Entretien Avec Yilian Canizares, chanteuse aux influences afro-cubaines

Musique  et Afrodescendance !

Entretien Avec Yilian Canizares, chanteuse aux influences afro-cubaines

© Yilian

Lafalaise Dion
Écrit par Lafalaise Dion
Publié le 05 Juillet 2018 à 21h25

Musique  et Afrodescendance !

Chanteuse depuis la naissance, pianiste, violoniste, compositrice, Yilian Canizares est une jeune chanteuse cubaine virtuose de la musique. Très influencée par l’Afrique, l'Afro descendance, la mode, les couleurs, le soleil, son héritage, elle s’est livrée à la rédaction lors de son séjour à Abidjan dans le cadre du festival de l’Émoi du Jazz. Son premier voyage en Afrique qui a marqué son âme. Elle nous raconte.

 

 

 

 

 

 

A 7 ans, vous jouez déjà le piano, le violon, vous êtes née musicienne !

 

Oui absolument ! Et même avant 7 ans, j’ai commencé à chanter à l'âge de trois ans. Tout de suite, j’ai toujours été dans l’univers de la musique. La musique pour moi, c’est comme respirer.

 

 

 « Mes jouets, c’étaient mes instruments ! »

 

 

Comment vit-on avec les autres enfants de son âge, les études, quand on est une jeune surdouée dans la musique ?

 

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Le plus dur, c’était de voir des enfants de mon âge jouer alors que moi, j'étais en train de répéter. Beaucoup de gens ne comprenaient pas. Ils pensaient que c’était une sorte de torture pour moi. Pour moi, ça n’a jamais été une obligation. J’aimais passer du temps avec mes instruments. Et je savais aussi que pouvais arriver à atteindre mon but en travaillant. C'est la seule différence qu’il y avait entre moi et les autres enfants. Parce que mes jouets, c’étaient mes instruments. Pour les études, il n’y a pas eu de problèmes. Vous savez à Cuba, on a un programme très bien construit qui nous permet de faire les deux choses en même temps. Le matin, il y avait au programme des cours comme la littérature, les sciences, les mathématiques. Et l’après-midi était réservé à l’apprentissage de la musique.

 

 

 

 

 

 

 

 

A quel moment vous vous rendez compte que vous êtes faites pour une carrière professionnelle dans la musique ?

 

Il n'y a pas vraiment eu de moment, c’était tout un cheminement. J’ai toujours su que j’allais faire de la musique. Je me sentais toujours très à l’aise sur scène, comme si j’étais chez moi. Pour moi, c’était évident que je le fasse un jour. J’ai toujours été exigeante avec moi-même. J’ai voulu apprendre, apprendre, me perfectionner pour donner le meilleur de moi. Dans ce métier, il faut toujours s'améliorer.

 

 

Avez-vous un souvenir de votre première montée sur scène ?

 

C’est un moment que maman m’a raconté. J’étais très jeune, je devais avoir entre 3 ans et 4 ans. Elle m'emmenait à des concerts et je ne la laissais pas en profiter. Je voulais toujours monter sur scène et je ne cessais pas de le lui répéter. Et, une fois, elle m’a envoyé chez une dame qui avait un groupe et qui travaillait avec les enfants. Elle est partie la voir pour lui dire qu’elle souhaitait qu’elle me fasse passer un test pour voir si j’avais réellement du talent. Elle l’a fait  et a dit à ma mère que j’étais absolument faite pour la musique. C’est elle qui m’a fait monter sur scène et je lui dois beaucoup.

 

 

Quelles ont été vos influences musicales ?

 

La musique africaine, la musique Afro-Cubaine et la musique Afrodescendante. Je considère qu’en tant que Cubaine, je suis une fille de l’Afrique. Je suis aussi influencée par la musique classique parce que j’ai fait de la musique classique dans mes études. Je suis aussi influencée par le Jazz. Je suis une artiste ouverte. J’écoute le Hip-Hop, le Rap, l'électro. Beaucoup de styles différents et après, je ne me pose pas beaucoup de questions sur ce que je dois faire. Je laisse sortir ce qui doit sortir.

 

 

Vous vous voyez un jour changer de registre ? Vous diversifier ?

 

 

Pour moi, la musique correspond à ce que je vis, je ressens. Par exemple, j’ai enregistré un album cet été dernier, c’est la première fois que j’ai mis de la musique électro dans ce que je faisais parce que j’en avais envie en ce moment-là. C’est une musique moderne, plus percutante. C’est ce qui est important pour moi.

 

 

« [...] l’Afrique a semé des graines un peu partout et nous allons continuer à faire des fleurs avec ces graines. »

 

 

 

Parlons de votre nouvel album, dans quelles conditions l’avez-vous préparé ?

 

 

Je l’ai écrit assez vite en deux mois seulement. Il aura douze titres et ce qui est très beau, c’est que pour moi, c’est un retour aux sources avec des musiciens qui sont tous d’une façon liés à l’Afrique. Le bassiste est de la Mozambique, le guitariste Haïtien, il y a donc cet héritage africain… Pour moi, c’est un disque qui raconte comment l’Afrique a semé des graines un peu partout et nous allons continuer à faire des fleurs avec ces graines.

 

 

Vous chantez notamment en Yoruba, ce qui nous amène à se demander quelle est l’influence de l’Afrique dans votre musique, dans vos compositions ?

 

 

 

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Elle est énorme ! Pas seulement du point de vue musical, mais aussi culturel et spirituel. Je me sens très liée à mes racines. Je sens que mes racines viennent d'ici. Mes ancêtres viennent d'ici. C’est la première fois que je suis en Afrique. Dans la terre de mes ancêtres, je me sens réellement connectée à mon héritage. Toutes ces influences sortent au moment de chanter, composer.

 

 

 

 

 

« [...] le rôle d’un artiste [...] ce n’est pas seulement monter sur scène et faire quelque chose de beau, mais c’est de transmettre un message. »

 

 

 

 

 

Les artistes qui vous inspirent ?

 

Omar Sosa avec qui je dois bientôt sortir un disque. Miriam Makeba, Nina Simone, Stéphane Grappelli, Chucho Valdez. J’ai beaucoup d’influences. Mais ces gens que je cite là, ils m'inspirent non seulement pour la musique, mais aussi pour leur engagement et le message qu’ils transmettent. Et pour moi, c'est ça le rôle d’un artiste. Ce n’est pas seulement monter sur scène et faire quelque chose de beau, mais c’est de transmettre un message.

 

 

 

Vos plus belles collaborations à ce jour ?

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Je vais à nouveau vous parler d’Omar Sosa parce que c’est celle qui m’a beaucoup marquée beaucoup. Richard Bona du Cameroun qui est un artiste que j’adore et avec qui j’ai eu la chance de partager la même scène plusieurs fois. Et toutes mes autres collaborations. Pour moi, chaque collaboration est importante.

 

 

Un grand moment de scène que vous avez vécu ?

 

L’Émoi du Jazz ! Partager la même scène que Wèrè Wèrè Liking. Et je dois dire mon séjour en Haïti où j’ai vécu un grand moment sur scène. A chaque fois que je suis sur scène avec de grands artistes comme Richard Bona, Omar Sosa, ce sont des grands moments.

 

 

 

Dans la même veine, de l’Afrique et ses influences, quel est votre rapport à la mode ?

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J’adore ! Je trouve qu’il y a une créativité et un potentiel extrêmement fort ici. J’aime beaucoup dépareiller le wax, le textile Africain avec des vêtements occidentaux comme le jean. J’aime beaucoup le regard des créateurs Africains sur leur propre héritage. On montre que l'Afrique est puissante, créative, ancrée dans les racines et loin des clichés. C’est-à-dire qu’on arrive à faire des choses avec la tradition qui reste moderne. J'adore les couleurs. Les enfants du soleil comme moi, on adore les couleurs même en hiver. C’est tout simplement incroyable !

 

 

 

« On dit que l’Afrique, c’est l’avenir. Moi, je dis que ce n’est pas l’avenir, mais le présent. C’est déjà en train d’arriver. »

 

 

 

Votre lecture personnelle de la mode en Afrique ?

 

 

 

La mode est montée en puissance ! Je pense à des designers comme Maxhosa que j'apprécie et qui est très respecté en dehors de l’Afrique. Des gens qui ont réussi à changer les regards extérieurs sur la mode en Afrique. Ça m’enchante de voir que ce n’est plus une ou deux personnes, mais c’est tout plein de nouveaux créateurs. On dit que l’Afrique, c’est l’avenir. Moi, je dis que ce n’est pas l’avenir, mais le présent. C’est déjà en train d’arriver.

 

 

 

 

 

 

Des créateurs Africains avec lesquels vous collaborez ?

 

 

 

J’ai déjà été habillée par Maxhosa et souvent Stella Jean qui mélange Afrique et créolité. Moi, j’achète très souvent des tissus tissés que je fais coudre.

 

« [...] avant d’entendre ma voix, mon public me voit, c’est donc important qu’avant même qu’il ait une note vocale, qu’il ait déjà une information en me voyant. Et cela, c’est à travers mon look. »

 

 

Pour le choix de vos tenues sur scène, comment vous vous y prenez ?

 

 

 

 

 

 

Pour moi, c’est très important. Les gens pensent que c’est superficiel mais non, la mode transmet un message sur qui on est, et nos valeurs. Et je pense que quand on est une femme noire, nous devons mettre en avant notre beauté, sublimer cette magnifique peau qu’on a. Quand je monte sur scène, avant de chanter, avant d’entendre ma voix, mon public me voit, c’est donc important qu’avant même qu’il ait une note vocale, qu’il ait déjà une information en me voyant. Et cela, c’est à travers mon look.

 

 

Comment décririez-vous votre style vestimentaire ?

 

 

 

 

 

Je dirais qu’il est un mélange entre des éléments ethniques, Africains, Afrodescendants avec des éléments occidentaux. Faire des combinaisons qui ne sont pas toujours évidentes.

 

 

 

Prêt-à porter ou haute-couture ?

 

Un peu des deux. La haute-couture est magnifique. C’est de l’art. Et le prêt-à-porter, c’est charmant quand c’est fait avec le coeur.

 

Un vêtement que vous chérissez le plus ?

 

Une robe de Stella Jean en imprimé pagne wax dans des coupes modernes. Cette robe pour moi est exactement tout ce que je transmets à travers ma musique.

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Un accessoire de beauté qui ne vous quitte jamais ?

 

 

 

 

 

Mon Eye Liner ! (rires)

 

 

 

 

 

Une routine beauté pour être au top sur scène ?

 

Bien dormir, boire de l’eau, faire du peeling du visage avec du miel.

 

 

« On a toujours le choix de choisir entre l'amour et le mépris. Il faut toujours choisir l’amour ! »

 

 

 

 

Votre leitmotiv ?

 

 

L’amour ! Il faut cultiver l’amour ! Il faut donner l'amour de toutes les façons possibles. A travers la musique sur scène. Dans nos rapports avec les autres. Quand on est guidé par l’amour les choses sont tellement plus simples, plus belles. On a toujours le choix de choisir entre l'amour et le mépris. Il faut toujours choisir l’amour !

 

 

 « Je rêve de jouer un jour avec Angélique Kidjo ! »

 

 

 

 

 

Votre plus grand rêve musical ?

 

J’ai beaucoup de rêves ! Le fait d'être venue ici, c'était un rêve, pouvoir jouer en Afrique. J'espère que ca se fera très souvent. Je rêve de jouer un jour avec Angélique Kidjo !

 

 

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