Rencontre avec Isabelle Andoh, créatrice d'Ysand

Le gène de la mode

Rencontre avec Isabelle Andoh, créatrice d'Ysand

© ELLE Côte d'Ivoire

jessica brou
Écrit par Jessica
Publié le 02 août 2017 à 17h11

Le gène de la mode

Isabelle Andoh a le gène de la mode mais c'est pendant ses études de comptabilité qu'elle a eu le déclic et décide d'en faire son futur métier. Aujourd'hui, elle est la créatrice d'Ysand, une marque de prêt-à-porter aux inspirations occidentales et africaines. Rencontre avec Isabelle Andoh. 

Quel a été votre parcours avant d’entrer dans l’univers de la mode ?

J'ai fait une terminale spécialisée en comptabilité puis un BTS gestion comptabilité et gestion pour faire comme mon papa. C'est à la fin de mon BTS que je me suis rendue compte que c'était la mode que je voulais faire. Je ne savais pas qu'on pouvait faire des études dans ce domaine et dès que je l'ai su, j'y suis allée à fond.

D'où vous vient votre passion pour la mode ?

J'ai baigné dedans depuis toute petite. Ma mère est styliste. Á l'époque où elle le faisait, je ne sentais pas le déclic. Elle a vendu beaucoup de prêt-à-porter et je l'accompagnais dans ses choix. C'est quelque chose qui est ancré en moi. Mon grand père, que je n'ai pas connu, était couturier. En terminale, je modifiais mes tenues, je customisais, je n'étais pas du genre à suivre la tendance. Le prêt-à-porter occidental m'a beaucoup inspiré.

Comment est née Ysand ?

Á la fin de mes études, je ne savais pas dans quoi je voulais travailler. Je n'étais pas attirée par la haute couture. Esmod proposait une formation en prêt-à-porter. J'étais impressionnée par la facilité que rendait le prêt-à-porter, la taille qui tombe pile. Je voulais savoir comment ça se faisait. Mais je voulais aussi quelque chose de très personnel. Prendre ce qui se faisait là bas et le faire ici en Côte d'Ivoire chez moi. Tout le monde trouvait ça fou que je souhaite faire du prêt-à-porter.

Pourquoi le choix de créer une marque à Abidjan en 2007 ?

Je crois beaucoup en l'Afrique. Je ne conçois pas qu'on ait un talent et qu'on aille l'exploiter ailleurs. C'est important de valoriser notre potentiel et montrer que nous aussi on peut faire des choses. Ça prend plus de temps ici mais je savais que le point de départ n'allait pas être facile. Je trouve aussi que la France manque de chaleur et ce côté est très important pour moi (rires). Participer à l'essor de mon pays me tient à coeur.

« Ma marque paraissait trop simple, sans strass et sans froufrous, mais c'est moins simple que ça en a l'air. »

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Quels challenges avez-vous rencontré lors de la création et du lancement de votre marque ysand ?

Premièrement, c'était de trouver mon style. Il fallait trouver le juste milieu entre ce que j'ai appris là-bas et les réalités ici. Je ne partais pas sur du wax. Je n'arrivais pas vraiment à mixer. L'autre challenge était de faire que les gens adoptent la marque. Faire accepter ma marque par la clientèle. La plupart des ivoiriens suivent le mouvement. Notre clientèle aime peu la singularité mais de plus en plus, certaines personnes aiment se distinguer du bling bling. Ma marque paraissait trop simple, sans strass et sans froufrous, mais c'est moins simple que ça en a l'air.

Il y a aussi la formation des piqueurs. La plupart ont appris sur le tas. Il fallait que je m'adapte à leur façon de travailler, les former, apprendre la rigueur. Et ça c'est quelque chose qui est récurrent.

Comment définiriez-vous Ysand en 3 mots ?

Technique, harmonie des couleurs et contemporaine. Bon j'ai dépassé 3 mots (rires) !

Qui est la femme Ysand ?

Lupita Nyong'o mais à mes débuts, j'aurais dit Halle Berry. Parce qu'elle [Lupita Nyong'o] est africaine et ça se voit. Elle est sans artifices, elle est naturelle et chic. Quand elle porte une pièce, tu la remarques.

Où puisez-vous votre inspiration ?

Ça me vient de partout et de tout. Ça dépend de ma sensibilité du moment. Ça peut être un film, une image, un évènement, une personnalité.

Parlons de vous....Si vous deviez retenir 3 moments forts de votre carrière, ce serait...

Le moment où je me suis rendue compte de ce que je voulais faire, la mort de mon père et l'ouverture de la boutique.

Selon vous, le port du wax dans le monde entier. Effet de mode ou mouvement pérenne ?

Ça a été un effet de mode mais je pense que ça va rester. Cela a contribué à une acceptation de soi mais je trouve dommage que ce soit venu de l'extérieur. Quand Beyoncé en porte, beaucoup de monde a envie de le faire. Je fais partie de ces personnes qui ont travaillé le wax bien avant tout ça. Je n'ai pas attendu pour travailler le pagne. Ça a permis à des filles africaines d'assumer leurs origines. C'est comme le mouvement nappy. C'est une très bonne chose. C'est bien parce que ça permet à des marques comme la mienne, qui font ce mix entre le vêtement européen et les matières locales, d'émerger . Je suis contente qu'une blanche, qu'une noire puisse porter du Ysand.

Dans quelques années, vous voyez-vous continuer à travailler dans la mode ?

Bien sûr, je n'ai envie de rien d'autre. Il y a tellement de choses à faire au-delà du style. Il y a le côté formation qui m'intéresse. Tout ce que je fais est dans l'univers de la mode.

Que nous réservez-vous dans les mois à venir ?

Je développe un projet d'installation d'un bureau d'études pour faire du patronnage avec un volet formation. Et toujours le développement d'Ysand. Je ne travaille pas sous forme de collections mais je renouvelle régulièrement. Je m'adapte à ce qui part car je fais du prêt-à-porter. Je prépare en parallèle une petite collection inspirée du trench coat. Des choses qui font un peu plus habillé et qui montrent ce que je sais faire. J'essaie d'en faire une collection comme celle-ci chaque année.

L'année dernière, j'avais sorti "Identity". Une collection inspirée de la saga Star Wars. J'ai présenté les premières pièces de ma prochaine collection lors des Jeux de la Francophonie.

« Chacun a sa conviction et sait ce qui est bon pour lui. Il faut être passionné, se donner à 100% ou du moins essayer ! »

En tant que designer, quelle serait pour vous la plus grande consécration ?

Qu'Ysand soit connue à l'international !

Quels conseils pouvez-vous donner aux femmes qui souhaitent travailler dans la mode ?

Il faut écouter son coeur et ne pas se laisser influencer par les autres. Chacun a sa conviction et sait ce qui est bon pour lui. Il faut être passionné, se donner à 100% ou du moins essayer !