Teeyah, la voix ivoirienne du Zouk

Entretien avec Teeyah

Teeyah, la voix ivoirienne du Zouk

© Oria productions

jessica brou
Écrit par Jessica
Publié le 10 août 2017 à 06h00

Entretien avec Teeyah

Révélée aux débuts des années 2000 avec le succès "Kaysha on dit quoi", Teeyah est aujourd'hui au micro de la radio Fréquence 2. L'animatrice-chanteuse s'offre un nouveau challenge avec la série ivoiro-bollywoodienne "Bénédicte". Entretien avec Teeyah, la plus caribéenne des chanteuses africaines.

Bonjour Teeyah, que deviens-tu ?

Je fais pleins de choses, toujours dans la musique peut-être moins qu'avant parce que je fais d'autres choses. Je fais des singles 1 à 2 fois par an environ. Depuis que je suis rentrée à Abidjan, je reprends ma casquette d'animatrice car je suis journaliste de formation. Je suis à la radio Fréquence 2 cette saison et actuellement sur le tournage de la comédie musicale Bénédicte qui devrait être sur les écrans d'ici la fin de l'année.

Tu étais récemment en tournage en Inde pour la Comédie musicale Bénédicte dont tu tiens le rôle principal. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

C'est la première comédie musicale indo-ivoirienne produite par Oria Pictures, une boîte de production ivoirienne qui a voulu faire un partenariat entre la Côte d'Ivoire et l'Inde. C'est une série sous forme de comédie musicale, il y aura plusieurs chansons. Il y a une très belle histoire.

« J'ai toujours joué à fond dans mes clips et c'est comme ça que j'ai été repérée par le producteur. Quad il a pensé au rôle de Bénédicte dans la série, il a pensé à moi.»

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Qu'est-ce qui t'a séduit dans ce projet qui mixe entre comédie musicale bollywoodienne et musique afro caribéenne ?

Ce qui est intéressant dans ce projet, c'est qu'il y a de la comédie avec un vrai jeu d'acteur. C'était une de mes ambitions. C'était quelque chose que j'avais envie de faire après la musique. Ça rejoint mon parcours car c'est musical. C'est une continuité de tout ce que j'ai eu à faire avant. J'ai toujours joué à fond dans mes clips et c'est comme ça que j'ai été repérée par le producteur. Quad il a pensé au rôle de Bénédicte dans la série, il a pensé à moi. C'est un pont avec ma carrière de chanteuse et bientôt d'actrice !

On a envie de revenir à tes débuts... Comment es-tu devenue la voix féminine de "Kaysha, on dit quoi", le morceau qui t'a révélée au grand public au début des années 2000 ?

J'avais rencontré Kaysha quand j'avais 15 ans car à l'époque je faisais les choeurs d'Anofela [ndlr : rappeur d'une maison de disque française]. Son ancien directeur artistique était le même que celui de Kaysha. J'étais fan de Kaysha mais ça il ne faut pas le dire (rires). La rencontre avec Kaysha s'est faite autour d'une compilation. Je faisais mes études en France mais je n'étais pas basée à Paris. Un jour j'étais à Paris pour un week-end et j'étais partie m'amuser en boîte, j'étais étudiante à l'époque (rires). Á 5 h du matin, Kaysha m'appelle pour passer au studio et me faire écouter un morceau ! Il me fait alors écouter l'instru de ce qui allait devenir "Kaysha On dit quoi" à 5h du matin avec des connaissances et puis on a rigolé. La phrase "Kaysha on dit quoi, on va gâter le coin" est sortie toute seule dans la rigolade. Á 6h du matin, je me suis retrouvée derrière le micro en tenue de soirée (rires).

Comment as-tu vécu cette célébrité qui était toute nouvelle pour toi à ce moment là ?

Je n'ai pas vécu cette célébrité parce que je faisais mes études à l'époque. J'étais en première année d'école de journalisme. Le contrat avec ma maman était de terminer mes études puis me consacrer à la musique. J'ai fait quelques scènes proches de chez moi. Je n'avais pas le droit de voyager et faire la promo de cette chanson car je devais me consacrer à mes études. Je n'ai pas vécu le succès de cette chanson. la seule fois où j'ai eu à le vivre, c'était lors d'un concert en 2003 à Abidjan avec Kaysha. C'est là que j'ai réalisé l'engouement.

Quels ont été les plus grands obstacles auxquels tu as été confrontée au cours de ta carrière ?

Il y en a eu énormément ! Á titre personnel, c'était de sortir de 10 ans de conservatoire de musique en faisant du coupé décalé. Des chansons, qui pour moi à l'époque, ne reflétaient pas tout mon parcours musical. J'ai eu du mal à assumer la nouvelle orientation musicale que je prenais. Être ivoirienne, arriver avec des morceaux Zouk et se faire accepter par la communauté antillaise qui n'était pas forcément ouverte à cette époque, ça n'a pas été évident. Beaucoup d'artistes de la scène Zouk ont jalousé mon succès. Ça a été très difficile, il y a eu beaucoup de méchancetés vis à vis de moi. J'étais aussi une des premières femmes dans le milieu du Coupé Décalé. J'ai tout entendu à mon sujet. Á l'époque j'avais 20 ans, je n'étais pas préparée au monde du show-biz, aux bons comme aux mauvais côtés.

Qu'est-ce qui ta permis de surmonter tout ça ?

Ma famille qui est très présente dans ma vie. Elle est mon point d'ancrage. J'ai eu une équipe de production et de management qui est là depuis mes débuts. J'ai le même manager depuis le début ce qui est rare. Il m'a toujours aidé et soutenu. Quand mon album est sorti au mois de juin 2004. J'ai voulu stoppé ma carrière 3 mois après sa sortie. Je voulais arrêter car je trouvais les gens trop méchants. J'ai l'habitude d'avoir des gens bienveillants auprès de moi. Mon manager m'a alors dit si les gens sont méchants avec toi, c'est parce que tu les déranges. Il m'a appris à m'endurcir.

Quel est à ce jour le plus beau souvenir que tu tires de ton parcours ?

Mon plus beau souvenir est le grand concert que j'ai donné au Palais de la Culture. Musicalement, j'étais tellement sous pression que c'était catastrophique. J'étais épuisée. Musicalement, ce n'était pas terrible mais c'est la seule fois où ma défunte grand-mère était présente à un de mes concerts. Je l'avais faite monter sur scène. Une bonne partie de ma famille maternelle avait fait le déplacement de notre village. C'était un très beau moment.

Quelles sont les rencontres qui ont changé ta carrière ?

Kaysha qui m'a mis le pied à l'étrier. Il y a eu des rencontres importantes comme Patrice Anoh mon premier producteur, de belles collaborations avec Petit Miguelito pour "Mon bébé" et Wizboyy pour le titre "Lovinjitis" qui est un de plus gros succès en terme de ventes et de vues de la musique afro caribéenne. On a dépassé les 30 millions vues. C'est énorme quand on sait que nous n'avons pas de grosses maisons de disques derrière nous.

Quel est le titre dont tu es la plus fière ?

Il y en a plusieurs ! "Faut couper, faut décaler" ! Je suis très fière d'avoir chanté cette chanson. "Micka" car c'est une chanson spontanée, que j'ai faite pour ma maman. C'est une reprise d'une chanson que ma mère aime beaucoup : Belle Amicha de l'artiste congolais Theo Blaise Kounkou. Et aussi "Lovinjitis" avec Wizboyy !

« Les gens se reconnaissent dans les histoires d'amour qu'ils le veuillent ou non. »

Pourquoi cette forte présence du Zouk dans tes influences musicales ?

Parce que comme beaucoup de monde ici, j'ai toujours aimé le Zouk. J'en écoute depuis longtemps. Par la force des choses, mes rencontres aussi. Patrice Anoh et Kaysha m'ont amené au Zouk. C'est une musique que j'ai appris à aimer. On y parle beaucoup d'amour, que d'amour mais c'est l'amour sous toutes se formes. Celui qui fait du bien, celui qui fait mal, c'est le plus beau message qu'on puisse faire passer car le monde n'est pas évident. Les gens s'y reconnaissent et c'est la plus belle récompense. Les gens se reconnaissent dans les histoires d'amour qu'ils le veuillent ou non.

Á quels artistes t'identifies-tu le plus ?

J'aime bien Whitney Houston, Monique Seka, Alicia Keys, Meiway, Alpha Blondy, Yemi Alade, Mister Leo et en rétro Daouda le sentimental !

« Aujourd'hui, la musique africaine est pensée différemment par les africains »

Selon toi, qu'est-ce qui participe à l'internationalisation des artistes africains ?

La musique africaine a toujours fait danser. Dans les tubes de l'été en France, il y a toujours eu des sonorités africaines. Les gens ont toujours aimé la musique africaine même si elle était reléguée aux musiques de l'été. Aujourd'hui, la musique africaine est pensée différemment par les africains et je tire mon chapeau à des groupes comme Magic System et des artistes comme MHD. On garde notre identité africaine tout en ayant une ouverture à l'international. Notre ouverture et notre nouvelle façon de penser la musique fait que notre musique est consommée toute l'année.

Comment arrives-tu à jongler entre ta vie familiale, tes tournages, la radio ?

Un seul mot : organisation !

Quelles surprises nous réserves-tu pour la suite ?

La plus grosse surprise est la série musicale Bénédicte parce qu'on va découvrir une autre facette de ma palette. Une autre corde à mon arc, celle de comédienne. Pleins d'autres choses arrivent dans la musique. je ne sors pas des singles pour en sortir. J'aime attendre le bon moment et être prête pour faire la promo. Il y a des registres dans lesquels on ne m'attend pas forcément...