Karyna Gomes, artiste, activiste et femme du monde

Interview

Karyna Gomes, artiste, activiste et femme du monde

© Karyna Gomes

Écrit par ELLE.CI
Publié le 22 novembre 2018 à 10h13

Interview

Originaire de Guinée-Bissau et du Cap-Vert, Karyna Gomes est une artiste activiste dont la musique cosmopolite raconte l'amour, les femmes, la politique. Actuellement à Abidjan pour un concert de soutien à l'éducation des jeunes filles, nous avons eu l'occasion d'échanger avec elle.

Comment avez-vous débuté dans la musique ?

J'ai commencé en 1997 dans une chorale Gospel au brésil. J'étudiais le journalisme au Brésil et j'y ai découvert le Gospel. A partir de ce moment là, je n'ai pas arrêté ! Quand je suis retournée en Guinée-Bissau, j'ai rencontré le chef du groupe Super Mama Djombo et j'ai enregistré un album avec la bande. Je fais partie pour de la 3eme génération de ce groupe mythique. Deux ans plus tard, j'ai commencé à travailler en solo.

Comment l'Afrique, l'Amérique, l'Europe, trois continents où vous avez vécu, influencent votre musique ?

Je suis une enfant métisse qui a grandi à Bissau, une ville urbaine, j'écoutais la musique locale et traditionnelle Bissau-Guinéenne, les musiques urbaines et traditionnelles du Sénégal, du Congo, de l'Angola, du Cap-Vert dont ma mère est originaire. J'ai également été influencée par la musique américaine, j'écoutais les étoiles du jazz et du blues comme Aretha Franklin mais aussi des artistes comme Whitney Houston et Michael Jackson. J'ai créé ma propre sonorité à l'aide de toutes ces influences. C'est pour ça que j'appelle ma musique "ma musique" car elle a une identité cosmopolite.

« C'est le mot "Mindjer" qui m'a choisi et non moi qui ai choisi le mot. Quand j'ai finalisé le disque, j'ai vu tellement de morceaux avec le titre Mindjer et de chansons à messages basés sur les luttes féminines que le nom de l'album a sonné comme une évidence. »

En 2014, vous avez sorti votre premier album Mindjer [ndlr : qui signifie "femme" en créole bissau-guinéen]. Trois de vos titres incluent le mot "Mindjer". Que racontent ces chansons ?

C'est le mot "Mindjer" qui m'a choisi et non moi qui ai choisi le mot. Quand j'ai finalisé le disque, j'ai vu tellement de morceaux avec le mot Mindjer et de chansons à messages basés sur les luttes féminines que le nom de l'album a sonné comme une évidence. Je viens d'une famille matriarcale, de femmes très fortes ; A commencer par la grand-mère de ma mère ! L'Afrique est un continent de femmes fortes, et ce sont elles l'essence de cet album.

Quelles sont les luttes dont vous parlez dans l'album ?

J'y parle des mentalités, du fait que l'émancipation des femmes d'Afrique et du monde commence dans le foyer, de parité et d'inégalité. Aujourd'hui, les femmes n'ont toujours pas autant d'opportunités que les hommes.

Quels autres thèmes abordez-vous dans vos chansons ?

Je parle beaucoup d'amour notamment dans le titre Amor Livre. Cette chanson est destinée à ceux qui jouent avec les sentiments des autres. J'y raconte que les sentiments sont une chose sacrée et qu'il ne faut pas jouer avec le coeur des autres.

« L'éducation des filles est une lutte qui commence dans mon coeur, c'est la question qui me préoccupe le plus en Guinée-Bissau, étant moi-même mère d'une fille. »

Vous êtes à Abidjan pour le concert de solidarité pour soutenir l'éducation des jeunes filles. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Je connais le projet Npili depuis quelques années. C'est un honneur de venir à Abidjan pour soutenir le projet. L'éducation des filles est une lutte qui commence dans mon coeur, c'est la question qui me préoccupe le plus en Guinée-Bissau, étant moi-même mère d'une fille. J'aimerais que toutes les filles aient une éducation, mais une éducation de qualité. L'émancipation des femmes passe nécessairement par l'éducation et la professionnalisation.

Quelle a été votre plus belle collaboration ?

J'ai tellement vécu de belles choses. Ce qui a été déterminant, c'est la rencontre avec le chef d'orchestre Super Mama Djombo, un compositeur célèbre en Guinée-Bissau, c'est un des plus grands. Il m'a permis d'avoir la base de la musique urbaine. C'est grâce à lui que j'ai trouvé la racine et l'identité de ma musique.

Quels sont vos projets pour 2019 ?

Un nouveau disque ! Je suis Prête à lancer le premier single du disque. Je travaille avec un producteur international. Dans ce prochain album, je parle de femmes, d'exclusion sociale, d'enfants mais aussi d'immigration et de questions politiques.

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