Le syndrome de la superwoman

Nous connaissons tous cette femme qui excelle dans sa carrière, dirige différents initiatives, navigue au coeur d’une vie sociale bien remplie, et est présente pour la famille, ses enfants et cheri, si jamais il y en a. Depuis son réservoir, elle semble constamment puiser une ration d’énergie ‘surhumaine’ qui ne semble infinie pour certain.e.s . Nous avons ete élevée par elle, ou, nous la cotoyons, ou nous sommes nous meme cette femme. 

Nous avons été socialisés pour glorifier ce qui tend à être la surhumanité des femmes, sans se douter que sur-humaniser un individu, peut contribuer à le déshumaniser. Aucun être humain, n’à de réservoir illimité en énergie, il y a un coût à devoir être forte tout le temps. Un coût psychologique, physique, social, et énergétique. Dans cet article nous explorerons certain conséquences reliées à la responsabilité et le devoir d’être une femme forte. 

La normalisation de la charge mentale.

La femme forte, on peut la reconnaître par sa polyvalence, par son engagement à vivre une vie épanouie, mais aussi par son sacrifice pour les autres et la place essentielle, parfois dépendante, qu’elle occupe au travail, dans sa famille, et dans sa communauté. Louée par tous, quand elle porte le monde sur ses épaules, elle s’efface pour le bien commun. Parfois elle porte ses responsabilités dans l’ombre et le silence. Parfois sous la lumière du jour. Personne n’ose, ou ne sait comment lui demander si elle a besoin d’aide, car elle a toujours l’air d’être au contrôle. La femme forte, elle opére comme si son quotidien n’a jamais été bousculé. Derrière cette apparence, se cache une charge mentale, soit le devoir de répondre au bien-être et aux besoins de tous. Penser à tout. Tout le temps. 

Cet automatisme a été théorisé par la chercheuse Nicole Brais, elle définit  la « charge mentale » comme « ce travail de gestion, d’organisation et de planification qui est à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectifs la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence. » 

La charge mentale est l’un des éléments qui contribue à maintenir les femmes dans une position de contrôle et qui les exige d’être forte, en permanence dans leur quotidien. Elle leur ôte aussi leur droit à l’erreur et renforce cette idée que les femmes sont surhumaines. Gare à elle, si elle échoue, le monde entier risque de ne jamais se remettre de cette déception. 

Le syndrome qui touche les femmes noires différemment 

Le Superwoman Syndrome a été introduit en 1984 par l’auteur Marjorie Hansen Shaevitz, qui explique que ce syndrome survient lorsqu’une femme s’efforce d’atteindre la perfection dans chaque rôle qu’elle remplit et mesure le succès ou l’échec en termes de résultats tangibles.  Pour aller plus loin, les théories afro-féministes, expliquent comment ce syndrome affecte les femmes noires différement en introduisant le concept de la ‘’super black woman’’ dans la pensée féministe noire (2000) par Patricia Collins, Sisters of the Yam  (1993) par Bell Hooks. Ces théorieciennes féministes présentent comment ce syndrome exige des femmes noires qu’elles résolvent les problèmes et prennent soin de tous les membres de leur entourage, sans jamais céder, sans jamais se sentir vulnérables et sans jamais s’inquiéter de leur douleur.  Autrement dit, on efface, diminue et invisibilise la douleur qui émane lorsque les femmes noires sont demandées d’être fortes. Ce qui renforce de nouveau l’idée d’une sur-humanitée, car elles ne ressentent pas la douleur, comme le reste du monde. 

 

Credit ©  The Naked Truth

Un syndrome qui commence en bas âge 

Socialement, nous grandissons dans des cercles familiaux qui ont des standards très élevés auprès des jeunes filles. On nous transmet à un très jeune âge les habitudes et connaissances requises pour être ‘une bonne femme’. Cette pression nous suit jusqu’à nos salles de classes, où l’on attend de nous que nous soyons de bonnes et discrètes élèves. On nous remplit la tête d’histoires d’horreur de ce qui arrive aux filles qui ne sont pas ‘sages’. En dehors de l’école, les magazines, les publicités, renforcent l’idée qu’il y a une façon d’être une femme, en nous présentant des femmes qui grâce au dernier spray de nettoyage dégressant, nettoyer en toute simplicité, parviennent à faire manger, les devoir avec leurs enfants, s’occuper de leur maris… Beaucoup de stratégies médiatiques entretiennent cette idée de femme capable de tout, et nous allons vous vendre des produits qui vous rendront encore plus forte.  Le dernier balais. La dernière serpillère… Ce n’est pas une coïncidence que bien des jeunes femmes aient le syndrome de la superwoman, car tous les espaces et les événements de leurs vies les ont forgées à le devenir. 

Credit ©  Nicholle Kobi 

 

Les répercussions sur la santé mentale 

Le poids de ces responsabilités a des répercussions désastreuses sur sa santé psychologique, physique et mentale.  Car le bien-etre de la femme est souvent rattaché aux bien-etres de ses enfants, sa famille et plus largement sa communauté. Une etude publiée par ONU FEMME sur la sante mentale des femmes, démontre que la bonne santé des femmes à des répercussions positives sur la santé générale de l’ensemble des membres de la société. Autrement dit, pour que notre société productive fonctionne efficacement et effectivement, elle dépend du bien-être des femmes. Et inévitablement, si le bonheur des autres, depend de la femme, alors il y a tres peu d’espace pour qu’elle aille mal.  Mais donc, qu’est-ce que cela veut dire, si tout une partie de la population ne peut pas se permettre d’aller mal pour le bonheur et la satisfaction des autres ? C’est la santé physique, psychique et mentale des femmes qui est mise à risque. Un épuisement de tout. 

 

Mais l’épuisement n’est pas la seule manifestation, d’après le Dr. Schneider de l’INSEE, « La charge mentale provoque des troubles anxieux, certaines maladies de peau quand les femmes sont trop stressées (psoriasis, eczéma,..) Il y a des signaux d’alerte : du stress, de l’anxiété, un mal de ventre ou encore des migraines. »

En plus des conséquences physiques, il y a des conséquences émotionnelles, un article par AlloDocteur de France Info indique sur les conséquences de la charge mentale que : ‘’ Le couple subit inévitablement les dégâts du surmenage, les femmes épuisées n’ayant plus le temps, l’énergie et l’humeur propices à la vie intime.’’  

 

Contrer le syndrome de la superwoman 

Pour ceux et celles qui ont une femme superwoman dans leur vie,  questionnez-vous comment vous pouvez l’aider repartir le labeur, parfois émotionnelle, parfois  psychologique, parfois un mélange des deux, dans les responsabilités qu’elle tient. 

Et, aux femmes superwomen, ce syndrome n’est pas irréversible. Il se soigne avec du temps pour soi. Il se soigne en se donnant le droit d’exister dans toute sa vulnérabilité. Il se soigne en se donnant le droit de décevoir et de ne pas répondre aux attentes des autres. Il se soigne en essayant un jour de dire ‘’non, je ne peux pas’’ ou ‘’ non, j’ai prévu ce temps pour moi’’. Il se soigne en se défaisant  de la peur d’échouer et en s’octroyant le droit à l’erreur, le droit de vivre dans toute sa complexité et de pouvoir se faire consoler, aider et soutenir par notre écosystème. Il se soigne en réclamant, dans les petits gestes du quotidien, une partie de notre humanité. 

Fabiola Mizero Ngirabatware

Fabiola Mizero Ngirabatware

Désireuse de voir un monde marqué par plus d'alliances et de justice réparatrice, je facilite des conversations complexes qui aspirent à créer des changements systémiques. En tant que Consultante en développement organisationnelle, je soutiens mes clients à transformer leurs pratiques organisationnelles et leur modèle de gouvernance pour les rendre plus réflexives, durables et inclusifs. Formée en médiation et résolution de conflit, j’explore l'impact des relations de pouvoir et de privilège au sein des organisations à but non-lucratifs et des institutions publiques. Passionnée d'écriture, mes écrits explorent la résilience et la résistance qui co-existent avec les enjeux de classe, genre et de racisme.

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