Femmes à suivre : Inna Modja, la sœur de toutes les femmes

 “Une fille à fille”

 Femmes à suivre : Inna Modja, la sœur de toutes les femmes

© Benyto Press

Lafalaise Dion
Écrit par Lafalaise Dion
Publié le 15 décembre 2018 à 17h05

 “Une fille à fille”

Actrice, poétesse, activiste, actrice, féministe, auteur, compositeur, interprète, Inna Modja chante pour les femmes, elle parle pour défendre leurs droits, elle se bat pour l’égalité des genres, pour l'indépendance des femmes dans la société. Inna Modja, c’est une jeune femme engagée. C'est la sœur de toutes les femmes à travers le monde. Surtout celles en proie à une société oppressante. Dans cette interview, elle livre sans détour ses passions, ses combats, ses grands rêves.

Auteur compositeur, poétesse, chanteuse, modèle, activiste, actrice, féministe…. Qu’a t-on oublié de mentionner à votre sujet ?

Pas grande chose, parce que j’essaie de consacrer du temps à tout ça. Modèle, plus trop, je le fais vraiment que pour des amis, des membres de ma famille ou pour les créateurs que j’aime. J’aime mettre en valeur la mode, Africaine. Et je pense que je vais répondre : “Femme, amie”. J’aime bien passer du temps avec mes amies, rencontrer de nouvelles personnes. Je suis très sociable et pour moi, la chose la plus importante, c’est de rester connectée avec les gens.

Comment arrive-t-on à s’engager dans toutes ces activités quand on a une seule vie ?

On prend le temps, on le crée. Quand on a vraiment envie de faire quelque chose, on le crée le temps. Ça ne laisse pas beaucoup de temps pour dormir ou pour une vraie vie privée. Mais je me dis autant profiter. J’ai de l’énergie, je n’ai pas encore d’enfants, donc je fais tout ce que j’ai envie de faire. J’essaie aussi de m’engager dans des causes qui me tiennent à cœur parce que j’aime utiliser ma plateforme pour mettre en avant les gens. Surtout les femmes et filles, parce qu’on est dans un monde où encore aujourd'hui, on a beaucoup de chemins à faire pour les droits des femmes. Et puis au quotidien, ce n’est pas juste une chose d'être féministe et de revendiquer des grandes idées. Le féminisme, c’est plutôt qu'est-ce qu’on fait au quotidien pour les filles, pour les femmes. Comment on les valorise ? Comment on les aime ? C’est ça qui est important.

S’il vous arrivait d’en choisir une seule entre toutes vos passions, ce serait laquelle ? Pourquoi ?

La musique ! La musique, c’est ce que je fais depuis que je suis adolescente. J’ai commencé depuis mes 14 ans. Je pense que sans la musique, je ne peux pas vivre. C’est une partie de ce que je suis. C’est mon identité.

Avant de pouvoir arriver à faire toutes ces choses, aujourd'hui, vous avez bien évidemment commencé quelque part. Comment du Mali, on devient LA It-girl en France ? Racontez-nous en quelques lignes votre voyage.

J’ai commencé à Bamako avec comme mentor Salif Keita. Après, j’ai eu plusieurs mentors Cheick Tidiane seck et aujourd'hui Oumou Sangaré. J’ai commencé avec un rêve, un grand rêve, celui de devenir une artiste. Je voulais que la musique soit ma vie, mon métier. J’ai bossé. Je savais que le chemin était long, mais je me suis focalisée sur ce but-là. Et puis, quand je suis arrivée en France pour mes études, j’ai commencé à écrire pour les autres parce que je n’avais pas le temps de me consacrer à moi-même. Et aussi parce que je ne me sentais pas prête. Petit à petit, j’ai commencé à me faire un nom en tant que compositrice et j’ai fini par faire mon album.

Je pense que, quand on se donne, quand est vrai, on montre son identité telle qu’elle est vraiment sans rentrer dans une case, on sort du lot. Soit, on t'aime ou on ne t’aime pas du tout, au moins on te remarque. Ça dépend des gens, ça ne dépend pas de toi. Tu donnes tout ce que tu as à donné, soit on te le rend ou pas, et moi j’ai eu beaucoup de chance.

À quel moment avez-vous décidé de prendre la responsabilité de porter la voix des femmes, de vous battre pour elles ?

Quand j’avais 19 ans ! Quand j’avais 19 ans, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose. Je venais de découvrir ma propre excision. Je me suis dit, il n’y a rien à faire pour moi. Qu’est-ce que je peux faire pour les autres et aussi pour ne pas rester avec cette colère ?  Je me suis engagée pour les petites filles, pour ne pas que cela puisse leur arriver. Ça permet de mettre l’énergie ailleurs au lieu de garder la rancœur et finir aigrie.

Quels ont été vos premières batailles ?

Mes premières batailles étaient de faire comprendre aux gens, les conséquences de l’excision sur le corps d’une femme et sur sa santé. Que ce soit au quotidien, pendant la grossesse, etc. Il y a de vraies conséquences. Moi, je me suis faite opérer. J’ai eu recours à une chirurgie réparatrice. C’était une autre bataille pour que les gens se rendent compte qu’il y a une solution. Moi, je n’en avais aucune idée. C’est en lisant justement par hasard le magazine ELLE chez mon médecin, que je suis tombée sur un article à ce sujet. Je me suis dit que ce n’était pas possible. Je n’avais aucune notion de la chirurgie réparatrice. J’ai décidé d’en parler pour que ces femmes dans mon cas, le sachent également.

Les plus grands combats de vos vies que vous avez gagné ? Ceux que vous continuez à mener ?

Je pense que chaque jour, on a de petites victoires, mais le chemin est tellement long qu’on ne peut pas dire qu’on a gagné. Pour moi, l'idéal serait que les femmes soient vraiment libres. Et la femme Africaine, est celle qui est le plus en difficulté dans le monde entier. En Afrique, on a du chemin à parcourir. Chaque victoire compte.

Pensez-vous que les conditions des femmes en Afrique se sont améliorées ces dernières années ?

Oui, ça s’est amélioré mais il y a encore beaucoup à faire. Je vois de plus en plus de femmes entrepreneures, des femmes qui se lancent dans leurs projets sans peur et c’est un énorme pas. Moi ce que je dis tout le temps aux femmes que je rencontre, c’est ceci : “Ton destin dépend de toi. Tu peux venir d’un milieu difficile, d’un milieu où personne ne croit en toi, ou on te dit rien est impossible, mais si tu crois en toi, si tu as une vision, fonce ! N’écoute pas les gens. Si moi, j'écoutais les gens, je n’aurais rien fait.”

Votre souhait pour les femmes dans le monde ?

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Qu’on se rende compte de notre valeur et qu’on arrête de perpétuer certaines choses nous-même au nom du patriarcat. Qu’on arrête de vivre au nom de la société, surtout qu’on se serre les coudes. Ensemble, on se fera mieux entendre. Moi, je le dis, je suis une fille à fille. J’aime avoir des amies, des sœurs parce que je pense qu’ensemble ça marche. On devrait arrêter de se faire des compétitions, des rivalités inutiles. Tant qu’on sera divisées, on n’avancera pas.

Ces femmes qui vous ont inspirées ?

Je commencerai par Miriam Makeba, qui pour moi est notre Jeanne d’arc. Se battre contre l'Apartheid comme elle l’a fait, tout en tant faisant une musique inspirante, en étant la femme élégante avec la personnalité qu’elle était, c’est incroyable. Après, il y a Nina Simone qui pareil, s’est battue à sa façon pour que les femmes Afro-américaines soient représentées dans la musique, leur donner une dignité. Quand elle a commencé, les Afro-américains n’avaient pas le droit de se produire dans certains endroits. Elle s’est battue pour ça. Aujourd'hui, il y a des femmes comme Oumou Sangaré qui sont des féministes à travers leur musique. Il y a tellement de femmes !

Celles que vous inspirez aujourd'hui ?

Moi, j'aime bien me voir comme une sœur parce qu’il n’y a pas d'âge pour inspirer. Mais j'espère que j’incite les filles à vivre leur vie à fond et surtout, je leur souhaite d'être qui elles ont envie d'être sans s’excuser auprès de la société, sans demander la permission.

Votre mantra ?

J’en ai plusieurs, mais c’est “vas-y !” Que tu sois fatiguée, que tu sois, triste, n'arrête pas d’avancer. Il faut tracer son chemin.

Vous souhait pour les femmes en Afrique ?

Mon souhait, c’est qu’on ait une bonne place dans la société.

Les femmes au Mali ?

Pour les femmes au Mali, je souhaite l’éducation avant tout. Quand je vois certaines filles qui déjà à 16 ans ne parlent que de leur envie de se marier, je me rends compte de tout ce qu’il y a à faire encore…. Je n’ai rien contre le mariage, mais pour moi, l’éducation avant tout. Ma mère m’a toujours dit que mon premier mari était LE travail. Elle disait : “Si tu as un travail, tu seras indépendante, tu auras toujours ton mot à dire chez toi, dans la société”.

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