Gladys Anoh, fondatrice de la marque de savons noirs Oyemi

Une touche-à-tout

Gladys Anoh, fondatrice de la marque de savons noirs Oyemi

© Gladys Anoh

jessica brou
Écrit par Jessica
Publié le 09 novembre 2017 à 07h00

Une touche-à-tout

Gladys Anoh est une entrepreneure ivoiro-sud-africaine qui fait renaitre de ses cendres le savon noir africain naturel. Entretien avec une femme touche à tout.

Peux-tu nous raconter ton parcours ?

Tout d’abord je tiens à remercier ELLE.CI de nous offrir cette belle opportunité. Je suis co-fondatrice de la marque de Savon Noir Doux OYEMI qui se veut être la marque de savon noir ouest-africain par excellence. Par ailleurs, je poursuis une carrière professionnelle et je m’essaie également à l’Art (photographie et peinture). Je suis ivoiro-sud-africaine née à Abidjan où j’ai fait obtenu un BAC A1 me permettant de poursuivre des études supérieures aux Etats Unis. Après l’obtention d’un double Master II en Economie et Relations Internationales, j’ai entamé ma carrière professionnelle dans la ville de New York, NY. Après plusieurs années à l’étranger et le désir ardent se faisant, c’est en fin 2012 que je rentre en Côte d’Ivoire contribuer à l’essor du pays. Depuis lors, j’exerce dans une entreprise de la place tout en poursuivant mes ambitions entrepreneuriales.

« Ayant fait mon Bachelor et mon Master aux Etats Unis, j'ai été inconsciemment imprégnée par cette culture de l'entreprenariat, d'explorer, de pousser ses limites, la culture du vouloir mieux faire ! »

Ton passage aux États-Unis a t-il influencé ta démarche d'entreprendre ?

Le fait que j'aie été aux États-Unis y est pour beaucoup car c'est un environnement propice à l'entreprenariat. Ils ont l'accompagnement bancaire et fiscal qui fait que tout entrepreneur quelque soit son âge puisse lancer son activité. Ayant fait mon Bachelor et mon Master aux Etats Unis, j'ai été inconsciemment imprégnée par cette culture de l'entreprenariat, d'explorer, de pousser ses limites, la culture du vouloir mieux faire ! C'est ce qui a contribué au fait que je sois multi dimensionnelle. Je suis une touche à tout qui essaie de se canaliser tout de même (sourire).

« J'ai re-découvert le savon noir ouest africain à New York dans un beauty shop. Ce moment a coïncidé avec cette phase de ma vie où je renouais avec mes origines.»

Comment es-tu arrivée au monde des cosmétiques naturels ?

Étant fan de cosmétiques, j'ai passé une bonne partie de ma vie à tester des lotions et des savons en tout genre. J'ai toujours été en quête du produit qui équilibrerait ma peau mixte. J'ai re-découvert le savon noir ouest africain à New York dans un beauty shop. Ce moment a coïncidé avec cette phase de ma vie où je renouais avec mes origines. Quand je suis rentrée dans ce beauty shop, je me suis dit pourquoi ne pas l'essayer pour mes cheveux et le corps ? Celui que j'ai acheté à New York était d'origine ghanéenne et ne portait pas de marque mais il était de bonne qualité. Á mon retour en Côte d’Ivoire, après plusieurs années de réflexion, j’ai ressenti cet "appel" de m’essayer à cette mission de "repositionner" le savon noir localement. Avec le soutien de ma mère, nous avons consulté une biochimiste afin d’apporter une valeur ajouté à l’existant. C'est alors que nous avons travailler sur une formule plus riche en beurre de Karité et en extraits de plantes qui nettoie en profondeur sans agresser la peau. idéal pour toute la famille.

OYEMI est une marque de savons noirs naturels, peux-tu nous en dire un peu plus sur ton approche ?

OYEMI Savon Noir Doux est une marque qui veut rassurer. Les clientes ont souvent affaire aux savons contrefaits, mélangés à des produits supposés "naturels" mais qui sont nocifs pour la peau. Ce qui fait que ce produit a eu mauvaise presse depuis plusieurs décennies. Je veux que le savon noir africain soit apprécié à sa juste valeur et qu'il retrouve sa place dans notre culture et nos gestes d'hygiène au quotidien.

Pourquoi OYEMI ?

Le savon noir ouest africain est connu pour ses vertus embellissantes sur la peau. C'est ainsi que, étant Agni, je me suis inspirée du mot Agni "Ogninmin" qui veut dire "c'est joli” pour dériver ‘OYEMI’ qui est plus adéquat pour une marque.

Comment définirais-tu OYEMI en quatre mots ?

Tradition, naturel, qualité et vertus.

Comment expliques-tu cette volonté de revenir aux produits naturels et traditionnels ?

Un certain nombre de personnes veulent retrouver cette harmonie avec eux-mêmes. J'associe cette volonté de revenir au naturel à un éveil. Cet éveil qui se concrétise par l'envie de retourner à l'essentiel, être minimaliste. D’autant plus que nous prenons conscience de la nocivité de certains produits à long terme sur la santé et l’environnement. Ces personnes sont dans une action préventive dans leur vie de tous les jours. Ça dépend des sensibilités.

Quelle utilisation de tes savons (à laquelle on ne pense pas forcément) nous recommanderais-tu ?

Traditionnellement, corps et cheveux. Il est utilisé pour les problèmes de cuir chevelu et les teignes chez les enfants et les problèmes de peau tels que la gale.
Un usage moins courant du savon noir est celui du rasage (hommes et femmes). Le savon noir, de par sa propriété anti-inflammatoire, s’avère excellent pour le rasage car il lutte efficacement contre les feux de rasoir et les poils incarnés.

Quel est ton chouchou parmi les savons Oyemi ? Et pourquoi ?

J’alterne entre celui à l’aloe, cacao, citron, miel et moringa mais si je devrais en choisir un ce serait le cacao pour faire honneur à la Côte d’Ivoire, 1er producteur mondial de cacao.

Comment arrives-tu à gérer ta vie professionnelle et entrepreneuriale en même temps ?

L'avantage avec OYEMI est que j’ai une assistante qui veille au bon fonctionnement des activités, notamment la gestion des commandes en ligne (Jumia et sur notre site web), le règlement des factures, les aspects de relation clients etc. Je peux donc me consacrer à ma vie professionnelle et en fin de journée, faire une halte au QG et faire le point de la journée.

Quels sont les challenges que tu rencontres au sein de tes activités ?

Les challenges sont essentiellement liés à la croissance. Nous sommes une start-up et nous faisons donc face au plus grand problème que rencontrent grand nombre des start-up à savoir : le financement. Nous évoluons sur fonds propres en espérant qu'une banque nous accompagnera une fois que la mayonnaise aura pris.

Quel avenir vois-tu pour OYEMI ?

Nous travaillons sur de plus gros conditionnements. On veut en faire une marque utilisée par toute la famille. On espère décliner une marque dédiée aux soins nourrissants pour la peau avec des huiles végétales nourrissantes.

« La photographie ou la peinture permettent d’exprimer mon aspiration pour une vie sociétale plus harmonieuse. C'est d'ailleurs ce qui m'a poussé à faire de l’économie du développement. J’aspire à la réduction des inégalités. »

Peux-tu nous parler de ta passion pour la photographie ?

Je suis autodidacte et donc je fais ce que bon me semble sans être figée. L’envie est née de ma tendance à rêver d’un monde plus juste offrant les opportunités a tous. La photographie ou la peinture permettent d’exprimer mon aspiration pour une vie sociétale plus harmonieuse. C'est d'ailleurs ce qui m'a poussé à faire de l’économie du développement. J’aspire à la réduction des inégalités. J'ai mis mon activité de photographe en stand-by mais je m’engage à reprendre incessamment. On verra où ça mènera.

Quel conseil donnerais-tu à une personne qui veut lancer une marque de cosmétiques ?

Je leurs conseillerai d’être méticuleux(ses) et organisé(es) dans le suivi organisationnel. Mais surtout d’avoir une vision claire et être engagés(es) à offrir des produits de qualité. Un autre conseil bien pratique : être suivi par un bon comptable. Sans suivi comptable, c'est difficile d'aller toquer chez une banque. Comment convaincre une banque de financer votre projet si vous n'avez pas un suivi comptable rigoureux ? Et prendre les choses au sérieux dès le début. Même quand on est une très petite entreprise, il faut faire les choses dans les règles de l’art.

Un mot pour la fin ?

Encore une fois merci ! C'est une aventure qui démarre et qui nous passionne. Nous sommes ravies de constater un réel engouement des consommateurs. Il nous impute donc de nous engager à fournir un savon de qualité qui répond aux besoins des consommateurs et un service client à la hauteur.