Scientifique Africaine d'exception : Interview, Fatouma BA

Yes, she can !

Scientifique Africaine d'exception : Interview, Fatouma BA
Écrit par ELLE.CI
Publié le 03 janvier 2020 à 17h45

Yes, she can !

« Parmi les chercheurs mondiaux, on compte seulement 2,4 % de scientifiques africains, dont à peine 30 % sont des femmes. Aujourd’hui, il n’y a pas assez de femmes scientifiques en Afrique » déclare Alexandra Palt, Directrice Générale de la Fondation L’Oréal. C'est lors d'une prestigieuse Cérémonie organisée à Dakar en novembre dernier à l'occasion de la 10ème édition du programme Pour les Femmes et la Science de la Fondation L’Oréal, mené aux côtés de l’UNESCO, qu'ont été mises à l’honneur 20 jeunes chercheuses récompensées par le Prix Jeunes Talents Afrique subsaharienne 2019. Nous avons pu échanger avec Fatoumata BA afin d'en savoir plus sur cette femme exceptionnelle et ce milieu encore trop peu exploité par les femmes.

Fatouma BA est psychiatre de formation, titulaire d’un DU en Epileptologie et d’un Master en Sciences Biologiques et Médicales option Physiologie. Elle est également enseignante chercheure à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal et inscrite à l’école Doctorale Sciences et Technologies de la dite université. Elle mène actuellement des recherches sur les facteurs physiopathologiques déterminants dans le syndrome d'apnées hypopnées obstructives du sommeil - cas de la rigidité artérielle et de la dysfonction endothéliale. Elle est également mariée et mère de deux filles, ce qui n'a pas facilité son parcours.

Avez-vous toujours voulu étudier les sciences ? Quels sont les éléments qui vous ont mené à cette voie ?

Oui, j’ai toujours voulu étudier les sciences. Mon défunt frère aîné, professeur de sciences physiques et chimie, m’a encadrée et a beaucoup influencé mes choix. Je me rappelle que j’avais décidé d’embrasser une carrière scientifique dès la seconde, après l’obtention du brevet de fin d’études moyennes, sur ses conseils. Il m’avait aussi suggéré de faire des études médicales.

Pourquoi avoir choisi d’étudier les troubles du sommeil ?

J’ai choisi d’étudier les troubles du sommeil parce que c’est un domaine encore vierge dans le sens où les études sur le sommeil sont rares au Sénégal. Or, la pathologie du sommeil est fréquente puisque je reçois beaucoup de plaintes de troubles du sommeil en consultation et que les conséquences peuvent être graves.

En tant que femme avez-vous été confrontées à des obstacles vous freinant dans votre carrière dans les sciences ?

En tant que femme, un problème de choix se pose parfois, entre la vie familiale et la vie professionnelle. J’ai été obligée de renoncer à un poste d’assistant associé en France, très utile dans ma carrière, pour raison de maternité. Ce n’est pas aussi facile que pour les hommes, il faut être constamment soutenu pour avoir le courage de pousser à bout. Mais, ce n’est pas non plus impossible.

Que pensez-vous aujourd'hui des chances données aux femmes dans le domaine des sciences ?

C’est bien de donner des chances aux femmes dans le domaine des Sciences parce qu’elles ont une place à occuper, un rôle à jouer. Les femmes sont très entreprenantes, travailleuses et peuvent révolutionner les choses. Mais il faut un accompagnement qui sera source de motivation pour elles. Il faut susciter en elles la confiance et l’espoir de pouvoir arriver au même niveau que les hommes, sinon plus.

Quel rôle a joué le programme L’Oréal UNESCO Pour les Femmes et la Science Afrique Subsaharienne pour vous ? Comment comptez-vous capitaliser sur celui-ci aujourd’hui ?

Ce programme a renforcé l’estime et la confiance que j’avais en moi-même. Il me pousse à aller de l’avant et constitue une réelle source de motivation. C’est important que le travail soit reconnu. Je me battrai pour continuer sur cette lancée, pour développer un leadership féminin.

Comment, selon vous, pourrait-on améliorer l’accès aux filières scientifique pour les jeunes femmes ?

Pour les jeunes femmes, il faudrait leur parler de science très tôt (comme ce fut mon cas). Les laboratoires des lycées et collèges devraient être équipés afin de permettre très tôt aux jeunes filles de se familiariser avec les expérimentations. Il faudrait aussi développer des programmes de soutien, de valorisation des travaux effectués par ces jeunes filles (programmes d’excellences des filles en sciences ou octroyer des bourses aux filles dans le domaine des sciences). Il faut aussi mettre en place un système de mentoring ou de coaching.

Où vous voyez vous dans 10 ans ?

Dans 10 ans, s’il plaît à Dieu, je me vois toujours au Sénégal, à Saint-Louis, avec un laboratoire de Physiologie bien équipé, une unité de sommeil de référence pour l’Afrique de l’Ouest. Je pense que j’aurai l’honneur de diriger ce laboratoire. Je serai entourée d’une équipe de jeunes chercheurs et chercheures très motivée, avec des compétences diverses mais complémentaires, très désireuse de faire avancer la science, ouverte vers l’extérieur et très patriote.

Si vous deviez donner trois conseils aux jeunes femmes souhaitant évoluer dans les sciences, quels seraient-ils ?

Je conseillerai d’être persévérante, sérieuse, rigoureuse et d’avoir confiance en elles.