Interview : Diana Ronsin, une multi-potentialiste

Échange avec une touche à tout ! 

Interview : Diana Ronsin, une multi-potentialiste

© presse ELLE Côte d'Ivoire

Écrit par ELLE.CI
Publié le 12 juillet 2018 à 05h00

Échange avec une touche à tout ! 

Créatrice d’une marque de mode, présidente de l’association des commerçants d’Abidjan Mall, présidente de l’association RONSIN, actrice, Diana Ronsin multiplie les casquettes ! Nous l’avons rencontrée dans sa boutique située à Abidjan Mall. Entretien avec une multi-potentialiste.

Vous avez travaillé pendant 10 ans dans un groupe hôtelier, qu'est-ce qui vous a fait revenir dans le secteur de la mode ?

J'ai été mannequin junior de Chris Seydou et ensuite mannequin de Bamondi. La mode est vraiment mon premier amour mais ma mère étant sage-femme, elle était réticente à l'idée que j'évolue dans ce domaine. Elle me voyait plutôt dans une école de commerce ou de gestion. A mon retour en Côte d'Ivoire en 2014, j'ai décidé de revenir dans la mode. J'ai travaillé à la maison Wrangler de Yopougon juste après obtention de mon diplôme de commerce. Je les aidais à concevoir les modèles de t-shirts et pantalons. La mode est mon grand amour ! (rires)

Vous avez fait des allers retours notamment entre la France et la Côte d'Ivoire. Comment s'est passé votre retour en Côte d'Ivoire en 2014 ?

Le retour a été compliqué. La mentalité a été un premier challenge. Quand on est formé en Europe, on a une vision différente du travail. Je suis une femme très rigoureuse et qui prend à cœur son travail donc il a fallu m'adapter.

« Je voulais un lieu et un concept aux couleurs de mon enfance qui me rappelle les objets en pagne qu'offraient ma grand-mère. »

Comment s'est passée la création de la boutique et marque Diana's Concept [ndlr : "Diana" se prononce à l'anglaise] ?

J'ai eu l'opportunité d'avoir un local à la Galerie Saint-Cécile aux Deux-Plateaux. Quand on m'en a parlé, j'ai senti que c'était le moment de créer ma boutique. Je voulais un lieu et un concept aux couleurs de mon enfance qui me rappelle les cadeaux en pagne que ma grand-mère m’offrait. Et le pagne revenait à la mode au même moment !

D'où vous vient cette appétence pour le fait-main et l'artisanat ?

Très jeune, j'étais très manuelle. Je savais déjà coiffer, bricoler et coudre à 15 ans ! Adolescente, je confectionnais mes propres habits. J'avais envie d'un lieu qui regroupait plusieurs artisans et créateurs. Je prends l'exemple de la marque Naka, le créateur Sénégalais Keyfa et de la créatrice de bijoux MP by Ethnic qui est une fille mannequin du nom de Palyn Kouadio qui vient de lancer sa gamme ! J'aime ce mélange car mes clients ont le choix quand ils visitent dans ma boutique.

MP by Ethnic de Palyn Kouadio dans la boutique Diana's Concept

MP by Ethnic de Palyn Kouadio dans la boutique Diana's Concept

Comment pourriez-vous résumer votre sélection de produits et votre marque ?

La finition est mon tout premier critère. J'aime les choses bien faites, bien cousues, structurées, bien agencées et les belles couleurs qui se marient parfaitement. La beauté de l'article en somme ! Mon choix dépend aussi de l'ouverture d'esprit du créateur, sa vision et son sens de l'écoute. J'aime travailler avec celles et ceux qui veulent s'améliorer.

Si vous deviez définir votre boutique en trois mots, vous diriez...

Ethnique, chic, jeune !

MP by Ethnic de Palyn Kouadio dans la boutique Diana's Concept

MP by Ethnic de Palyn Kouadio dans la boutique Diana's Concept

Vous avez commencé à défiler pour Chris Seydou et aujourd'hui vous travailler dans le secteur en tant que créatrice et retailer, quelle est votre lecture de la mode ivoirienne ?

Le secteur a beaucoup évolué ! Ce métier est mieux valorisé. Il y a plus de diversité parmi les créateurs, les concepts et les matières. On voit maintenant les motifs de pagne wax déclinés en soie. La mode Africaine et ivoirienne prend plus d'ampleur. On a de la chance d'avoir des gens comme Pathé'O qui est mon parrain car il m'a donné de précieux conseils, et mon mentor Habib Sangaré qui m'a aidé à confectionner ma première collection.

Parlons culture ! Vous faites partie du casting du film "Bénédicte" dans lequel vous avez joué la mère de Bénédicte (Teeyah). Comment passe t-on de créatrice de mode à actrice ?

Tout a sûrement commencé lors de mon premier défilé. Ma collection s'appelait "Diwali" qui signifie la fête des lumières en Indi. J'ai présenté une collection ethno-Africaine-Indienne. Je pense que le réalisateur a dû voir les articles écrits sur moi. Il m'a proposé le rôle de la maman de Teeyah. Mes origines Indiennes sont lointaines mais ça m'a peut-être aidée (rires). Certaines scènes se passaient en Inde. Entre les tournages et visites dans les rues de Delhi, nous avons passé un séjour fabuleux !

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« Ma mère était sage-femme […] elle aidait tellement les gens au point qu'on se sentait un peu mis de côté. Elle était très généreuse […] Elle a posé beaucoup d'actes forts mais ne s'est jamais attribuée ses actions. J'ai eu envie de reprendre sa relève. »

Vous êtes connue pour vos engagements sociaux. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

L'association "Marie-Thérèse et Jean-Claude Ronsin" est un hommage à mon père et ma mère. Ma mère était sage-femme infirmière au CHU de Cocody, elle aidait tellement les gens au point qu'on se sentait un peu mis de côté (rires). Elle était très généreuse même quand ce n'était pas facile. Elle a posé beaucoup d'actes forts mais ne s'est jamais attribuée ses actions. J'ai eu envie de reprendre sa relève.

En 2014, nous avons créé l'association. Le coeur de mon équipe est composée de trois messieurs. L'association Ronsin a pour but d'améliorer les conditions de vie des enfants et femmes démunis de Côte d'Ivoire. Pour aider ces personnes, nous récoltons des vêtements et du matériel, nos membres donnent une cotisation annuelle de 120 000 F CFA, nous avons aussi des donateurs. La communauté libanaise Islamique Francophone nous vient beaucoup en aide. Je pense à des personnes comme Jalal Kawar, Ahmed Mroueh de Police Secours, Zeinab Mourad une grande sœur que je respecte énormément ainsi que Mme Korotoum Coulibaly.

Chaque année et ce depuis quatre ans, nous faisons deux grandes actions. Un arbre de Noël pour des enfants d'un quartier démuni et un tournoi de foot. Nous avons intervenus aussi auprès des sinistrés lors des pluies diluviennes du 19 Juin 2018. Nous avons offert à des familles vivant au Sicobois de Bananikro (derrière la Riviera Allabra) des vêtements, chaussures, matelas, draps, kits nourritures et produits d’hygiènes...

« Je ne sais pas m'ennuyer ! »

Créatrice de mode, présidente d'une association de commerçants, impliquée dans des oeuvres caritatives, instigatrice d'une fashion week, actrice...Vous définiriez-vous comme une multi potentialiste ?

Oui, c'est sûr que j'ai plusieurs cordes à mon arc et j'ai toujours été comme ça. J'aurais 54 ans en juillet et je cours toujours ! Après quoi, je ne sais pas mais c'est ma nature (rires). Quand je ne m'occupe pas de la promotion d'Abidjan Mall, je gère ma boutique. Je ne sais pas m'ennuyer !

« Être dans l'art, c'est payant et revalorisant. »

Qu'avez-vous envie de dire aux jeunes talents qui envisagent une carrière artistique dans le contexte ivoirien ?

Je leur demande d'être rigoureux et méthodiques dans ce qu'ils font. Qu'ils aillent au bout de leurs rêves ! Il est important pour eux de savoir où ils veulent aller. Être dans l'art, c'est payant et revalorisant. Je travaille avec beaucoup de jeunes avec lesquels on s'apporte beaucoup de choses mutuellement.

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