Interview femme à suivre : comment Rokhaya Diallo a changé le cours de sa vie

 Femme à suivre 

Interview femme à suivre : comment Rokhaya Diallo a changé le cours de sa vie
Écrit par ELLE.CI
Publié le 16 juillet 2019 à 18h30

 Femme à suivre 

Dans le cadre du Wellnessday, évènement dédié au bien-être, coaching & développement personnel, nous avons pu échanger avec Rokhaya Diallo. Dans une interview exclusive, la féministe, activiste, écrivaine, réalisatrice et féministe nous parle de son parcours atypique. 

1) Vous êtes aujourd’hui une figure connue des médias, mais pouvez-vous nous résumer en bref qui vous êtes et votre parcours ?

Je m’appelle Rokhaya Diallo, je suis journaliste et réalisatrice. Je suis très engagée dans les questions d’égalité femmes-hommes et d’antiracisme. Mon parcours est très atypique : je n’ai pas choisi le journalisme, mais c’est le journalisme qui m’a choisi.

Je le suis devenue un peu par hasard, initialement, j’ai fait des études de droit, j’ai travaillé dans le domaine de la production audiovisuelle et parallèlement, j’avais des engagements associatifs qui m’ont amenée dans la sphère publique. Lorsque j’ai été amenée à intervenir sur la question notamment du racisme dans une émission, on m’a demandé de la rejoindre et c’est ainsi que j’ai commencé le journalisme il y a 10 ans en 2009.

Parallèlement, on m’a proposé d’écrire un premier ouvrage paru en 2011 intitulé « racisme : mode d’emploi » (Larousse ! Et depuis, j’ai écrit plusieurs ouvrages. Je réalise également des documentaires. Aujourd’hui, j’anime un podcast qui s’appelle « kiffe ta race » avec la romancière Grace Ly, je suis sur LCI et RTL et j’anime aussi une émission sur la chaîne BET.

2) Pouvez-vous nous parler un peu de votre dernier livre « Ne Reste Pas A Ta Place » ?

J’ai écrit un livre qui s’appelle Ne Reste Pas A Ta Place dont le sous-titre est « comment arriver là où personne ne vous attendait ». Il s’agit d’un livre de « développement personnel » et j’ai choisi de faire part des éléments qui dans mon parcours m‘avaient permis d’avancer et de partager les principes que j’avais tirés de mes différentes expériences qu’elles soient positives ou négatives. Il ne s’agit pas de promouvoir la réussite individuelle parce que nous vivons dans un système profondément et structurellement injuste mais simplement de célébrer les petites et grandes victoires qui peuvent être les nôtres dans un contexte qui n’est pas toujours simple. Il s’agit donc d’un livre sur l’estime de soi et sur la fierté d’être soi et sur la manière dont j’ai pu tirer profit de mes origines sénégalaises. 

3) Vous dites que la vie que vous avez aujourd’hui ne ressemble pas à celle que vous aviez imaginée lorsque vous étiez jeune. Pourquoi ?

Alors, ce n’est pas que ma vie ne ressemble pas à ce que j’aurais pu m’imaginer quand j’étais jeune, mais c’est surtout, je suis à un endroit où la sociologie n’aurait pas pu le dessiner. Je suis une fille d’immigrés issue de classe ouvrière qui a grandi dans un quartier populaire parisien : à ma naissance, si on avait dû faire des prédictions, on n’aurait pas pu imaginer que je serais journaliste dans des médias nationaux sachant que ma profession est majoritairement composée de personnes blanches issues des classes moyennes supérieures. J’ai donc déjoué la sociologie. Petite j’avais plein de rêves différents, j’ai voulu être magistrate, j’ai voulu dessiner des mangas, j’ai voulu faire plein de choses et j’ai eu la chance d’avoir des parents qui ne m’ont pas fixé de barrières. Statistiquement, les enfants d’immigrés modestes échappent rarement au destin des classes sociales les plus fragiles.

4) Comment en tant que femme et de surcroît femme noire avez-vous pu surmonter les difficultés lors de votre parcours et vous élever socialement et intellectuellement ?

La plupart des réponses se trouvent dans mon livre. Disons que j’ai eu la chance d’être entourée d’une famille qui m’a inculqué un certain nombre de valeurs et une estime de moi extrêmement forte. Mes parents sont Sénégalais et ils m’ont permis très tôt d’avoir accès à leur culture ce qui fait que j’ai grandi en étant centrée tout en connaissant parfaitement mes origines et en me sentant totalement légitime en France. Je ne me suis jamais vraiment interrogée sur le fait d’être française parce que pour moi c’était autant une évidence que le fait d’avoir des origines africaines, c’est ce qui m’a donné la force d’avancer sans vraiment m’interroger sur le fait que j’étais minoritaire. Pour moi, cela allait de soi que tout était accessible, les difficultés sont là, mais le fait d’avoir un environnement extrêmement présent constitué de personnes qui me connaissent depuis longtemps, c’est une source de force extrêmement importante. Par ailleurs, je ne porte pas d’importance sur ce que des gens que je ne connais pas peuvent penser de moi et ça, c’est quelque chose qui structure ma philosophie quotidienne sans me laisser entraver par des pensées ou des jugements négatifs. « Ne reste pas à ta place » est une manière de dire que j’ai choisi d’emprunter une voie qui n’était pas forcément la voie qui m'était déterminée. C'est important de s’autoriser à aller là où on n’est pas attendu, car c’est une victoire contre le déterminisme, c’est vraiment ce qui importe pour moi.

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