Femme à suivre : Yehni Djidji, l'amoureuse des mots

Une passionnée de littérature

Femme à suivre : Yehni Djidji, l'amoureuse des mots
Écrit par ELLE.CI
Publié le 24 mars 2017 à 10h30

Une passionnée de littérature

D’où vous vient votre amour pour la littérature?

J’ai eu la chance d’avoir des parents qui offrent des livres et une sœur, avec qui j’ai fréquenté pratiquement les mêmes écoles, qui adorait lire. Elle a contribué à maintenir la flamme allumée. Á force de lire j’ai eu envie d’écrire à mon tour et l’aventure a véritablement commencé en classe de 4e où j’ai écrit mon premier ouvrage “potable”.

Quel plus la littérature a-t-elle apporté à votre vie ?

La littérature m’a permis d’avoir une grande ouverture d’esprit sans avoir beaucoup voyagé. Elle m’a aussi permis d’améliorer mon écriture, écriture qui est le socle de mes activités génératrices de revenus aujourd’hui. La plupart des prix que j’ai remportés, des postes que j’ai occupés en entreprise, ou même des opportunités financières que j’ai eues, sont étroitement liés à la littérature.

Pour ceux qui l’ignorent, dites-nous en quoi consiste LIVRESQUE ?

Livresque est depuis 2013 un événement littéraire qui se tient tous les deux mois. On reçoit un auteur avec lequel on discute. Il y a des moments de lecture, de slam. Les participants s’échangent des livres entre eux et font du networking autour d’un cocktail. On agrémente aussi Livresque avec de la musique live ou des contes. Depuis 2016 Livresque est aussi le nom de mon Agence littéraire. Nous accompagnons les personnes désireuses de concrétiser un projet d’écriture au format papier, numérique ou audio.

Livresque 0

Photo de groupe à l'occasion de la 19ème édition de Livresque

Comment vous est venue l’idée de Livresque ?

Livresque en tant qu'événement m’est venu après avoir rédigé un article proposant des pistes pour intéresser nos jeunes à la lecture en s’inspirant du succès de l’industrie de la musique. Quelqu’un m’a dit « écrire c’est bien mais pourquoi tu ne mettrais pas en œuvre ce que tu proposes ? ». Je me suis lancée.

L’agence qui organise maintenant l'événement était une suite logique pour formaliser mes activités puisque toutes les actions que je menais en faveur du livre étaient réalisées de façon informelle. Je n’avais pas d’existence juridique.

Vous venez de sortir un livre de coloriage, quelles ont été vos motivations ?

 Je voulais m’adresser aux enfants et aborder une thématique liée à nos cultures africaines. J’ai pensé à un livre de coloriage valorisant nos tenues traditionnelles parce que l’enfant peut ainsi manipuler le livre, se l’approprier, y apporter sa marque, le personnaliser. Il se sent plus concerné et peut apprendre en s’amusant. L’engouement des parents pour l’ouvrage m’a montré que j’avais touché un point sensible.

Livrecolo

Quels sont selon vous, les défis de la littérature en Côte d’Ivoire ?

Les défis sont liés à la promotion du livre et à la vente. Comment commercialiser les ouvrages et avoir un chiffre d’affaire qui permette de penser à long terme. Comment augmenter la fréquentation des librairies en dehors de la période scolaire et mieux, faire sortir le livre de ces édifices pour qu’il aille au contact de la population là où elle se trouve.

Quels sont vos projets à venir ?

 Je prépare le tome 2 du livre de coloriage et des livres de conte.

Vous êtes entrepreneure, blogueuse, épouse, maman et tout ça moins à de 30 ans, comment parvenez-vous à conjuguer vos différents rôles ?

Ce n’est pas toujours facile de tout gérer mais Dieu fait grâce. Ça demande beaucoup d’organisation et il n’y a malheureusement pas de schéma prédéfini. C’est au quotidien qu’on essaie de se bonifier.

En dehors de la littérature, dans quoi pourrions-nous retrouver Yehni Djidji ?

On peut me retrouver dans l’industrie du cinéma. Je suis scénariste et j’ai par la force des choses joué deux petits rôles dans des productions. Je suis aussi passionnée par la couture. J’ai déjà cousu plusieurs tenues pour moi, dont une pour le mariage de ma sœur aîné qui a été  appréciée.  Mais je n’ai pas encore eu le temps de creuser dans ce domaine.

De tout ce que vous avez accompli, de tous les prix que vous avez reçu, à ce jour, quel est ce dont vous êtes le plus fière ?

La vie est tellement difficile pour les femmes qu’on doit souvent choisir entre nos rêves professionnels et notre vie de famille. Ma satisfaction est de réussir à gagner des prix, à me réaliser professionnellement tout en arrivant à avoir une vie de famille épanouie. Mon mari y est pour beaucoup et je l’en remercie.

Quel est votre leitmotiv ?

On a qu’une vie, personne ne viendra la vivre à notre place.

Si vous deviez donner un conseil à nos lectrices, quel serait-il ?

Osez vivre vos rêves. Osez donner vie à vos idées. Tirez des leçons de toutes vos expériences et persévérez jusqu’à atteindre votre objectif.

 «Plus encore, m’inspirent ces femmes anonymes qui au quotidien essaient de rendre leur entourage meilleur à petites doses.»

Quelles sont les femmes qui vous inspirent ?

J’apprécie le parcours et l’intelligence de Chimamanda Ngozi Adichie, une écrivaine nigériane. J’aime la constance de Régina Yaou qui n’a cessé d’écrire et de produire depuis son entrée dans le monde littéraire. J’aime le charisme de Michelle Obama qui a su porter son mari au sommet de l’Etat le plus puissant du monde et l’accompagner valablement tout le long du voyage. Plus encore, m’inspirent ces femmes anonymes qui au quotidien essaient de rendre leur entourage meilleur à petites doses. Elles n’attendent pas l’Etat pour aider les orphelins, recueillir des bébés abandonnés, scolariser des enfants en milieu défavorisé, nourrir les enfants de la rue, former les jeunes, être la voix des sans voix.

Quel est le livre qui vous a le plus marqué et pourquoi ?

Difficile de choisir. Il y en a énormément. « L’autre moitié du soleil » de Chimamanda Ngozi Adichie a élevé mes aspirations en termes d’écriture. La façon dont elle a su retranscrire la guerre du Biafra à partir de simples recherches est incroyable. « Le grand masque a menti » de Atita Hino m’a impressionnée et est un des incontournables que je conseille à tous ceux qui veulent tenter la littérature ivoirienne. Ce mélange entre la tradition, la puissance de son écriture et la force des ses descriptions est un vrai régal. « 100 euros pour lancer son business » de Chris Guillebeau m’a donné de bonnes pistes pour mon entreprise… Comme je l’ai dit il y en a tellement.

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