« Sexe contre de bonnes notes », le documentaire de BBC révélant le quotidien d’étudiantes africaines

Stop !

 « Sexe contre de bonnes notes », le documentaire de BBC révélant le quotidien d’étudiantes africaines
Fabiola Mizero Ngirabatware
Écrit par Fabiola Mizero Ngirabatware
Publié le 13 novembre 2019 à 16h51

Stop !

Le récent documentaire SEX FOR GRADES publié par la chaîne BBC Africa a mis en lumière les innombrables cas de harcèlement et de violences sexuelles commis par des professeurs de l’Université de Lagos et l’Université du Ghana. Ce documentaire fait écho aux voix  de plusieurs étudiant.e.s, étouffées par la honte et par les représailles, qui ont été victime de harcèlement sexuelle, de chantage et/ou de violences sexuelles pour obtenir leurs notes. Depuis sa publication, l’enquête #SexForGrade a ouvert une conversation publique pour de nombreuses autres femmes qui ont vécu des expériences similaires.

Mais qu’en est-t’il réellement au delà de la fiction ?

Le documentaire Sex For Grades nous transporte au delà des chiffres, avec la journaliste et narratrice Kiki Mordi qui mène brillamment cette enquête afin de démasquer au grand jour ces enseignants prédateurs. Cette investigation est également mené avec l’aide des jeunes femmes en caméra caché qui se fondent dans le corps d’étudiante à la recherche de soutien académique. L’une d’entre-elle va même jusqu'à jouer le rôle d’une étudiante âgée de 17 ans, sachant que l'âge du consentement au Nigeria est à 18 ans.
Parmi les enseignants exposés, on retrouve le dénommé Docteur Boniface Igbenughu, un doyen de faculté mais également un pasteur d’une église locale. Il est au coeur de l’investigation car plusieurs anciennes étudiants ont rapporté avoir été abusé et harcelé sexuellement par lui.

On découvre dans le documentaire, que c’est en instrumentalisant son pouvoir, son statut et le respect qui lui est attribué par la communauté académique et religieuse, que le docteur Igbenughu approche les jeunes étudiants en se présentant comme une figure paternel digne de confiance. En s'attribuant ce rôle paternel il rencontre la première étudiante-investigatrice âgée de 17 ans à la recherche de  soutien académique. Sous les caméras cachés, l’enquête parvient à exposer les avances répétitives de cet enseignant envers l’étudiante.

Pourquoi ce documentaire est t’il important ?

Selon une étude publiée par les Nations Unis en avril 2016 intitulé «The world’s women 2015 : trends and statistics» les violences sexuelles sont présentes partout dans le monde, cependant l’Afrique reste le continent qui possède le plus haut taux de viol par habitant dans le monde. En effet, il est estimé que plus de 36 % des femmes auraient été victime d’une agressions sexuelles au cours de leur vie, soit plus d’une femme africaine sur trois.

Suite à la publication du documentaire #SexForGrades, quatre des professeurs impliqués dans l’enquête ont été suspendus et le Sénat nigérian a décidé de présenter un projet de loi sur le harcèlement sexuel.Ce documentaire ré-ouvre le débat public sur la violence sexuelle et l’abus de pouvoir des hommes en position de hiérarchie dans les sphères de la société nigériane.

Notamment, la remise en lumière de la descente d’Abuja en avril 2019, ou 65 jeunes femmes ont été forcé de quitter une boîte de nuit par la police et ont passé quatre jours dans une cellule de police verrouillée, en se faisant refuser des vivres et ont été victimes de violence sexuelle par des policiers. L’investigation de cette descente a mené à un rapport qui est sorti après le documentaire et celui-ci dévoile que la descente policière et la maltraitance de ces jeunes filles a été autorisé par un responsable du gouvernement nigérian.

Mais pourquoi ce silence ?

Aujourd’hui, la violence sexuelle est endémique dans certains pays africains et nous avons des hommes en situation de pouvoir qui commettent des crimes organisés en usant des privilèges qui leurs sont attribués. Le documentaire et le rapport d’Abuja sont des exemples parmis tant d’autres de l'institutionnalisation de ces violences quotidienne mais aussi de l’ampleur de ces violences. De plus, le niveau d’impunité est si élevé que le viol se normalise, des sphères familiale au sphère publique. Il n’y a pas ou peu d’espace ou rapporter le harcèlement ou les violences basées sur le genre. D’après la coalition d'organisation non gouvernementales sud-africaines Shukumisa, « le viol est l'un des crimes les moins rapportés » à la police et après la descente d'Abuja, on comprend pourquoi.

Le viol a longtemps été perçu comme étant commis dans la sphère familiale ou l’entourage proche. Ici, on peut constater qu’il y a un déplacement de cette violence de façon plus visible dans les espaces publiques. Que ce soit,  dans nos familles, dans nos écoles, dans nos espaces religieux, la sournoiserie pour exercer de la violence basée sur le genre est de plus en plus toléré et normalisé.
Alors que nous nous épuisons à lutter pour -- ne serait-ce que -- rendre l’accès aux droits fondamentaux pour nos jeunes filles, comme l’accès l’éducation, nous devons également lutter pour leur sécurité et le droit à disposer de leurs corps lorsqu’elles arrivent sur les bancs de l’école, mais aussi lorsqu’elles se déplacent dans toutes les sphères publiques de la société.

Le message que l’on emporte de ce documentaire est que la jeunesse et plus précisément les jeunes femmes de notre continent en ont assez de toute forme de violence à des gains sexuels. Cet été, des manifestations ont eu lieu de l’Afrique du Sud, après le décès et viol de Uyinene Mrwetyana, jusqu’au Sénégal, avec le meurtre et viole de Binta Camara, et tous réclamaient la même chose, le droit de vivre et d’exister en toute sécurité et en toute liberté, pour les femmes,  ainsi que la criminalisation du viol.

Ensuite, le documentaire subtilement nous prouve que pour que pour lutter contre la normalisation de violence basé sur le genre, il faut faire preuve d’une organisation communautaire exponentielle et avoir recours à des stratagèmes saugrenus qui mettent en danger les victimes pour exposer l’ampleur de cette endémie. Mais jusqu’à quand aurons-nous besoin de mettre notre vie en danger pour être entendues et pour que l’impunité ne soit plus ?  Nous avons besoin plus que jamais de responsabiliser les hommes et surtout les hommes en situation de pouvoir. Qu’ils soient nos oncles, nos enseignants, superviseurs ou défenseurs de l’ordre.