Femmes à suivre : Nathalie Coppeti, l'activiste du web ivoirien

L'activiste 2.0 mais pas que

Femmes à suivre : Nathalie Coppeti, l'activiste du web ivoirien

©Joana Choumali

jessica brou
Écrit par Jessica
Publié le 29 juin 2017 à 05h00

L'activiste 2.0 mais pas que

Si vous vivez en Côte d'Ivoire et que vous êtes actif sur Facebook, Nathalie Copetti vous est sûrement familière. Entretien avec l'activiste du web ivoirien mais pas seulement car ses combats vont au-delà du virtuel.

Vous êtes connue comme l'activiste du web "orange blanc vert"...notamment avec le groupe Police secours, d'où vous est venue l'idée de créer cette communauté qui rassemble aujourd'hui plus de 130 000 personnes ?

Il faut rendre a César ce qui est à César. Le créateur de "Police Secours" est Assane Coulibaly Keita. J'ai rejoint dès le début le groupe dont l'objet premier était de rapprocher les citoyens de leur police. Assane m'a fait appel au vu de mon expertise dans l'administration de gros groupes Facebook (notamment ODCI) [ndlr : Observatoire Démocratique de la Côte d'Ivoire], et la mise en place d'un cadre strict sur lequel "Police Secours" est basé afin d'y apporter toute la crédibilité qui font aujourd'hui son succès. Aujourd'hui, le groupe "Police Secours" répond à toutes les attentes sécuritaires de nos concitoyens (incendie, accident, administratif, arnaques...). Nos partenariats avec la CIE [ndlr : Compagnie Ivoirienne d'électricité] et la SODECI [ndlr : Société de distribution d'eau de Côte d'Ivoire] nous permettent de remonter les informations sur des dysfonctionnements dans la rue.

Avez-vous toujours été aussi impliquée dans la vie citoyenne ? D'où cette implication puise t-elle son origine ?

Un grand OUI. Á 18 ans déja, j'investissais mon petit salaire ridicule dans la construction de petits dispensaires dans les villages du côté d'Azaguie et Agboville. Venant du monde de la communication, j'avais imaginé un système de sponsoring de salaire par les entreprises afin de prendre en charge le salaire des sages femmes exerçant dans nos dispensaires. Nous avons ainsi fait descendre la mortalité en couche et infantile. Je dois être née "solidaire".

« C'est une question de passion et d'engagement. Je ne me lasse pas d'aider les autres. »

Comment arrivez-vous à gérer au quotidien cette popularité sur le web ?

Je ne la "gère" pas. Ça vient tout seul. Je viens à peine de me rendre compte que plus de 6000 personnes me suivent sur Facebook. J'essaye toujours de rester dans les lignes que je me suis fixées. Dénoncer ce qui me parait loufoque sur des sujets différents. J'aime les gens, j'essaye de m'exprimer pour ceux qui n'osent pas. "Police Secours" nous prend énormément de temps chaque jour, et ce de jour comme de nuit. C'est une question de passion et d'engagement. Je ne me lasse pas d'aider les autres.

Pendant les mutineries, vous avez animé vos comptes et groupes sur les réseaux sociaux. Quelles difficultés rencontrez-vous dans ces moments de crise ?

Quand il y a des situations d'urgence comme celles vécues dernièrement, il faut garder la tête froide, prendre de la hauteur sur les infos qui nous parviennent et la priorité, pour que les membres du groupe se sentent rassurés de savoir qu'on est là pour les lire, les écouter au besoin en inbox. Heureusement nous sommes une équipe d'Admins soudée. Nous nous relayons sur le groupe, et échangeons énormément ensemble.

« J'ai besoin d'être connectée pour aider les autres sinon je culpabilise (on ne se refait pas). »

N'avez-vous pas envie de déconnecter parfois ?

Je déconnecte de temps en temps si la situation est calme, mais j'ai besoin d'être connectée pour aider les autres sinon je culpabilise (on ne se refait pas). Beaucoup de demandes d'aide nous sont faites en privé et souvent ce sont des cas soit urgents, soit graves, on ne peut pas aller se coucher quand quelqu'un est désespéré.

Vous vous êtes lancée dans un projet agricole 100% bio "le comptoir bio de Nath". Pourquoi avoir choisi l'agriculture, de surcroit bio ?

Je suis passionnée de permaculture, d'agro-écologie et de nature. Je milite pour une préservation sans faille de notre terre, la seule qui peut amener a l'auto-suffisance alimentaire et économique. Ici, en côte d'Ivoire, les gros groupes vendent des pesticides à des gens qui souvent, ne savent pas lire et les légumes que les populations mangent sont en majorité surdosées en pesticides du fait du non respect des dosages et manque de formation.

Manger bio, consommer LOCAL mais SAIN à prix raisonnable, voilà mon leitmotiv. Le comptoir Bio est un groupe Facebook ou, avec mon amie Muriel, nous proposons par livraison des légumes bios, poulets et oeufs bios, chaque semaine. Nous cultivons et élevons du côté d'Azaguie. Je mets un accent particulier à informer mes amis sur les dangers des OGM et des pesticides. Ça éviterait bien des décès prématurés...

Quelles sont les challenges que vous relevez dans ce projet ?

Le projet principal est de créer une ferme-école pour des jeunes Ivoiriens de toutes les régions du pays,afin de les accompagner à mettre en place leur propre exploitation. Nous sommes aussi en train de produire des légumes pour créer notre propre banque de semences bios et être autonomes pour, à terme, pouvoir fournir ces semences bios aux jeunes que nous formerons.

Vous avez joué dans la série Chroniques Africaines, avez chanté à un concert (et l'avez organisé), êtes restauratrice pour ne citer que ça...Comment parvenez-vous à jongler entre toutes vos activités ?

Jouer et chanter sont plutôt des loisirs qui me permettent de m'aérer la tête. Ça ne pèse pas sur mon quotidien. Mon activité principale se situe maintenant au Sweet Garden dont j'ai repris la partie restauration avec mon ami Abass Zein depuis février. De temps en temps, un retour au consulting en événementiel quand on me fait appel.

Quelles sont les causes qui vous tiennent le plus à coeur ?

Impossible pour moi de faire un choix et de répondre a cette question. Tout ce qui est solidaire, l'écologie, la défense du droit des femmes, la sécurité routière.... Mais il y a tellement de causes qui me tiennent à coeur.

Quelles sont les personnes qui vous inspirent le plus ?

Je n'ai pas vraiment de "modèle". J'essaye de me faire confiance et quand je doute, j'échange avec mes jeunes amis comme Edith Brou, Cyriac Gbogou...

Votre leitmotiv ?

Laisser une trace positive de mon passage sur terre avec en priorité notre pays la Côte d'Ivoire.

Un mot pour la fin ?

"Ensemble on est plus fort".