Femmes à Suivre : Flora Coquerel, la miss audacieuse

Oser pour réussir !

Femmes à Suivre : Flora Coquerel, la miss audacieuse

© stephane Kone PhotogrAfrik

Lafalaise Dion
Écrit par Lafalaise Dion
Publié le 27 janvier 2018 à 11h47

Oser pour réussir !

Miss France 2014, 3e dauphine Miss Univers en 2015, mannequin, entrepreneure, fondatrice de l’association Kelina, à seulement 23 ans, Flora Coquerel a accompli tant de choses que l’on ferait toute une vie grâce à ce qu’elle appelle “L’audace”.

Quelle vie après la couronne ? Quels projets en cette nouvelle année ? Quelle femme est-elle devenue aujourd'hui ? Quel regard sur la mode en Afrique ?

Elle a répondu à toutes ces questions à l’occasion de son séjour en terre ivoirienne pour le tournage de “Wax In The City”.

Interview avec une des plus belles femmes de France…. De l’univers !

Miss France 2014, troisième dauphine miss Univers en 2015, qu'est-ce que ces belles expériences t’ont apporté ?

 

 

 

Ça m’a énormément apporté. C’est vraiment difficile de le décrire et pourtant ça fait déjà quelques années que c’est passé. Miss France a été assez inattendu parce que je ne pensais pas participer à une édition de miss un jour dans ma vie et encore moins à la gagner. J’ai passé une année hyper riche, beaucoup de voyages. C’est même le point fort de mon année en tant que Miss France. La création de kelina en 2014 a donné un sens à tout ce que je faisais, à mes déplacements ; j’avais un message à passer qui intéressait vraiment les gens. Ensuite, Miss univers, c’est arrivé l’année suivante en 2015, et ça a été un moment d’épanouissement en tant que femme. J’y suis allée en me disant que c’était le moment d’en finir avec les complexes de jeunes filles et s’assumer pour porter haut les couleurs de mon pays. Il fallait essayer d’aller plus loin pour son pays et pour ceux qui nous soutiennent. Et je me suis dit que j'allais tout donner et ça m’a beaucoup apporté. On apprend à se présenter, à s’assumer, s’affirmer surtout à cet âge-là. J’avais 21 ans à l’époque et ce n’était pas toujours évident.

Le maître-mot de tout ça, c’est vraiment oser. Ça m'a montré qu’en osant, on peut arriver à ses fins.

 

 

Après Miss France, comment as-tu vous vécu la transition ? Loin des projecteurs, comment cela s’est passé pour toi ?

 

 

 

Très bien ! Et n’oublions pas, Miss France un jour, Miss France toujours ! En plus aujourd’hui avec les réseaux sociaux, la relation avec le public nous suit. Á la fin de mon mandat, j’ai décidé de reprendre mes études. Je suis retournée à l’école en 2015 et j’ai obtenu mon diplôme en commerce international. Après ça, j’ai décidé de mener à bien mes projets. Je me suis dite “j’ai 20 ans, j’ai envie de tout faire, c’est le moment de foncer”. C’est ce que je fais, je me suis lancée. Et voilà, comme tout le monde, on a des moments de doutes, mais je suis assez contente pour l’instant. Je fais du mannequinat même si avec les diktats de la mode sont très difficiles aujourd’hui, mais petit à petit, j’ai forcé la porte, j’essaie de me faire une place, c’est plutôt pas mal. Comme j’ai fait du commerce international, j’ai voulu développer mes propres projets. Je travaille sur le projet de ma marque de cosmétiques depuis pas mal de temps, mais il est un peu en stand-by avec le tournage du documentaire en ce moment.

 

 

« Je n’ai pas peur. Et dans la vie, on ne nous apprend pas à accepter l'échec. Et c’est pour ça qu’on n’ose pas. Moi, je me dis, ce n'est pas grave, j’y vais ! »

 

 

 

Mannequin et entrepreneure, peux-tu nous en dire plus sur tes activités après Miss France ?

 

 

 

Au départ - tout comme Miss France - je me disais que le mannequinat n’était pas fait pour moi et finalement ça me plaît de faire des défilés et des photos. Je suis plus faite pour les photos par rapport à mon profil.

Au début, je me disais que c’était un milieu assez difficile et quand on est métisse, on est parfois confrontée à de dures réalités, mais il faut foncer et quand on arrive à ouvrir la porte, il faut y mettre le pied pour laisser les autres passer. C’est ce que j'essaie de faire. Cette année, je vais partir à New-York toute seule dans le mois de mars pour rencontrer des agences et tenter ma chance. Si ça marche tant mieux, dans le cas contraire, ça me fera des vacances. Je n’ai pas peur. Et dans la vie, on ne nous apprend pas à accepter l'échec. Et c’est pour ça qu’on n’ose pas. Moi, je me dis, ce n'est pas grave, j’y vais !

 

 

Quant à l’aspect entrepreneurial, je crée plusieurs concepts comme celui de la marque de cosmétique. Comme j’ai beaucoup voyagé, j’ai eu la chance de découvrir de nombreux secrets de beauté complètement différents. On n'utilise pas les mêmes choses en Afrique, au Brésil, aux Etats-Unis, même en France. C’est pourquoi j’ai pensé cette marque de cosmétique qui regroupait tous ces secrets de beauté là. Et je pense qu’elle sortira un jour. Quand ? C’est difficile de le dire parce que je suis toute seule et cela demande beaucoup d’investissements financiers ce qui est très difficile à récolter.

« Pour moi, avoir de la notoriété et s’en servir que pour sa personne, ça n’a aucun sens. »

Tu es notamment une femme engagée, tu as créé Kelina depuis quelques années. Peux-tu nous parler-nous de ton engagement humanitaire. Quels sont les projets pour Kelina cette nouvelle année ?

Il y a eu plusieurs étapes. La première, c’est par mon éducation. Ma mère est Béninoise et mon père français. Mon père est parti au Bénin pour un projet agricole, il y a rencontré ma mère puis ils sont rentrés ensemble en France pour s’y installer. Á partir de là, ils ont continué à avoir des projets au Bénin dans le domaine agricole puis dans tout ce qui touche à l’éducation : construction d’écoles, parrainages scolaires, bibliothèques et autres… Du coup, j’ai grandi comme ça et c'était naturel pour moi de me rendre au Bénin pour voir ma famille et continuer ce qu’ils ont commencé. Je savais qu’un jour, j’allais prendre le relais de mes parents, mais ce n’était pas planifié. Ensuite, leur association a eu beaucoup de ralentissements dans son fonctionnement. Et il y a eu Miss France, je me suis dit que c'était le moment de porter ce projet. En tant que Miss France, on avait l’opportunité de faire les plateaux, faire le tour du monde trois fois. Donc c’est quand même dommage de ne pas avoir de projets à porter.

Pour moi, avoir de la notoriété et s’en servir que pour sa personne, ça n’a aucun sens. Je trouve qu’on est dans une société où on ne voit pas plus loin que le bout de son nombril et c’est compliqué parce que si on veut faire avancer les choses, il faut partager, aider son prochain. J’ai la chance d’avoir mes parents qui m’aident dans ce projet. Et mon premier projet, c’était la construction d’une maternité au Bénin dans le village de ma grande-mère. Dans une zone rurale qui en a énormément besoin. On essaie de faire pleins de choses comme des sacs à vendre pour récolter les fonds. Là, on a fait des pulls avec une marque qui s’appelle “La Brigade de l’Amour” qui est commercialisée sur leur site. On souhaite ouvrir la maternité en 2019. Pour l’instant, c’est bien parti.

Tu sembles notamment très attachée à l'Afrique, tu arbores souvent des tenues en pagnes africains et Hollandais. Quel est ton regard sur la mode en Afrique, sur son évolution ?

C’est assez drôle parce que c’est en grandissant que j’ai voulu adopter les tissus africains, même les pagnes hollandais. Pour moi, c’est une manière de me réapproprier mes origines tout en étant à Paris. C’est super important pour moi. J’essaie de travailler avec des créateurs à Paris comme Bazara Pagne, et au Bénin comme Nanawax. Là, j’ai passé la journée avec Elie Kuame, Loza Maléombho. C’est vraiment important pour moi. En tant que personne public, ça me permet d’exposer à ma petite communauté ce qu’on a de beau en Afrique. Aujourd’hui, on voit de grands créateurs qui commencent à utiliser des tissus Africains. Donc la mode africaine fait partie de l’industrie mondiale de la mode. Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est qu’on arrive à faire des coupes modernes avec des pagnes tissés.

Et justement, tu conduis un projet dans ce sens. C’est même ce pourquoi nous avons l’honneur de te rencontrer. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

C’est un documentaire qui s’appelle Wax in the City. J’ai été contactée par un réalisateur qui s’appelle Elie Séonnet qui m’a vu à l’élection de Miss France 2016. J’étais dans le public et j’avais porté une robe Nanawax avec un imprimé bogolan. Il s’est dit que ça pouvait convenir à son projet parce que c’était rare de voir une fille revendiquer ses origines par ses vêtements. Il le dit, le Wax, on le voit partout aujourd’hui, mais qui sont ces créateurs ? Ces marques qui cartonnent aujourd’hui ? Á qui ça profite réellement. Á la base ce n’est pas Africain, c’est une technique Indonésienne qui a été copiée par les Hollandais qui l’ont commercialisé en Afrique. C’est une longue histoire derrière. On va aussi à la rencontre de créateurs qui disent ne pas utiliser le wax parce que ce n’est pas Africain. Ils refusent donc que la mode en Afrique soit assimilée au pagne hollandais. On ira à la rencontre des artisans du pagne tissé. On va commencer sur cette tendance du pagne wax pour finir sur une mode africaine multiple et plurielle. Et ça me permet de beaucoup voyager. On a été à la Fashion Week au Sénégal, ensuite chez moi au Bénin pour rencontrer des créateurs. Là, on est en Côte d’Ivoire, ensuite, on part au Burkina Faso et après, on ira en Hollande, en Belgique. C’est super enrichissant comme aventure. “Wax in the City” sortira au printemps prochain sur la chaîne Paris Première en premier diffuseur puis TV5 Monde, ELLEgirl et Trace TV.

Et comment t’en sors-tu puisque c’est ta première expérience dans ce domaine ?

 

 

J’avais un peu peur parce que je me disais que je ne suis pas journaliste. Mes questions ne sont pas toujours super nettes. Et c’est exactement ce qu’on recherchait pour ce projet. C’est un documentaire dans lequel je m’exprime librement. Je peux dire ce que j’aime ou quand je n’apprécie pas quelque chose. C’est une véritable conversation avec les créateurs.

Quel est le plus beau conseil beauté conseils que tu donnerais aux femmes africaines aujourd'hui ?

Être naturelle. Pendant trop, longtemps, l’Afrique a perçu les codes de beauté occidentaux comme des standards. Et je pense que c’est un tort qui doit être effacé. Heureusement aujourd’hui, on a de grandes figures qui montrent que le cheveu crépu est beau, que le cheveu bouclé l’est également. Que la peau noire ébène est belle. Il faut vraiment s’assumer. Après, si on a envie de se lisser les cheveux par moment, on le fait ça ne veut pas dire qu’on n’apprécie pas ses cheveux naturels. Pour moi, la beauté est tellement subjective.

Une citation qui te définit assez bien ?

Elle est de Mandela. J’ai été élue miss peu de temps après son décès ? Et c’est vrai qu’à ce moment-là, on voyait beaucoup de citations de lui dans les médias. Le jour de mon élection, j’ai reçu le message d’un proche qui m’a dit que cette citation de Nelson Mandela lui faisait penser à moi. Elle disait : « Cela paraît impossible jusqu’à ce qu’on le fasse. »

Et ça m’a beaucoup parlé. Tout simplement parce depuis petite, lorsque je me retrouvais confrontée à des difficultés, je me rétractais en me disant que cela n’était pas fait pour moi. Même pour les choses les plus banales comme le baccalauréat, le permis, le concours Miss France. Et en fin de compte, j’ai tout réussi. Je me dis que quand on se donne les moyens de réussir, il n’y a pas de raisons qu’on ne puisse le faire. Tout est possible.

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