Twist à Bamako : Danser l’amour dans un Bamako fragile

Twist à Bamako

Dans un Mali fraichement indépendant, la jeunesse de Bamako célèbre une nouvelle ère, tous les soirs dans les bars populaires de la capitale. Parmi elles, deux jeunes gens révolutionnaires, amoureux de la liberté et envahis d’un grand désir de changer le monde, se lancent dans une chorégraphie particulière qui mène sur un twist bancale mais sympathique. Ils dansent l’amour.

Twist à Bamoko raconte l’histoire de jeunes gens rêveurs et engagés militant pour un Mali meilleur. En 1962, Robert Guédiguian, le réalisateur français, nous embarque dans un Mali qui se remet peu à peu de la colonisation. Une vague de personne engagées soutiennent le mouvement socialiste. Vêtus d’un ensemble kaki, ces activistes d’un monde « meilleur » prêchent la bonne nouvelle du socialisme dans tout le Mali.  Samba, dévoué à cette œuvre, fils d’un commerçant, est le chef de fil de cette troupe. Accompagné de ses fidèles amis, il parcoure villes et villages avec l’espoir de rallier tout le pays à la cause du président Modibo Kéita. Une mission qui le conduit tout droit vers l’amour.

Ce récit historique se construit autour d’une histoire d’amour presqu’impossible mais pourtant plus fort que tout. Samba et son amoureuse lutte contre tout pour faire régner leur amour. Le Bamako se peignant eu couleur de la joie et de la liberté, ne se sépare pas de ses rites et coutumes qui assujettissent encore une franche partie de la population. En effet, Lara, cette jeune fille dont tombe amoureux Samba, l’homme de la révolution, est donnée en mariage forcé à un homme qu’elle n’aime pas. Cette dernière fuit sa prison (dorée) et découvre le véritable amour avec Samba. Cependant, le cauchemar qu’elle tente de fuir la rattrape toujours. La société la juge et la condamne oubliant le fait qu’elle a été mariée contre son gré.

Twist à Bamako
Samba et Lara sortant du studio de photo à Bamako

Guédiguian soulève à mainte reprise, l’émancipation et les droits de la femme. Il présente un héritage colonial dont les nouveaux indépendants souhaitent se défaire carrément. Les droits de l’homme semblent être une notion moins importante lorsqu’il s’agit de la femme. Elle n’a pas son mot à dire. Et il y a cette scène, où Lara parle de ses nuits d’ébats avec son mari ou plutôt ces nuits où son mari la prenait de force, sans son consentement. Parce que pour certains, étant marié, le viol n’existe pas. Mais on le sait tous : sans consentement, il y a viol !

Ces tableaux sombres semblent s’évaporer quand tombe la nuit sur Bamako. La musique occidentale devient reine et possède les jeunes, gesticulant dans le Happy Boy, ce bar dans lequel la jeunesse bamakoise se donne rendez-vous. En l’espace d’une nuit, tous les problèmes sont remplacés par une ferveur qui s’intensifie au fur et à mesure que le soleil reprend sa place normale dans le ciel. Ils dansent. Ils twistent et rigolent.

Twist à Bamako
Samba et Lara dans le studio de photo

Le réalisateur français ne manque pas de faire ressurgir au milieu de tout cela, ce fait historique qui menaçait le président Modibo face au commerçant de l’époque encore attachés aux avantages de l’époque coloniale. Un fait qui chamboule la quiétude du Mali et met à mal certains commerçants dont le père de Samba.

Twist a beaucoup est beau. Une belle photographie, un scénario moins lassant mais un peu long avec des images peu importantes plus que que présentes. Le jeu d’acteur ne souffre pas d’erreur de débutant. Issiaka Sawadogo, l’une des figures emblématiques du cinéma africain, crève l’écran à chacune de ses scènes. Ce dernier est souvent défié par Stéphane Bak, brillant dans son interprétation de Samba, son fils. Alice Da Luz, le jeune demoiselle derrière Lara est sensationnelle. Petit coup de cœur pour Bakary Diombera, découvert dans Banlieusards de Kery James. Sa présence et sa prestation dans ce film donne un caché moins sérieux mais tout aussi réaliste de la jeunesse libre et rêveuse.

Et l’articulation, parfaite. Chaque mot comme il le faut et entendu comme il se doit. Le petit bémol serait ce coté où l’accent malien est inexistant comme si le réalisateur avait tourné ce 22ème film de sa filmographie dans son Marseille natal.

Le film est disponible dans toutes les salles du Majestic Cinéma. Programmation à découvrir sur le site du Majestic Cinéma.

Cédric KOUAO

Cédric KOUAO

Rédacteur Culture ELLE Côte d'Ivoire Blogueur et amoureux du 7ème art, je suis une personne atypique qui aime voir le monde en couleur...une âme d'artiste dont tous les domaines de l'art me fascine. Je vous fais découvrir mes coups-de-cœur, les actualités culturelles et cinématographiques mais également de la beauté et de la bonté et c'est ce qui rend extraordinaire votre passage sur elle.ci.

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