L’interview littéraire d'Essie Kelly

Essie Kelly nous parle des livres qui l’ont marquée

L’interview littéraire d'Essie Kelly
BLÉ POCKPA
Écrit par BLÉ POCKPA
Publié le 05 juillet 2017 à 09h26

Essie Kelly nous parle des livres qui l’ont marquée

Who’s the hell Essie Kelly ? La romancière ivoirienne a fait paraître en août 2016, aux éditions Édilivre, un recueil de nouvelles : « Latitudes féminines » dans lequel elle partage ses questionnements, ses convictions et ses espoirs sur la condition de la femme africaine. Elle s’est prêtée à notre jeu de questions-réponses dans une interview 100% littérature. Entretien avec une plume engagée.

Pensais-tu devenir un jour écrivain?

L’écriture est pour moi une façon de vivre, mais aussi une thérapie. C’est un besoin que je ressens quand j’ai du spleen ou et que submergée par mes émotions, j’ai besoin de faire le calme à l’intérieur de moi. L’envie de partager mes écrits, de communiquer mes réalisations littéraires m’a prise très tôt mais étant quelqu’un de timide, j’avais beaucoup de retenue.

J’ai toujours voulu être écrivain, et je suis une personne qui croit que lorsque l’on désire fortement quelque chose on finit par l’obtenir. Je savais que je serai éditée car je travaille dur pour créer des œuvres de qualité aussi, il était évident pour moi qu’au bout de tous ces efforts je rencontrerai un éditeur qui accepterait de partager mon travail. Je savais donc que je serai écrivain, mais pas quand j’aurai le plaisir de partager le fruit de mon travail avec des lecteurs.

« Un bon livre, c’est un livre qui vous happe et qui vous transporte. C’est un livre qui  allume une étincelle et vous fait oublier tout ce qui vous entoure tant l’histoire est prenante. »

Pour toi, c’est quoi un bon livre?

Un bon livre, c’est un livre qui vous happe et qui vous transporte. C’est un livre qui  allume une étincelle et vous fait oublier tout ce qui vous entoure tant l’histoire est prenante. Qui vous fait voyager, qui vous fait passer en quelques mots par des états successifs et qui lorsque vous l’avez achevé, vous laisse l’impression d’avoir vécu une autre vie que la vôtre . Quand on le referme, on n’a pas bougé physiquement, mais à l’intérieur de soi, il s’opère tout un bouleversement.

Que penses-tu du roman de gare ?

 Je n’ai pas de préjugés sur la littérature de gare. Elle peut être agréable pour certains et surtout elle a le mérite de distraire bien qu’elle soit superficielle. Comme je l’ai dit plus haut, j’aime les livres qui me laissent une impression. Bonne ou mauvaise, mais il faut qu’il me trouble. Je ne suis donc pas très attirée par ce genre.

Quelle est la place de la femme dans la littérature africaine ?

La femme en tant qu’actrice dans le monde littéraire a su s’imposer. En Côte d’Ivoire, les femmes sont apparues dans l’environnement littéraire bien après les hommes. Simone Kaya, première romancière ivoirienne ne publie son oeuvre « les danseuses d’Impé-eya » qu’en 1976 alors que la toute première pièce de théâtre « les villes » écrite par Bernard B. Dadié date de 1934.

Pour autant, les femmes sont bien présentes aujourd’hui dans le monde de la littérature ivoirienne. Au-delà de la question du genre ou de la dénonciation des pratiques oppressives envers les femmes par le biais des personnages féminins, les écrivaines permettent d’aborder une diversité de sujets plus généraux comme l’oppression des masses par les classes dirigeantes, le problème de l’enfance abandonnée, les guerres civiles, la violence urbaine, les choix linguistiques et esthétiques dans la création littéraire, les mises en crise d’un certain discours féministe.

Les personnages féminins dans le roman africain, ne sont pas des prétextes à aborder des questions essentiellement féminines mais servent au contraire à parler de problématiques que rencontrent une certaine génération à une époque donnée.  À l’instar de leurs homologues masculins, les auteures abordent les questions d’ordre esthétique, social, politique ou féministe qui sont non seulement pertinentes et inhérentes à leur époque, mais qui inévitablement ne manqueraient pas d’informer et d’enrichir leurs réflexions.

De Mariama Bâ à Ken Bugul en passant par Régina Yaou ou Véronique Tadjo pour ne citer qu’elles, les femmes ont eu la parole à travers des histoires qui ont permis de faire la lumière sur des conditions sociales peu aisées. La nouvelle génération d’auteurs masculins comme féminins poursuit ce travail dans une société où la place de la femme doit encore être défendue.

Quelle est ta lecture du paysage littéraire ivoirien ? africain ?

 Le paysage littéraire africain est très vaste. Peu d’écrivains africains ont reçu le prix Nobel de littérature, j’ai donc choisi d’acheter les ouvrages qui avaient été primés, enfin ceux que j’ai pu trouver. En lisant certains auteurs comme Wole Soyinka, j’ai été impressionnée par le style et la rigueur de l’écriture. C’est un autre niveau qui inspire à travailler davantage.

Je lis des auteurs très connus et d’autres beaucoup moins connus. Le problème est l’accessibilité des oeuvres des auteurs africains. Si j’ai un livre d’un auteur congolais, soit il s’agit d’Alain Mabanckou qui est un auteur dont je suis fan et qui bénéficie d’une distribution commerciale de ses ouvrages à la taille de sa notoriété, soit il s’agit d’un auteur rencontré sur un salon dont la 4e de couverture m’a intéressée. Je lis Léonora Miano et Calixthe Beyala avec plaisir mais le monde littéraire camerounais ne se résume pas à ces deux auteurs…J’aimerais avoir accès davantage d’ouvrages écrits par des auteurs africains talentueux mais pas forcément connus, mais pour le moment je fais avec ce que je trouve en librairie.

Le paysage littéraire ivoirien est très intéressant, je m’intéresse énormément à ce qui s’y passe et ne manque pas de lire les derniers livres sortis. Le dernier que j’ai lu a été plébiscité et pourtant il m’a laissée mitigée.

Le premier livre qui a éveillé ta conscience littéraire ?

Je n’en suis pas sure, mais je crois qu’il s’agit de cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire.

Quel roman t’a le plus marquée ?

 « Crime et châtiment » de Dostoïevski je pense. C’est un pavé que j’ai lu et relu de nombreuses fois pour l’impression que chaque chapitre laisse au cours de l’histoire. Peut-être aussi la clé de l'abîme de José C. Somoza, parce qu’il utilise un double langage et délivre un message incroyable à qui veut bien lire entre les lignes.

Quel est le livre que tu as honte d’aimer?

Rire. Peut-être « Journal d’un vieux dégueulasse » de Charles Bukowski. J’ai tous ses livres, et c’est vrai que ce n’est pas quelque chose que je cris forcément sur tous les toits.

Quel est le livre que tu aurais aimé écrire ?

« Le prophète de Khalil Gibran » . Pour la sagesse et la maturité qu’il émane de cette oeuvre et que j’espère un jour acquérir.

Le livre que tu recommanderais à nos lectrices ?

 Le livre de Véronique Kanor : Combien de solitudes. C’est une dramaturge et poétesse que j’ai découverte cette année au cours d’un évènement qui avait lieu à la Maison de l’Afrique pendant le printemps des poètes. Ses textes sont forts, lus par Abd Al Malik ils étaient encore plus puissants. J’ai acheté ce livre et je le recommande parce que son verbe transcende.