Karelle Vignon, blogueuse et entrepreneuse food

Réussite façon food !

Karelle Vignon, blogueuse et entrepreneuse food

© ELLE

Lafalaise Dion
Écrit par Lafalaise Dion
Publié le 28 septembre 2017 à 18h48

Réussite façon food !

« Là où se trouve la volonté, il existe un chemin », écrivait Winston Churchill à propos du pouvoir de la volonté. Ces mots traduisent bien le parcours de la blogueuse béninoise, Karelle vignon. Car il n'y a que la volonté qui puisse emmener une journaliste à tout lâcher pour l’amour de la cuisine et réussir son pari. Á force de travail et de persévérance cette jeune femme tient aujourd'hui le blog de référence culinaire en Afrique francophone. En plus de quoi, elle entame bientôt une tournée culinaire à travers 22 pays africains. Á l’occasion de son passage à Abidjan pour le Festival des grillades, elle est passée à la rédaction.

  

Qu'est-ce qui vous a donné envie de partager vos plats et recettes sur les réseaux sociaux (et plus tard sur votre blog) ?  

La raison pour laquelle j’ai commencé à partager mes recettes est vraiment liée aux réseaux sociaux. Au départ, je faisais mes recettes à la maison, des recettes vraiment très simples parce que je n’ai pas de formation en cuisine. Je faisais des plats que je trouvais sur internet.  Et comme on est dans une ère où tout ce qu’on fait on veut le montrer à ses amis, c’est ce que j’ai fait.  Je faisais des petites tartes et gâteaux sucrés, je les prenais en photos et je les publiais sur Facebook. J’ai des amis qui commentaient à chaque fois pour me demander mes recettes et je leur envoyais individuellement par email. J'envoyais des mails à 5, 10, 20 personnes et au fur et à mesure je me suis dit que le plus simple serait de créer une plateforme sur laquelle je mettrai mes recettes pour éviter de répondre à chacune des personnes.  Donc j’ai créé le blog en premier temps par flemme et c’est comme ça que tout est parti. Au départ, on avait 2000, 7000, visites par mois, moi je trouvais que c'était énorme pour une débutante. Aujourd'hui après trois ans et demi d’existence du blog, on est à 150.000 vues par mois.

« Du blogging on a créé une société. On est une entreprise spécialisée dans la création de contenus culinaires uniquement dans le digitale. »

En 2016, vous avez décidé de vous consacrer pleinement au blogging. Quelle était votre activité professionnelle avant de devenir blogueuse culinaire à temps plein ?

Je suis journaliste de formation, j’ai fait mes études universitaires au Canada. Donc j’ai un diplôme en journalisme et en relations publiques. Je suis arrivée au Sénégal en 2012, j’ai travaillé pour trois radios. Au moment où je travaillais pour une de ces structures, je faisais mes recettes uniquement les week-ends ensuite je les partageais sur les réseaux sociaux, le blog. C'était vraiment 10% de mon temps que je consacrais au blog. Ce n’était pas vraiment quelque chose que je prenais au sérieux.  J’ai voyagé ;  je suis partie 4 mois en France avec mon mari. Á notre retour, on s’est dit “ aujourd'hui on a un bon résultat avec le blog lorsque j’y passe 15 à 20% de mon temps. Je me suis dit en revenant de voyage, au lieu de trouver un nouvel emploi, pourquoi pas professionnaliser l’activité que je faisais juste le weekend.”  J’ai continué à faire les recettes, j’ai proposé de faire des recettes en vidéos et on a eu des partenariats. Et ce sont ces partenariats qui font qu’on a enregistré la compagnie. Parce que du blogging on a créé une société. On est une entreprise spécialisée dans la création de contenus culinaires uniquement dans le digital.

Pourquoi faire le pari risqué de vous professionnaliser en tant que blogueuse alors que vous n'en viviez pas encore ?

C'était un gros risque oui !  C’est une assurance d’avoir un emploi, un salaire à la fin du mois pour toutes les charges. Mais avant de sauter le pas, on a fait la comparaison entre ce que je gagnais quand je travaillais pour la radio et ce que je gagnais avec le blog en me donnant à 15% seulement dans le blogging. C'était quasiment la même chose. Alors je me suis dit si avec seulement 20% de mon temps investi je gagne la même chose en travaillant pour un tiers, si je me donne à 100% ,  je pourrai gagner 5 fois plus. Et c’est ce qui se passe aujourd'hui.

Pouvez-vous nous raconter les coulisses, le quotidien d'une blogueuse food ?

Une journée type pour moi commence déjà la veille. Je réfléchis à  la recette que je vais préparer le lendemain. Je vais donc sur différents sites internet parce que mon inspiration me vient des livres, de la télévision, d’internet. Je pioche un peu partout et j’essaie de refaire ces recettes à ma façon. Pendant la  nuit ;  je rêve de ce plat (rires),  j’essaie de l’imaginer en résultat fini.  Le matin, je me rassure que j’ai tous les ingrédients nécessaires,  j’installe mon matériel et je tourne. Je prie toujours pour qu'il fasse beau parce quand il pleut j’ai pas la bonne lumière. Moi j'essaie de retoucher le moins possible les photos.  Toutes les photos, les vidéos sont à la lumière du jour. Je trouve le resultat nettement mieux. Donc c’est ce que je fais les matins quand je n’ai pas de rendez- vous. En général, j’ai toujours un rendez-vous avec une marque qui veut collaborer avec nous. Aujourd'hui, je fais des vidéos pour moi mais aussi pour des partenaires qui souhaitent avoir de la visibilité sur ma communauté. Les gourmandises de Karelle, c’est une communauté de près de 70.000 personnes.Donc en gros, c’est faire des recettes, honorer des rendez-vous, tester des restaurants, et donner mon point de vue. Ma journée c’est aussi une vraie storie Instagram , Snapchat tous les jours. Je partage tout. 

 

Avec votre blog, les réseaux sociaux, ne ressentez-vous pas le besoin de déconnecter ?

Moi je ne le ressens pas non, c’est mon mari qui me le rappelle quelques fois. En toute honnêteté moi, je partage absolument tout et ça me fait plaisir de montrer aux gens ce que je fais.  Je partage 90% de ma journée.  De toutes les manières sur les réseaux on choisit ce qu’on veut montrer.  J’arrive à faire la part des choses entre ce qui est personnel et professionnel.

Á quel point votre activité de blogging et votre notoriété impactent votre vie privée ?  

Quand on parle de notoriété, je ne le vois pas vraiment. J’ai 18.000 personnes qui me suivent sur Instagram. Je me dis simplement que j’ai beaucoup d’amis un peu partout.  Je ne me vois pas comme un leader d’opinion ou une star. Quelques fois quand je sors dans la rue, les gens qui me reconnaissent demandent à faire des photos. Mais du côté de ma vie privé, je ne pense pas que cela soit autant intrusif.

« Je voulais arriver à être la prochaine Oprah Winfrey de l’Afrique francophone. »

Quelles sont les femmes qui vous inspirent le plus ?

Plus jeune, lorsque je prenais des cours en journalisme, je voulais arriver à être la prochaine Oprah Winfrey de l’Afrique francophone.  Elle a un  grand vécu.   C’est une femme que j’admire énormément tant pour son parcours que pour tout ce qu’elle a enduré plus jeune et cet empire qu’elle a bâti aujourd'hui. Et une femme qui m’inspire encore plus au quotidien, c’est ma mère.  Quand je vois tout ce qu’elle fait, comment elle arrive à s’occuper de sa famille malgré son travail. Je me demande si un jour je pourrai faire le quart de tout ça. C’est incroyable.

Quels autres blogueurs (food ou non) nous recommandez-vous de suivre ?

Les blogueurs food je n’en suis pas vraiment du tout. Je suis très télé et youtube.  Il  y a Hervé que je suis sur youtube depuis 2007, il produit du contenu culinaire.  En  dehors de la cuisine, je suis Fatou N’diaye sur Instagram et Snap.

« Notre ambition c’est de devenir les n°1 en Afrique. »

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre tournée culinaire africaine ?

Avec Asky , on va signer un contrat qui nous permettra de voyager dans les 22 villes que couvrent leur réseau pour apprendre de nouvelles recettes. Parce que justement sur le blog, j’ai deux publics. J’ai celui qui me suit quotidiennement sur Instagram, Twitter, Snapchat. Mais sur le blog, j’ai un public qui vient majoritairement de la France. Et quand je vois ce qu'ils recherchent sur le blog, je tombe sur des recettes africaines.  J’ai constaté que j’ai un manque de contenu panafricain.  Et aujourd'hui, notre ambition c’est de devenir les n° 1 en Afrique. Au point où quand une personne recherche un repas africain sur Internet, elle parte directement sur notre site, c’est pour cela que nous organisons cette tournée. Faire un contenu panafricain diversifié.  Avec Asky on ira dans tous ces pays pour découvrir les richesses culinaires. Pour l’instant nous planifions le voyage avec nos partenaires. Dans le courant du mois d’Octobre, je pense qu’on aura visité quelques villes.

« Il ya 5 ans,  je ne pouvais même pas m’imaginer que j’allais avoir le prix de blogueuse de l’année au Sénégal, avoir le prix du blog de l’année au Sénégal, avoir le prix de l’influenceur food d’afrique francophone. »

Vous avez lancé une application mobile cette année, voyagez dans toute l'Afrique pour découvrir différents mets et spots... Que nous réservez-vous pour la suite ?

Seul Dieu sait ce que demain nous réserve. Il y a 5 ans, je ne pouvais même pas m’imaginer que j’allais avoir le prix de blogueuse de l’année au Sénégal, avoir le prix du blog de l’année au Sénégal, avoir le prix de l’influenceur food d’Afrique francophone. Ce sont des choses auxquels je ne m’attendais même pas.  

Comptez-vous un jour ouvrir un restaurant, un atelier de cuisine ou une autre activité toujours dans la cuisine ?

Les demandes pour les ateliers j’en reçois toujours sur les réseaux sociaux, sur le blog. Malheureusement, organiser un atelier demande une logistique importante.  Si je dois faire un atelier avec 10 personnes et qu’on doit faire la cuisine, il  faut que je sois en mesure de fournir 10 cuissons en même temps. Néanmoins, j’ai été contactée par une marque à Dakar pour organiser un atelier. Eux ils avaient un local, des fours, alors j’en ai fait un, mais depuis je ne l’ai plus fait.  Ce que je veux faire aujourd'hui c’est asseoir la notoriété du blog, avoir une  bonne audience, produire du contenu de qualité, faire en sorte qu’il soit vu, partagé par beaucoup de gens. C’est notre objectif, ensuite on a la tournée en Afrique et pourquoi pas un restaurant où une pâtisserie puisque je suis beaucoup plus portée sur le côté sucré que salé. C’est vraiment du long terme ça.

« Il n'y a pas vraiment de recette miracle pour réussir. Il faut chercher en nous ce qu’on sait faire, ce qu’on aime faire et ne pas faire les choses parce que les autres le font. Il faut être régulier, très assidu et professionnelle. »

Vous êtes une blogueuse africaine incontournable. Selon vous, quelle la recette du succès ?

 Il faut rester soi-même. Ne pas chercher à faire comme une autre personne. Chaque être humain est unique. On a chacun nos atouts, nos défauts et c’est qu’il faut justement mettre en avant. Moi je n’ai jamais appris à cuisiner. Quand j’ai rencontré mon mari je ne savais faire que quatre plats. Avec le temps et l’envie, j’y suis arrivée.  Il n'y a pas vraiment de recette miracle pour réussir. Il faut chercher en nous ce qu’on sait faire, ce qu’on aime faire et ne pas faire les choses parce que les autres le font. Il faut être régulier, très assidu et professionnelle.

Et pour la fin...Quel est votre leitmotiv ?

Chaque jour, je suis heureuse de faire ce que je fais pour moi, pour mon couple, ma communauté. Tout ce que je fais, c’est d’abord pour moi et quand les gens voient que j'aime ce que je fais, ils adhèrent également.

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