Jeanne Muvira : «Je mène une croisade contre le stress au travail »

Femme à suivre

Jeanne Muvira : «Je mène une croisade contre le stress au travail »
Écrit par ELLE.CI
Publié le 19 juillet 2019 à 16h30

Femme à suivre

À l’occasion du Wellnessday, évènement dédié au bien-être, coaching & développement personnel, nous avons interrogé trois personnalités féminines inspirantes. Au cours de cet échange, elles nous expliquent, comment évoluer, grandir, s'émanciper en toute sérénité dans notre société aujourd’hui. Découvrez notre échange avec Jeanne Muvira sur les maladies liées au stress professionnel et comment les vaincre.

1) Qui est Jeanne Muvira et quelle est son histoire ?

Je suis dissipateur de brouillard, j'aide les gens frappés par le stress et les maladies chroniques liées au stress comme le cancer, l'AVC, le diabète de type 2...À comprendre ce qui se passe dans leur corps et à reprendre le contrôle de leur vie.

J'ai vécu dans le stress pendant longtemps et j'ai failli en mourir. Cela m'a conduit au burn-out, à une maladie auto-immune et un cancer du sein. Étant pharmacienne, je n'ai pas supporté cette déchéance. Il fallait que je comprenne ce qui s'est passé. J'ai passé 5 ans de ma vie à faire des recherches et ce que j'ai découvert est hallucinant. J'invite les gens à regarder ma conférence (en ligne-lien YouTube) sur le stress et le burn-out. Beaucoup de gens sont en danger sans le savoir : voir conférence sur le stress et le burn-out.

2) On sait aujourd'hui que le mal-être touche beaucoup de personnes en entreprise en Occident. Le sujet est davantage tabou en Afrique. Avez-vous quelques chiffres sur le sujet ?

On a eu en effet tendance dans le passé à croire que le stress était une affaire de blanc, mais la réalité aujourd'hui, c'est que beaucoup de gens en Afrique vivent en état de stress chronique. Je n'ai pas de chiffres exacts, mais il y a des indicateurs qui ne trompent pas. Chacun de nous connaît quelqu'un qui a eu un cancer, un diabète, un AVC...Il y en a de plus en plus dans les capitales africaines et toutes ces maladies sont le résultat des hormones du stress. Le monde du travail en Afrique n'a pas encore pris la mesure du danger du stress et pourtant, c'est un facteur clé de performance et de santé. Le coût des arrêts de travail, d’absentéisme et de présentéisme se chiffre en milliard par an dans l'Union Européenne. Qu'en est-il en Afrique ? L'OMS vient de reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle, l'Afrique devrait prendre des mesures concrètes pour enrailler cette tragédie qui touche l'être au plus profond de lui-même.

3) Quels conseils donneriez-vous pour ne pas arriver au stade ultime du burn-out ? Quels sont les signaux d'alerte ?

Les signaux d'alerte sont la mal-être, la dépression, le manque de motivation, la difficulté de savoir où on va dans la vie et pourquoi on se lève le matin. Voici quelques signes physiques, les tremblements de main, les palpitations cardiaques, les douleurs et tensions au niveau du cou, du bas du dos, des maux de ventre fréquents, le brouillard mental, manque de concentration, perte de mémoire, etc. Le conseil que je donne, c'est de ne pas vivre dans la peur, peur du lendemain, peur de ne pas être assez bien etc. Dès qu'on identifie ces peurs, il faut trouver une personne de confiance pour libérer ces tensions. Le fait de se confier à quelqu'un peut éviter le burn-out. Il faut aussi faire un travail profond avec un professionnel pour savoir si le travail qu'on fait correspond à nos compétences innées. Ce que j'aime dire, c'est que chaque personne est unique et que le destin d'un avocat ce n'est pas d'être une orange. Écoutez votre corps, il vous parle. Changez quand il le faut, agissez pour trouver ce qui vous convient.

4) Comment concilier ambition et bien-être en entreprise ?

Le bonheur professionnel ça existe ! Dans mes coachings, je rencontre beaucoup de gens qui ne sont pas à leur place professionnellement. La plupart d'entre nous ont choisi le métier par prestige ou pour faire plaisir aux parents. Pourtant, chaque personne a une gamme de Jobs Destin, celle qui correspond à nos compétences innées. C'est la plus grande découverte que j'ai faite pendant mes 5 ans de recherche sur le burn-out. Quand on n'aime pas son travail, quand on se réveille la boule au ventre pour aller travailler, on s'expose au burn-out et aux maladies graves liées au stress. A partir du moment où on a trouvé qui on est et quelle est notre place dans la société, l'ascension professionnelle devient une évidence. Ça ne sert à rien de gagner beaucoup d'argent, d'avoir une belle voiture quand on n’a pas la santé mentale, émotionnelle et physique. Ce qui nous rend heureux, c'est d'être utile dans ce qu'on fait

5) Un conseil aux femmes qui nous suivent ?

Oh les femmes ! Si on savait à quel point, on avait était conditionné pour servir les autres et à s'oublier soi-même. J'ai manqué de confiance pendant plus de 30 ans. J'avais beau être hyper diplômée, je me sentais nulle, je n'arrivais pas à prendre ma place dans mon travail et socialement. Tout cela m'a conduit au cancer et aux autres maladies. Ce que j'ai envie de dire aux femmes, c'est qu'il n'y a pas d'âge pour reprendre le contrôle de sa vie. On doit oser inventer notre vie suivant nos désirs les plus profonds, on doit travailler à éliminer toutes les peurs liées à notre éducation. Nos parents pensaient bien faire, mais ce sont eux qui ont été les premiers fragilisés, notre rapport au monde. Alors je dis à toutes les femmes, n'ayez pas peur, vous être capable de mettre au monde un enfant, vous êtes donc capable d'être des vrais architectes de vie. Le monde a besoin de vous, le monde vous attend et dans le métier qui vous convient.

Jeanne 2

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