Tout simplement noir : Parler du racisme avec humour

Les salles de cinémas ont rouverts en Côte d’Ivoire (à Abidjan). Et nous sommes vraiment contents de retrouver nos sorties ciné du weekend (Ndlr). Une superbe nouvelle qui nous met du baume au cœur après un long moment d’ennuie à vadrouiller sur les sites de streaming à la recherche de films. Et pour ne rien manquer de l’ouverture du cinéma « Majestic », nous sommes allés voir le film « Tout simplement noir ». Un film assez drôle et émotif qui traite le sujet de la discrimination raciale avec beaucoup d’humour.

Fermé depuis mars 2020 pour favoriser la sécurité sanitaire liée à la crise du coronavirus, les salles de cinéma ont rouvert leurs portes depuis le 7 août dernier à Abidjan. Profitant de la réouverture des salles de cinéma avec leurs nouveaux horaires qui ne comptent que les vendredis, samedis et dimanches (pour l’instant), nous avons réalisé notre expérience du cinéma post-covid dans la salle du Majestic Ivoire pour voir le film « Tout simplement noir ».

Un film qui, déjà, avant sa sortie, suscitait de l’émoi dans les communautés noires francophones. Un film conçu dans une France emprunte de préjugés et de discriminations raciales. Un film né sous la domination de ce que l’on pourrait qualifier de « révolte » de la communauté afro mondiale. Une espèce de protestation contre le délit de faciès perpétré envers les personnes de « couleur » dans le monde mais également contre la faible représentation des noirs dans les médias et sur la scène public française; ce qui devrait interpeller plus d’un. Le hashtag #BlackLivesMatter naît quelques temps après la mise en œuvre de ce projet comme pour dire qu’il est temps que cela s’arrête.

Jean-Pascal Zadi et John Wax, les réalisateurs, racontent une histoire drôle mais loin d’être amusante encore moins sympa. JP, incarné par Jean-Pascal Zadi, un acteur qui multiplie les échecs sur chaque plateau de casting, se lance dans l’organisation d’une marche de contestation de la communauté noire en France pour se révolter contre la sous-représentation des Noirs dans la société et dans les médias. Pour mener à bien son projet, il décide de rencontrer les personnalités influentes de la communauté noire française. Il crée le buzz sur les réseaux sociaux et très vite sa cause devient virale et est soutenue par plusieurs figures emblématiques comme Omar Sy, Fary, Claudia Tagbo, Soprano ou encore Joey Star, chacun jouant son propre personnage.

« Tout simplement noir » est réalisé sous la forme d’un faux film documentaire avec un scénario hilarant porté sur le grand-écran en partie par une caméra embarquée tenue par Jean-Pascal Zadi en personne. Un style peu commun qui permet à JP et ses acolytes de faire passer la pilule assez facilement. L’humour est là, présente dans chaque scène même celles sensées être un peu plus sérieuse mais cela ne biaise en rien le fond du message. Cette belle œuvre classifiée comme de la comédie met aussi en exergue l’acceptation de soi, la notion du genre et ainsi que le vivre ensemble. Les différents protagonistes incarnent parfaitement la vision de la cause. Les répliques peuvent faire sombrer dans l’ennui mais la forte personnalité des acteurs sauve le tire.

C’est agréable de voir Claudia Tagbo enfiler son air sérieux et se laisser prendre au jeu par le scénario de Jean-Pascal Zadi et Kamel Guemra devant la caméra de Thomas Brémond. Le Duo Zadi et Fary est presqu’adorable qu’on ne compte plus les heures qui s’égrènent vers la fin de ce magnifique chapitre du cinéma français qui plaide la cause de l’Homme noir. Les stéréotypes sur les « noirs » sont mis en avant histoire de faire resurgir son (le noir) histoire. Après avoir passé le cap des discriminations sur les acteurs et actrices noir(e)s, l’on a moins du mal à prononcer le mot « noir » qui semble plus injurieux que le mot anglais « black » qui, à contrario, parait plus stylé pour certains. Une scène montrant Eric Judor mal à l’aise à l’idée de prononcer le mot noir ou encore Kareen Guiock n’acceptant pas d’être définie comme une « journaliste noire » relève ces points. Des rôles stéréotypés dans l’industrie du cinéma aux délits de faciès commis par la police, « Tout simplement noir » fait le tour des questions liées à la race noire, de façon décalée.

Dans les premières scènes du film, Jean-Pascal Zadi exposait la vision de créer une marche avec seulement la communauté noire masculine. Une idée mal perçue par plusieurs communautés dont les communautés arabes et juives qui auraient souhaité être inclus dans cette manifestation comme pour montrer l’importance de cette lutte qui touche aussi d’autres communautés dans le monde. Et cette scène de de l’humoriste Fadily Camara qui s’arrache la participation des femmes noires à cette marche. Parce que les femmes ont leur mot à dire dans cette lutte qui se doit d’être universelle sans distinction de genre.

C’est un bon moment qu’on passe en visualisant ce film. Pour la taille du combat, l’on aurait préféré une autre dimension du film avec un ton hautement moins amusé. D’aucun pourrait le trouver faible mais le vrai combat reste la page de garde de ce long-métrage à la fois divertissant et engagé.

Nous vous encourageons à voir le film à l’Institut Français de Cote d’Ivoire les 09 et 10 septembre 2020. Vous allez adorer.

Cédric KOUAO

Cédric KOUAO

Rédacteur Culture ELLE Côte d'Ivoire Blogueur et amoureux du 7ème art, je suis une personne atypique qui aime voir le monde en couleur...une âme d'artiste dont tous les domaines de l'art me fascine. Je vous fais découvrir mes coups-de-cœur, les actualités culturelles et cinématographiques mais également de la beauté et de la bonté et c'est ce qui rend extraordinaire votre passage sur elle.ci.

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