Une journée avec Tchonté Silué, le nouveau visage de l’éducation

Inspirante ! 

Une journée avec Tchonté Silué, le nouveau visage de l’éducation

© Lafalaise Dion

Lafalaise Dion
Écrit par Lafalaise Dion
Publié le 27 février 2018 à 10h49

Inspirante ! 

Tchonté Silué est une personne inspirante. Le jour de l’interview, on l'a retrouvée assise à l'accueil, le sac à dos posé au sol, la tête plongée dans les notifications de son téléphone. Quoi de plus normal lorsqu’on est à la tête du Centre Eulis et qu’on est hyperactive sur les réseaux sociaux.

 

Lorsqu’elle nous voit arriver, elle lève la tête, se tient debout avec un grand sourire. Après les salutations, on se dirige, vers le studio, le lieu de l’entrevue. Une fois dans les studios, elle s’installe dans le siège qui lui est attribué, puis elle pose son sac dans la même position qu'à son arrivée et repart aussitôt dans le confort de son téléphone.

Il est difficile de lui donner un âge, elle parait si jeune. On lui attribuerait facilement 17, 18 ans. En même temps, quand on sait qu’elle est titulaire d’un bachelor en finances, d’un master en entreprenariat social et qu’elle est professeure à l’Université Internationale de Grand Bassam, on ose croire qu’elle en a plus que ça. On n’ose pas lui poser la question. C’est un mystère !

 

 

Avant d’entamer l’entretien, on lui dit :

 

C’est un nouveau concept d’interview, on fait l’essai avec toi, et on espère que ça va marcher. On ne parlera pas de tes débuts, on ne demandera pas tes origines, on évitera les questions ennuyeuses pour se focaliser sur ta journée. Raconte nous une de tes journées pleines”.

 

Elle sourit : “Je commençais à me lasser de raconter les mêmes choses. Mais je crains que cette interview ne soit faite pour une personne comme moi.  Je n'ai pas de routine, mes journées sont toutes différentes, dit-elle d’un air perplexe !

 

 

ELLE : C’est exactement ce qui nous intéresse, raconte nous !

 

 

ELLE : Quand tu te lèves, le matin la première des choses que tu fais ?

 

 

Je me lève entre 5h30 et 6 heures, - le temps de répéter une dizaine de fois le réveil,- la prière de Fajr et enfin la douche. Récemment, je me suis lancée un défi, celui d’écrire tous les jours. Alors, je reste parfois dans ma chambre pour écrire. Aux environs de 8 heures, je me connecte sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, Whatsapp).

 

ELLE : L’écriture semble te passionner n’est-ce pas ?

 

Tchonté : J’écris depuis petite. J’aimais bien les cours d’expression écrite. À partir du collège, j’ai commencé à écrire des petites histoires jusqu’en 2012 où j’ai décidé de créer mon blog. Je partageais des nouvelles. Après, j’ai eu envie d’écrire en anglais sur mon expérience aux États-Unis, mes voyages. Puis, il y a eu le dernier blog sur lequel, je parle des livres que j’ai lu, sur des événements et sur des personnes que je rencontre qui m’inspirent.

 

 

ELLE : 9 heures 30

 

Tchonté : En général, mes premiers rendez-vous commencent autour de 10 heures. Quand j’en ai, je m’y rends. Dans le cas contraire, je vais à la bibliothèque.

 

 

ELLE : À quelle heure arrives-tu au centre Eulis ?

 

© @jeanmarcandre

Tchonté  : Je suis avec les enfants à partir de 10 heures.  Je lis avec les enfants présents au centre. J’essaie de comprendre leurs difficultés. Parfois, après la lecture, ils me font un résumé et on joue. Ensuite, ceux qui ont lu me font un résumé de lecture. On passe ainsi la journée à lire et j’en profite pour travailler sur les projets du centre. Depuis le mois dernier, nous avons instauré les sorties mensuelles. Le mois dernier, nous étions au cinéma Majestic. Les enfants du centre ont pu voir pour la première fois une projection dans une salle de cinéma. Pour le mois de février, nous avons fait une sortie au Musée de la Civilisation de Côte d’Ivoire.

 

 

 

ELLE : 16 heures

 

Tchonté  :  C’est l’heure du goûter. L’heure à laquelle je quitte le centre. Je pars toujours une heure avant la fermeture. J'achète des beignets. Et je commence la marche jusqu'à la maison. C’est environ 15 minutes de marche. Une fois à la maison, je me connecte de nouveau sur les réseaux sociaux pour publier des photos ou vidéos du centre qui retracent les activités de la journée.

 

 

 

ELLE : 20 heures 30

 

Tchonté  : Après plusieurs prières dans la journée, c’est le moment de diner avec les parents. A chaque fois qu’on se retrouve, ils me demandent ce que je voudrais faire plus tard.

 

ELLE : Et là, tu réponds quoi ? Parce qu’on a envie de le savoir aussi ?

 

Tchonté : Ça c’est vraiment drôle. Je dis à mon père que je veux travailler dans l’éducation. J’y suis déjà, mais je veux aller plus loin. Ce serait peut-être travailler avec un organisme comme L'Unicef ou L’Unesco pour avoir encore plus d’expériences sur le terrain. On rêve un peu ensemble jusqu'à ce que je quitte la table.

 

 

 

ELLE : 21 heures 30

 

Tchonté  : Je commence à discuter avec mes amis(es) sur WhatsApp, je continue de scroller entre Facebook et Twitter. Et quand je me rends compte que j’ai passé trop de temps sur les réseaux, je prends un livre que je lis 30 minutes ou pendant une heure de temps. Pendant la lecture, lorsque je tombe sur un passage qui m’interpelle, je prends une photo que je relaye sur Twitter ou je l’envoie à une amie pour qu’on en parle.

 

 

 

ELLE : 23 heures

 

 

 

Tchonté  :  L'heure de la dernière prière. Après quoi, je me couche !

 

 

ELLE : On ne pouvait conclure cette interview sans évoquer le centre Eulis, on lui a demandé de nous raconter cette belle aventure depuis le début. Avec un grand enthousiasme, elle nous ouvrit les portes de ce centre d’éducation à travers ses mots.

 

Tchonté : L’idée de départ que j’avais, c’était la création d’un centre éducatif pour les enfants. Un centre dans lequel on communiquerait aux enfants l'amour de l’apprentissage. Et ça, c’était pendant que je faisais mon master en 2016. C’est en ce moment que j’ai eu l’amour pour l’éducation. Je voulais créer cet espace pour les enfants. Pour moi, à l’école, on y va pour avoir de bonnes notes et un diplôme et c’est la fin. L’école ne m’a pas vraiment guidé dans ce que je voulais faire. Bien heureusement, j’aimais la lecture, et ça, je le savais. Après la classe de terminale, je suis partie faire un bachelor en finance. À la fin de ma formation, je me suis rendu compte que je n’aimais pas la finance, et je ne pouvais donc pas y travailler.

 

Le déclic !

 

 

En même temps, j’y ai découvert l'entrepreneuriat social. L’idée de créer des entreprises pour résoudre les problèmes de la société. Je suis donc partie faire mon master en entrepreneuriat social. Et cette fois, pendant les cours, j’avais la chance de tomber sur des projets de groupes relatifs à l’éducation. Et là, c'était moi qui me tenais devant la classe pour proposer des idées. J’ai vraiment apprécié cette expérience. C’est de ce genre d’enseignement dont on a besoin. Comme je sais qu’il est presqu'impossible de changer le système tel qu’il est. L’idéal serait donc de mettre ce que j’ai appris au service des autres. À la fin de mes études, j’ai postulé à l’Université Internationale de Grand-Bassam, et je suis devenue professeur. C’était l’opportunité d’avoir une première expérience dans l’éducation. Un jour, pendant que je lisais “ Père Riche, Père pauvre”, je suis tombée sur un passage dans lequel on voit l’auteur faire une sorte de mini-bibliothèque avec des bandes dessinées quand il avait 9 ans. Je me suis rendu compte que j’avais autant de livres et que je pouvais en faire une bibliothèque un jour.

 

La prise de décision

 

J’ai économisé mon salaire pour faire une bibliothèque. J’ai pris la décision en février 2017. Je cherchais des locaux en vain. Je finis par prendre une pièce dans l’établissement hôtelier de mon père qui avait été pillé pendant la crise post-électorale. On a rénové entièrement le studio. À partir de mars, on a commencé les travaux. Et on a ouvert en avril.

 

 

ELLE : Quel est ton sentiment à chaque fois que tu passes la porte du centre ? 

© @jeanmarcandre

 

Tchonté : C’est juste super ! Ce qui fait plaisir, c’est de voir des enfants réguliers dont je connais le nom. C’est ce qui est le plus beau. Les voir apprendre et s’y intéresser réellement, c’est la plus grande satisfaction.

 

 

 

ELLE : Comment entrevois-tu le centre Eulis dans 2 années ?

 

Tchonté  : Je le vois tel qu’il est aujourd'hui avec plus d’activités. Des sorties chaque mois. Parce que le but, c’est de leur faire découvrir le monde. Et pourquoi pas ouvrir d’autres centres dans plusieurs communes ou tisser des partenariats avec des personnes qui souhaitent en ouvrir également.

 

 

Fin !