Santé, la grande voix au grand cœur

Grande voix ! Grand cœur !

Santé, la grande voix au grand cœur

© Stéphane Koné Photografrik

Lafalaise Dion
Écrit par Lafalaise Dion
Publié le 23 novembre 2017 à 18h12

Grande voix ! Grand cœur !

Auteure-compositrice, interprète, animatrice radio, humaniste, Santé N’Go Hiol fait partie de ces belles âmes dont la rencontre vous marque. Native du Cameroun, elle est vite adoptée par la Côte d’Ivoire qui devient son pays d'accueil. C’est ici qu’elle a fait ses armes et s’est forgée une renommée.

En plus de la musique, elle se consacre à des actions caritatives. Depuis 2009, elle est à la tête d’une ONG qui oeuvre pour les non-voyants. Ensemble, ils ont monté le premier centre artistique d’Afrique de l’Ouest dédié aux non-voyant(e)s.

  

Aujourd'hui, après plusieurs années de musique et de don de soi,  la chanteuse Gospel, soul revient sur ses débuts, ses influences, et  aborde ses nouveaux projets. Interview !  

Vous dites que votre passion pour la musique vous vient de votre père. Comment a t-il influencé vos références musicales et votre carrière ?

Mon père avait l’habitude de jouer des disques quand j’étais enfant. Il aimait écouter tous les types de musique. On est originaire du Cameroun donc on écoutait très souvent  Francis Bébé, Manu Dibango, Simon and Garfunkel, Dalida…. Toutes ces chansons m'ont fait grandir.  J’écoutais beaucoup ces disques là. Je chantais à chaque fois que j’avais mal. Je chantais sans toutefois envisager de faire carrière dans la musique.

«  J’ai commencé  à chanter tout simplement parce que je cherchais du travail. »

Alors à quel moment vous vous êtes rendue compte que la musique était votre voie ?

J’ai commencé  à chanter tout simplement parce que je cherchais du travail. Et c’est le premier emploie rémunéré que j’avais. Je ne voulais pas faire de la musique un métier quand je voyais la vie de ces chanteurs.  L’image que les médias nous renvoyait des artistes n’était pas si reluisante.  Entre drogues et alcool… Même aujourd’hui, on a toujours ce problème.

Pourquoi la Soul et le Gospel ? Qu'est-ce qui vous inspire dans ces genres musicaux ?

Grâce à mon timbre de voix. On s’est très vite rendu compte qu’il correspondait à ce type de chansons. Et ceux qui m’ont amené à chanter, c’est ce répertoire qu’ils m’ont proposé.  Il y a un grand chanteur compositeur camerounais qui s’appelle Kiki M’Bassi, c’est lui le premier qui m’a mis le pied à l'étrier. Grâce à lui, j’ai eu ma première scène et j’ai pu participer à mon premier concours. Il me faisait répéter dans sa boutique de pièces détachées qui était à côté du marché aux oignons. (rires). C’est là qu'on répétait les chansons acapella jusqu'au jour où il m’a fait savoir que j’étais prête.  Il m’a fait monter sur scène dans un hôtel de Douala. Et cette chanson c'était Imagine de John Lennon, c'était d’ailleurs la seule chanson que je savais chanter par cœur à ce moment là.  Quand les gens m’ont entendu enchanter, ils m’ont fait savoir qu’ils étaient vraiment impressionnés. Ils m’ont conseillé de faire du Blues et du Jazz.  

« J'écoute la musique qui me rend meilleure. »

Quels sont les artistes qui vous font le plus vibrer ?

Aretha Franklin, Jonathan Butler  Brenda Fassie, Lokua Kanza,  Michel Sardou, Johnny Hallyday, Francis bébé.  Adèle, Nayanka Bell, John Yalley, Antoinette Konan,  Bailly Spinto.  Il y en a tellement que j'apprécie !  J’aime les artistes qui savent raconter des histoires. Je peux écouter la même musique plus de six mois en boucle. La musique qui m’inspire le plus, c’est le Gospel je l'écoute pour tout ce qu'il m’apporte, dans l'atmosphère dans lequel il me transporte . J'écoute la musique qui me rend meilleure.

 « [...] Pendant qu’il chantait une chanson que je ne connaissais pas du tout,  il m'a appelé sur scène pour chanter avec lui.  Je suis montée sur scène et j’ai chanté.»

Quel a été votre plus beau souvenir sur scène ?

Je dirais Jonathan Butler. C’est  un chanteur que j'admire énormément !  Et j’ai eu l’opportunité de le rencontrer grâce à un ami qui n’est plus des nôtres aujourd'hui, Christophe Bilé. C’est lui qui l’a fait venir ici.  Il m’a dit cette  année là qu’il allait le faire venir. Moi  j'étais tellement  heureuse. Jonathan Butler,  je l'ai vu à l'aéroport. C’était un monsieur pas très grand de taille. J’étais même plus grande que lui (rires). Celui qui nous a présenté lui a dit que je chantais également et qu’il fallait absolument qu’on fasse quelque chose ensemble. À l’époque, il y avait un endroit qu’on appelait le 37.2 dans lequel il devait jouer. Alors, il m’a dit qu'il voulait me voir chanter. Le soir, il donnait son premier spectacle, je l'accompagnais en tant que membre du staff. Et là pendant qu’il chantait une chanson que je ne connaissais pas du tout,  il m'a appelé sur scène pour chanter avec lui.  Je suis montée sur scène et j’ai chanté. C’est quelqu’un de fabuleux. C’était un grand moment pour moi.

« C’est moi qui ai joué richard Bona et Dobet Gnahoré pour la première fois à  la radio ici. »

Vous avez commencé la radio en 1998 avec Nostalgie, comment avez-vous commencé dans le domaine de la radio ?

Il y avait un monsieur qui était le directeur financier de la radio, il est devenu le PDG après.  Un féru de Jazz ! Il m’a invité à jouer. Lui sa spécialité , c'était c’était la Soul. Il aimait James Brown. Et moi je faisais un autre registre. Il nous a vu jouer au Zig Zag et il nous a demandé de passer. On est passé dans l’émission et puis un autre jour, il est revenu pour me demander si je pouvais faire l’émission parce qu’il n’avait pas le temps. J’ai commencé à faire l’émission. Tout ce que j’avais comme notion c’était ma passion pour la musique qui est restée intacte. Et je me souviens,  c’est moi qui ai joué richard Bona et Dobet Gnahoré pour la première fois à la radio ici.

« Le plus gros challenge moi c’était d'accepter le fait  d'être une chanteuse. »

En tant qu'auteur-interprète en Côte d'Ivoire, quels sont les challenges auxquels vous avez été confrontée ?

Exister, assumer, vivre...

Le plus gros challenge moi c’était d'accepter le fait  d'être une chanteuse.  Sortir de ce créneau d’auteure-compositrice et faire un album. Vous savez,  je n’ai toujours pas d’album. Il faudrait que j’en fasse un et m’assurer qu’il soit écouté partout.  Pouvoir donner le meilleur aux autres.

« On a monté le premier centre artistique d’Afrique de l’Ouest.»

Vous êtes fondatrice d'une ONG pour la réinsertion des handicapés visuels par les arts et la culture, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

En 2007, j’ai eu à coeur de partir vers les personnes qui vivaient dans la difficulté pour leur apporter une aide. Je me suis tournée vers les personnes non-voyantes. Je suis partie à l’institut des aveugles en 2008 sans un fond. Lorsque le responsable de l’établissement m’a vu, il m’a demandé d’où je sortais.  Il voulait savoir si j’avais une institution ou une ONG. Mais il n’en était rien.  J’ai commencé les activités. On était quatre au départ et il y a une personne qui est décédée. Le programme s'appelait Santé and Friends (Santé et ses amis(es)).  On a organisé des concerts  et des comédies musicales avec les élèves jusqu'en 2009. Et après, il fallait se constituer en ONG. C’est delà que l’idée de l’ONG est partie. Et ma maison faisait office de siège.  Pendant la crise on a fait un dernier spectacle intitulé : “L’homme  qui avait les yeux dans les étoiles”. Les non-voyants et voyantes sur la scène. On l’a présenté en Juillet 2011 au cinéma La Fontaine de  Sococe  qui est aujourd'hui Majestic.  

On s’occupe depuis 2011 des femmes non-voyantes. Nous prévoyons de prendre des enfants. Ceux qui étaient avec nous travaillent aujourd'hui. On a monté le premier centre artistique  d’Afrique de l’ouest sans grands moyens financiers. Mais surtout avec beaucoup d’amour et détermination.

Que nous réservez-vous dans les prochains mois ?

Un programme pour les enfants non-voyants,  des remises de cadeaux. Des vivres et non-vivres aux enfants et parents.  Une activité à pâques. Réorganiser le centre pour accueillir les enfants pour suivre le cursus artistique primaire. Et faire enfin mon album.

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