Les de Rosen, activistes pour l’inclusion dans la mode

Echange

Yvoire, Cerina et Melissa de Rosen à Ethno Tendance Fashion Week Brussels 2018

© Capliez Christophe

Écrit par ELLE.CI
Publié le 04 décembre 2018 à 10h55

Echange

Co-organisatrices de l’Ethno Tendance Fashion Week Brussels, Cerina, Melissa et Yvoire de Rosen, une famille d'entrepreneuses à succès, la mère et les deux filles orchestrent de mains de maître depuis plus de 7 ans cet évènement devenu incontournable en Europe. A l’occasion de leur venue à Abidjan pour le Top 10 de la Mode Ivoirienne, nous avons parlé de leurs convictions, de leur vision de la mode, mais pas que.

Bonjour Cerina de Rosen, vous êtes avec vos deux filles les créatrices de l'Ethno Tendance Fashion Week Brussels qui existe depuis 7 ans. Quelle est la genèse de ce rendez-vous de la mode ?

Au départ, je suis partie d'un constat assez simple : l'absence quasi totale de visibilité des créateurs afro-descendants - du continent africain, de la diaspora et des caraïbes - dans les fashions weeks. Pour palier ce manque, j'ai décidé de mettre en place une plateforme de référence. C'est comme ça que l’Ethno Tendance Fashion Week Brussels est née en 2011. Une fashion week avec une dimension muticulturelle, internationale et inclusive et quand on parle d’inclusivité, c’est réellement sous toutes ses formes. Nous faisons défiler des mannequins de toute morphologie, de toute origine, transgenres, plus size, en chaise en roulante, atteints de vitiligo, atteints d'albinisme, des mannequins demandeurs d'asile… C’est la mode qui doit s’adapter aux individus et non l'inverse. Chaque personne a sa place aussi bien dans la société que sur les catwalks indépendamment de leur morphologie, leur appartenance religieuse, leur orientation sexuelle, leur taille... C'est important que chaque personne soit visibilisée et reconnue comme belle.

En plus d’être une Fashion Week, cet évènement est un espace d’idées, de dialogue et de tendances liées aux problématiques de personnes afro-descendantes de manière plus large. A travers une série de talks, meet and greet, masterclass, coachings, live demo, workshops et débats, nous abordons des questions très larges liées à l'empowerment, le women succes, l'entreprenariat, l'industrie de la mode et culturelle, aux identités comme la problématique de la dépigmentation volontaire, aux représentations des personnes noires... On essaie de faire bouger les lignes, de susciter des réflexions sur des enjeux majeurs de société, par exemple la crise des personnes migrantes.

« C’est la mode qui doit s’adapter aux individus et non l'inverse. Chaque personne a sa place aussi bien dans la société que sur les catwalks indépendamment de leur morphologie, leur appartenance religieuse, leur orientation sexuelle, leur taille. »

Melissa de Rosen, quel a été l’impact de l'Ethno Tendance Fashion Week Brussels depuis sa création ?

L’influence est palpable même si ça prend du temps. On visibilise les invisibilisés. On draine beaucoup de monde et les personnes peuvent s'identifier, se projeter. On déconstruit certaines représentations négatives, on permet de renvoyer beaucoup de positivité et d’aider les gens à se sentir mieux représentés et valorisés. L’Ethno Tendance Fashion Week Brussels est véritablement impactant en termes de changements des règles du jeu.

Il y a de plus en plus de diversité parmi les mannequins de fashions weeks comme celle de New-York et de shows comme le défilé Savage Fenty. Selon vous, Yvoire de Rosen, avancée ou opportunisme ?

Un peu des deux. Dans un sens, l'opportunisme car il y a la commercialisation de la diversité mais cet opportunisme peut avoir un impact positif car la New York Fashion Week rassemble un large public, des influenceurs, des médias. Même si c’est pour “surfer sur la vague”, il y a du renouveau. On peut relativiser cet « opportunisme » par rapport à la New York Fashion Week, à partir du moment où ça s'ancre dans un changement plus durable, ça voudra dire qu'il y a un impact réel. A mon avis, c'est positif car d'autres images sont diffusées de ce qu'on a l'habitude de voir.

Comment vous répartissez-vous les rôles dans l'organisation de l'Ethno Tendance Fashion Week Brussels, Melissa de Rosen ?

Notre mère est la directrice artistique du projet et responsable de tout le travail de production, ma soeur et moi nous occupons de la programmation. Yvoire s'occupe de la communication et des relations publiques, du choix des thématiques pour les talks - conférences. Moi, je me charge du contact avec les designers, intervenants du pôle créatif et des exposants. Nous avons donc des domaines différenciés mais restons en interrelation. Nous avons aussi des superbes équipes qui participent depuis 2011 au succès d’Ethno Tendance Fashion Week Brussels.

Et vous, Yvoire de Rosen, comment définiriez-vous la relation qui vous unit avec votre mère ?

On a une très belle complicité. Indépendamment de notre lien familial, nous sommes très proches. C'est une force incroyable qui nous permet de perdurer. Nous sommes une famille monoparentale, on a grandi uniquement avec notre mère, ce qui fait de nous des personnes soudées et liées. L'avantage de travailler en famille, c'est qu'on connaît nos forces et nos faiblesses, dès lors ça nous permet de compenser et de trouver un juste équilibre. Il y a cette complémentarité qui crée une synergie puissante entre nous.

N’est-ce pas difficile de travailler en famille Cerina de Rosen ?

On a dû poser les limites et apprendre à jongler entre liens familiaux et liens professionnels. Avec le lien affectif, il faut savoir compartimenter, ça a été un apprentissage. On a appris à jongler avec des différentes postures, avoir chacune nos marques pour pouvoir travailler harmonieusement.

Quel a été votre parcours avant de toucher à l’univers de la mode ?

Cerina de Rosen : indépendamment de l'Ethno Tendance Fashion Week Brussels, on gère chacune nos carrières à part entière. Moi, je suis entrepreneuse culturelle, architecte d'intérieur, consultante en production événementielle, directrice artistique, créatrice de mode, coach en image et mentor pour les entrepreneuses en devenir. Je suis aussi activiste panafricaine, anti-raciste et body positivity.

Melissa de Rosen : j'ai une formation académique en chant jazz, j'ai une formation en théo-philo et je suis enseignante et donne cours d'éducation à la citoyenneté à l'école belge de Kinshasa, je dispense des cours de langues aussi. Je suis entrepreneuse, j'ai créé ma marque dédiée aux beautés naturelles, Aurore Cosmetics, en plus du coaching capillaire que je délivre. Enfin, je défends sans relâche, la confiance en soi et l'acception de soi, que ce soit dans le rapport aux corps et aux cheveux !

Yvoire de Rosen : je suis anthropo-sociologue, multi-communicante. Je suis aussi journaliste -modératrice-présentatrice internationale. J'évolue en tant que conférencière, formatrice et professeure en master. Je suis également journaliste, modératrice-présentatrice internationale. Je suis coach en prise de parole en public et stratégies d'empowerment féminin, enfin activiste afroféministe et anti-raciste.

Vous étiez les invitées d'honneur du Top 10 de la mode ivoirienne 2018, comment avez-vous entendu parler de l'évènement Cerina de Rosen ?

Nous sommes assez sollicitées dès qu’il s’agit de mode et d’évènements. On essaie d'établir des partenariats forts et durables pour améliorer la visibilité des designers, mannequins et orateurs africains afro-descendants. On a déja eu une pré-collaboration car des designers ivoiriens qui ont collaboré avec l'Ethno Tendance Fashion Week Brussels par l'intermédiaire de Kifack Beyrouth.

Y'aura t-il une touche Ethno Tendance Fashion Week Brussels lors du Top 10, Yvoire de Rosen ?

Ma mère était invitée d'honneur ! Et moi, j’ai eu le plaisir de présenter la soirée de gala du 22 des têtes couronnées. Il y avait une conférence de presse, des business meetings organisés par Kifack. Nous, en tant qu’actrices du secteur de la mode, et les designers échangeront pour voir comment on peut renforcer les liens, découvrir leur travail et aussi partager leurs expertises.

Melissa de Rosen, qui sont les créateurs et acteurs de la mode ivoirienne que vous suivez de près ?

Ciss St Moïse et Nackissa qui ont défilé lors de l'Ethno Tendance Fashion Week Brussels 2018, leurs dernières collections ont conquis Bruxelles ! Elie Kuame a défilé lors de notre édition 2012, ce fut une belle révélation. Il y a d’autres créateurs comme Gilles Toure, Yhebe Design, Loza Maléombho que que nous apprécions.

« Avec l’émergence de fashions weeks et de salons de mode sur le continent africain, il y a une conscience que cette mode est porteuse pour l’économie et aussi pour nos héritages, cultures et identités. C’est stimulant de constater que de plus en plus de designers, mannequins, influenceurs sont visibles et reconnues sur la scène internationale, grace à tous ces acteurs du secteur »

Cerina de Rosen, quelle est votre lecture personnelle de l’évolution de la mode Africaine à travers le monde ?

Les modes d'inspiration africaine ont énormément inspiré la mode internationale. Ces dernières années, il y a eu toute une dynamique d'appropriation culturelle. Il y a parallèlement une forte invisibilisation des designers. On a vu cette première vague de créateurs de mode qui se sont appropriés des modes et savoir-faire. Progressivement, un champ de la mode dite afro s’est construit et a de plus en plus d'impact en Europe, aux USA, dans les Caraïbes et dans les diasporas.
Avec l’émergence de fashions weeks et de salons de mode sur le continent africain, il y a une conscience que cette mode est porteuse pour l’économie et aussi pour nos héritages, cultures et identités. C’est stimulant de constater que de plus en plus de designers, mannequins, influenceurs sont visibles et reconnues sur la scène internationale, grace à tous ces acteurs du secteur.

Quels sont vos projets pour l’année 2019 et que peut-on vous souhaiter à toutes les trois ?

Cerina de Rosen : nous allons poursuivre notre travail de synergies avec l’Ethno Tendance Fashion Week Brussels et le continent africain. Continuer à ce qu'il y ait plus de visibilité pour les créateurs africains et afrodescendants, ce sont eux qui sont l'avenir, ils porteurs de créativité, d'innovation, d'inspiration incomparables et d'opportunités d'affaires. Notre secteur est résolument plein de potentialités et porteur de renouveau ! On peut nous souhaiter à toutes les trois, de poursuivre nos passions et missions : propulser les autres, changer les mentalités, inspirer les nouvelles générations à travers nos parcours, nos actions et engagements, diffuser nos visions et surtout encourager chaque personne à s’accrocher à ses rêves et projets sans relâche, car c’est ainsi s’opère le changement personnel, sociétal et que se déploient l’épanouissement et la réussite !