérieux à propos du numérique, je ne pense vraiment pas que vous ayez un avenir dans ce secteur car c’est déjà une grande tendance ce goudron »

Selon vous, le digital serait le nouveau terrain de jeu des designers africains ?

Oui, en effet. Comme je l’ai déjà dit, les problèmes qui touchent l’industrie en Afrique sont multiples. Manque d’investissements, infrastructures médiocres, peu ou pas d’usines pour produire en grandes quantités. Mais cela ne signifie pas que nous devons rester immobiles ou continuer à nous plaindre. Tant de marques, y compris la nôtre, ont si bien adhéré à l’idée du numérique. Les ventes, les productions, les réunions, les achats en ligne et même les défilés de mode se sont tous déplacés en ligne.  Si vous n’êtes pas sérieux à propos du numérique, je ne pense vraiment pas que vous ayez un avenir dans ce secteur car c’est déjà une grande tendance ce goudron

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre nouvelle collection ?

Pure Love a vu le jour pendant le confinement, alors que la plupart des pays du monde étaient isolés et mis en quarantaine à cause de la pandémie. C’était comme si le monde touchait à sa fin, mais j’ai réalisé que les clientes, les amis et la famille devaient continuer comme si de rien n’était. Elles devaient s’occuper de leur maison, de leurs enfants, de leurs entreprises et de tout ce qui leur tombait sous la main. Je voulais choyer ces femmes et célébrer leur dur labeur avec cette collection. Chaque femme doit retomber amoureuse de son placard et cette collection est un premier pas

 

Où est-ce que les femmes ivoiriennes pourront se procurer vos créations ?

Les femmes ivoiriennes me tiennent à cœur.  J’aime leur style audacieux et implacable. Elles savent ce qu’elles veulent et personne ne peut les tenir pour acquises. Nous sommes actuellement partenaires de la Capsule d’Abidjan sur leurs différents Pop-ups. Nous avons dû annuler notre prochain pop-up à cause de Covid. J’avais prévu d’y assister. Il y a peu de concept stores qui ont accepté de porter exclusivement notre ligne. Nous espérons que d’ici août ou septembre, tout devrait être finalisé et que nous pourrons l’annoncer. Si vous ne pouvez pas attendre, alors glissez-vous dans notre DM ou faites vos achats sur notre site web, www.opheliacrosslandgh.com

 

Blé Pockpa

Blé Pockpa

Rédacteur Mode et People ELLE Côte d'Ivoire J'aime le papier glacé des magazines de mode, la Diversité avec un grand D, le Made in Africa et le partage Mode et People au sein du Digital. J’entretiens depuis peu un rapport particulier avec les vêtements de designers africains. S’il vous plaît, ne me parlez pas de jogging pants.

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