Hatoumata Magassa : "Osez réaliser vos projets"

Inspire women

Hatoumata Magassa :  "Osez réaliser vos projets"

Inspire Afrika

Écrit par ELLE.CI
Publié le 09 juillet 2019 à 18h16

Inspire women

Dans le cadre des Inspir’talks organisé par Inspire Afrika Magazine le vendredi 5 Juillet 2019 à Paris aux Galeries Lafayette Paris, nous avons eu l'opportunité d'interroger 3 femmes qui nous parlerons des problématiques auxquelles font face les femmes africaines. Découvrez l'interview de Hatoumata Magassa.

HATOUMATA, PEUX-TU NOUS PARLER UN PEU DE TOI ET TON PARCOURS ?

Je m’appelle Hatoumata Magassa, je suis Franco-Malienne et responsable du programme AFIDBA (AFD pour le business inclusif en Afrique). C’est un programme qui est financé par l’AFD (Agence Française de développement), et dédié à la croissance de start-up africaines à impacts sociaux. J’ai effectué toute ma scolarité en France à Bondy (93), j’ai été ensuite admise à Science-Po Paris. Les cours étaient enseignés en anglais avec une langue asiatique. J’ai choisi le Chinois et j’ai donc pu passer pas mal de temps dans ce cadre à Taiwan. J’ai ensuite effectué une spécialisation en développement économique. J’ai au début, pas mal étudié le développement Chinois, mais je me suis vite orienté vers le développement en Afrique. J’ai toujours eu un intérêt pour les questions de développement économique mais j’ai fait le choix de l'appliquer à l’Afrique car c’est ce qui fait davantage sens pour moi.

POUVEZ-VOUS NOUS EN DIRE PLUS SUR LE PROGRAMME AFIDBA ?

C’est un programme lancé dans 4 pays : Sénégal, Maroc, Ghana, Burkina Faso. L’objectif est de renforcer  la croissance de start-up africaines à très forts impacts sociaux. Nous souhaitons accélérer 60 lauréats en Afrique dans les 3 prochaines années et via nos incubateurs partenaires. Pendant un parcours d’accélération de 6 mois, tous les aspects du projet sont renforcés, ensuite une aide et/ou un accompagnement sont apportées au volet financement. L’argent est extrêmement difficile à trouver en Afrique. En France, par exemple, nous pouvons relativement aisément trouver 200 000 ou 300 000euros en début de parcours entrepreneurial (soit 130 000 000 à 190 000 000 CFA), mais en Afrique, et selon les écosystèmes, ces montants sont divisés au moins par 10, notamment pour les femmes. De plus, en Afrique de l’ouest, les banques pratiquent des taux d’intérêt dissuasifs allant de 11% à 23 % en moyenne. Enfin, dernier volet, la sensibilisation, il est important de toucher et éduquer davantage à l'entreprenariat et au digital qui constitue une véritable opportunité.

QUELS SONT LES PRINCIPAUX FREINS QUE RENCONTRENT LES FEMMES DANS L’ENTREPRENARIAT ET COMMENT LES SURMONTER ?

Lorsqu'on est une femme entrepreneure, les difficultés réelles sont nombreuses, sans compter les nombreuses barrières  que l’on peut avoir tendance à créer. Le premier est le manque d’accès au financement en particulier pour les femmes ensuite vient l’accompagnement. L’accompagnement est clé, et doit être renforcé grâce à un accompagnement spécifique dédié aux femmes et leurs problématiques. De plus, entre la perception du manque de compétences et le manque de confiance, les femmes ont tendance à moins être perçues en tant que leader. Il y a du travail à faire sur ce sujet. La pression sociale est elle aussi très forte. La femme est souvent ramenée à son statut marital, et on pardonne moins à une femme de ne pas rentrer dans les cases.

Autres freins : l’accès à la formation, et à l’éducation. Les hommes sont plus formés à entrepreneuriat. Il est important de pousser les femmes, elles sont sous-représentées et lorsqu’elles ne sont pas en sous-représentation, elles n’occupent bien souvent pas de postes à responsabilités. C’est pourquoi nous avons un volet pro-genre, où nous allons chercher les projets qui répondent à des sujets féminins (maternité, santé etc.) ou alors avec une direction féminine.

QUELLE PLACE A SELON VOUS LE LEADERSHIP DANS UN PARCOURS ENTREPRENEURIAL ,FAUT-IL AVOIR DES RÔLES MODÈLES ?

Le leadership joue un très grand rôle dans la vie d’une entrepreneure. Le syndrome de l’imposteur est très récurrent chez les femmes. Exemple : un homme se dira que pour postuler à un nouveau poste s'il remplit 30% des compétences demandées il peut postuler, une femme de son côté attendra d’avoir 80% des compétences pour faire le pas et postuler. Les roles modèles sont particulièrement importants pour montrer l’exemple et inspirer, d’autant plus qu’ils existent !

Quels conseils donneriez-vous aux femmes souhaitant entreprendre ?

  • Faites-vous accompagner, il y a des incubateurs pour vous former, vous éviter certaines erreurs et vous faire gagner du temps. Quand on entreprend, on est une « femme orchestre » et un peu partout à la fois mais il faut savoir que l’on ne pas tout faire seul et que l’on a besoin d’être entouré de femmes et d’hommes de qualité
  • Portez une attention particulière au financement (comment financer son entreprise, comment croître de manière organique et saine).
  • Connaître ses limites, c’est un parcours qui est particulièrement difficile, il faut savoir ce que l’on est prêt à endurer ou non. Par ailleurs on peut participer à une aventure entrepreneuriale sans porter le projet : en apportant du financement, ses compétences etc.

COMMENT BIEN CHOISIR SA STRUCTURE D'ACCOMPAGNEMENT ?

Mon premier conseil serait d’échanger avec les entrepreneurs sortant de la structure afin de savoir comment se portait leur entreprise à l’entrée puis à la sortie. Il faut également chercher à savoir si la structure d’accompagnement a eu un vrai impact sur l’entreprise. Il faut ensuite voir si la structure propose des réelles méthodologies sur lesquelles s’appuyer. Dernière chose et non des moindres, savoir s’écouter, et suivre notre intuition. L’incubateur est un peu comme votre deuxième famille, mieux vaut avoir un bon feeling et une bonne relation avec celui-ci.

UN MOT POUR NOS LECTRICES SOUHAITANT ENTREPRENDRE ?

Osez ! Osez réaliser vos projets, vous le méritez. Il y a énormément de choses à accomplir, et nous avons besoin de toutes les énergies, de toutes les forces pour réaliser des choses. Si d’autres personnes peuvent le faire, vous aussi !

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