Elles l’ont fait : Alexia de Bruchard et Aya de Cauville, une entreprise de mères en filles

Aya de Cauville, un esprit de famille

Elles l’ont fait : Alexia de Bruchard et Aya de Cauville, une entreprise de mères en filles

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Lafalaise Dion
Écrit par Lafalaise Dion
Publié le 24 octobre 2018 à 18h12

Aya de Cauville, un esprit de famille

En 2005, après des études de management en France, Alexia de Bruchard et sa mère rentrent en Côte d'Ivoire pour reprendre la bijouterie du grand-père situé dans le quartier des affaires au Plateau. Très vite, la bijouterie prend des allures d’un atelier de couture. Piquées par l’amour du design, la mère et la fille y développent un commerce de boubous qui finit par s'élargir pour devenir une marque de vêtements. Découvrez Alexia de Bruchard et Aya de Cauville, l'entreprise qui prône l’esprit familiale.

Pourquoi Aya de Cauville ? Quelle est la petite histoire derrière ?

Pour commencer, je dois préciser qu’Aya de Cauville, c’est quelque chose que je ne fais pas seule, je travaille avec ma mère. Au départ, mon grand-père avait une bijouterie que ma mère a reprise. Depuis que je suis née, je suis dans l’univers du design. C’est ma mère qui dessinait les modèles pour son père. J’ai grandi au milieu des bijoutiers, des clients, dans la boutique qui était au Plateau.

Après mes études, je suis rentrée 2005 en même temps que ma mère. Le magasin était grand, on a décidé de l’agrémenter en confectionnant des boubous, parce qu’en rentrant, on s’est rendues compte que toutes les familles s’habillaient dans cette tenue. C’était la mode.

Nous avons commencé ainsi, on a eu de bons retours de la part de la clientèle. Nous avons réalisé que nous étions en train d’aller vers une ligne de vêtements, et là, il a fallu lui trouver un nom. Tout ce qu’on faisait était toujours porté sur le mélange, le métissage. Nous sommes également issues d’un métissage (mon grand-père était français et ma grande mère originaire de la ville de Bouaké), et ce métissage transparaissait dans ce qu’on faisait. Alors on s’est dit qu’il fallait trouver un nom autour de notre histoire. Aya, c’est le prénom ethnique de ma mère bien qu’il ne soit pas sur son acte de naissance. Mon grand-père lui s’appelait Philippe Goubert De Cauville. De Cauville étant notre nom, nous l’avons utilisé pour former le nom de la marque : Aya de Cauville.

Racontez-nous vos premières années…

Les premières années, on a commencé timidement, sans nom, sans marque en 2006, c’est vraiment à la fin de l’année 2008 que nous avons décidé de lancer officiellement la marque. Au début, l’atelier était dans le même local que celui des bijoutiers. C’était un grand espace. Nous avons commencé petit. Quand nous avons fermé le local, l’atelier a été délocalisé chez moi à la maison ainsi que les tailleurs. Quand on s’est lancées en 2009, cela a coïncidé avec l’ouverture de l’espace Ettyka. On y faisait du dépôt-vente. On participait aussi à des expositions dans le cadre des Fêtes de Noël, des mères. C’est ainsi que nous avons commencé les premières années.

En 2011, pendant la crise post-électorale, ma maison a été pillée. Nous avons été forcées de faire une pause. Nous n’avions plus de stocks, plus de machines, plus rien du tout. C’est en 2012, que nous avons tout recommencé sur la terrasse de ma mère avec un tailleur qui venait tous les lundis pour nous ramener le travail qu’il avait effectué. C’est ainsi que nous avons recommencé le travail jusqu’à ce qu’on trouve le local actuel dans lequel nous avons aménagé en janvier 2014. C’est là que nous avons vraiment commencé.

Qui est la cliente d'Aya de Cauville ?

C’est une femme qui s’assume quel que soit son âge. Elle est éclectique. Nous ne faisons pas encore de vêtements pour les hommes, mais nous y travaillons pour la prochaine collection.

Vous êtes moins présente au niveau des évènements de mode en Côte d’Ivoire, est-ce une stratégie de communication ?

Ce n’est pas un choix. L’occasion ne se présente pas souvent. Je ne veux pas critiquer la mode ivoirienne, mais malheureusement en Côte d’Ivoire la mode est régie en clan. Toute le monde n'a pas sa chance. Je trouve cela dommage parce qu’on se rend compte qu’on voit les mêmes personnes qui présentent les mêmes choses. Pourtant, il y a une multitude de gens qui ont des talents qui gagneraient à avoir cette exposition. A notre niveau on essaie de  travailler sur la communication de la marque. Nous faisons avec ce que nous avons. C’est un processus qui est long, mais nous allons y arriver.

Vous êtes mère de trois enfants, femme au foyer, chef d’entreprise, quel est votre secret pour tout concilier ?

Je concilie avec facilité. L’atelier est à Marcory, je vis en zone 4, les enfants fréquentent un établissement à côté de la maison, donc  ça me permet d’être avec eux à midi et revenir à temps pour le travail. Ils savent que pendant des périodes comme les fêtes de fin d’année, je suis occupée.

Vous utilisez souvent votre fille pour vos différentes campagnes, êtes-vous en train de la préparer à faire son entrée dans le monde de la mode ?

Elle ne se prépare pas à intégrer la mode. J’ai toujours demandé aux membres de ma famille pour poser pour moi. Au départ, c’était mes petites sœurs. Elles ont dû partir après le baccalauréat et celle qui était là, c’était ma fille. Quand elle est disponible, elle pose pour la marque. Je le fais également quand je peux. Elle trouve ça fun et c’est de son âge.

Envisage t-elle une carrière dans la mode ? Si oui, qu’en pensez-vous ?

Non, elle n’a pas envie d’une carrière dans la mode, en tout cas, pas pour le moment, elle ne m’a rien dit. Mais comme je lui dis avec mon expérience, je l’encourage à faire ce qui lui conviendra. Dans notre famille, nous avons une fibre artistique, donc si elle veut s’y orienter qu’elle le fasse, mais la seule condition, c’est qu’elle soit la meilleure.

Quelles sont vos aspirations en tant que créatrice de mode ?

Nous souhaitons vraiment nous tourner vers le marché extérieur, travailler des matières qui nous correspondent plus. Travailler nos propres tissus, faire moins de wax.

On a pu apercevoir récemment sur Instagram que vous prépariez un nouveau projet, une nouvelle collection ? Pouvez-vous nous en toucher quelques mots ?

Nous travaillons sur une nouvelle collection mixte depuis deux ans, si tout se passe bien, elle sera disponible en avril 2019.

Retrouvez l'interview vidéo 'Elles l'ont fait' d’Alexia de Bruchard dans l'émission Les Maternelles d'Afrique sur TV5 Monde Afrique le samedi 27 octobre à 12h (Dakar et Abidjan).

 

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