ELLES L'ONT FAIT : Clenne Mouangou de la finance à l'Agrobusiness

J'entreprends dans un milieu masculin. 

ELLES L'ONT FAIT : Clenne Mouangou de la finance à l'Agrobusiness
Écrit par ELLE.CI
Publié le 31 mars 2019 à 16h00

J'entreprends dans un milieu masculin. 

Nombreuses sont les femmes talentueuses dans ce monde. Nous nous sommes associés à TV5 MONDE afin de vous faire découvrir chaque semaine des profils de femmes africaines ambitieuses et audacieuses mises en lumière par le programme Femmes d'Afrique en action produit par Onyx Consulting et diffusé par TV5 MONDE. Consultez le portrait vidéo ici et découvrez en plus sur le profil inspirant de Clenne Mouangou ci-dessous.  

Qui êtes-vous ?

Je suis Clenne Mouangou, née à Brazzaville au Congo, directrice de C.M Agrobusiness, une entreprise qui fait de la production de viande de porcs.

J’ai quitté le Congo à l’âge de deux ans pour la France, où j’ai effectué tout mon parcours scolaire jusqu’à l’obtention d’un master en Finance de marché.

À la suite de cela, j’ai travaillé dans de nombreuses banques de la place telles que BNP Paribas, Société Generale, HSBC... Après plusieurs années, je n’étais plus épanouie dans mon activité. Je n’avais plus la même motivation, je sentais que j’étais à un tournant de ma vie professionnelle, j’ai alors pris la décision de retourner au Congo et tenter l’aventure.

C’est ainsi que j’ai débuté l’activité d’élevage porcin en Janvier 2015 à Linzolo (20km de Brazzaville) avec uniquement quatre femelles et un mâle. Aujourd’hui, le cheptel est d’environ 150 porcs.

Au mois de Mai 2017, j’ai reçu un trophée de l’EAF (Entreprenariat au Féminin) dans la catégorie Entrepreneur du monde. Et en septembre, j’ai également était primée du trophée coup de cœur de l’OFAD (Organisation des femmes Africaine de la Diaspora). Ces deux récompenses sont une marque de reconnaissance, un juste retour de mon travail et de ma détermination. Je me rends compte aujourd’hui que j’ai l’obligation de ménager aucun effort pour réussir et être, pourquoi pas, un des leaders féminins de l’agroalimentaire de mon pays.

 

Quel a été votre déclic pour changer de vie ?

Après plusieurs années dans le domaine de la finance, je n’étais plus épanouie dans mon activité, j’avais atteint le plafond de verre, j’avais alors décidé de rentrer. Une décision qui a été motivé par de nombreux séjours qui ont suscité en moi un besoin viscéral de me réaliser professionnellement dans mon pays d’origine.

Je voulais m’investir dans un domaine où je pourrais être utile à ma communauté mais je n’avais pas encore d’idée précise. L’idée de la ferme est partie d’une anecdote, en effet, à chaque retour à Brazzaville on me demandait si j’avais apporté des saucissons secs et c’était récurrent. J’ai alors fait le constat qu’il y avait une forte demande en viande de porcs et que la production ne correspondait pas à la demande.

Mon ambition est le développement de mon activité, à travers l’intégration d’autres élevages et la transformation pour valoriser et produire différents types produits.

 

Vous évoluez dans un milieu à dominante masculine. Comment s’est passée votre introduction en tant qu’entrepreneuse dans l’agrobusiness ?

Le fait d’entreprendre dans un univers à dominante masculine est un challenge quotidien. L’introduction n’a pas été facile, j’ai dû me battre pour être considérer et je persévère encore afin de changer les mentalités.

En effet, lorsque je me présentais en tant que promotrice d’une exploitation porcine, je n’étais pas prise au sérieux, car mes interlocuteurs ne s’arrêtait que sur le physique et ne me voyait pas de la sorte, certains pensaient que j’étais juste une image marketing de la ferme, j’en ai fait rire certains, d’autres ne me croyaient pas.

Mais dès lors que je racontais mon histoire, les attitudes changeaient, je devenais intéressante de par mon parcours et je voyais alors des regards ébahis. Je dois avouer que dans ce genre de moment, je ressens une grande satisfaction à l’intérieur de moi, ce qui me booste encore plus et augmente ma détermination.

Cependant, face à tous ces préjugés, je me dois de réussir dans ce domaine, c’est un défi personnel que je veux absolument relever !

 

Quelles ont été les difficultés rencontrées ? Comment les avez-vous surmontées ?

Lorsque l’on décide d’entreprendre on est conscient que l’on fera face à des difficultés mais dont on ignore souvent l’intensité, alors entreprendre dans un domaine qui nous est complètement inconnue au début est un véritable défi. J’ai préféré dès le départ, m’entourer de personnes qualifiées pour mener à bien mon activité. Recruter les bonnes personnes, former la bonne équipe n’était pas une affaire facile, trouver les personnes aussi motivées que nous et qui pourront nous aider à concrétiser nos rêves.

En ce qui me concerne, n’ayant jamais travaillé dans le domaine agroalimentaire, j’ai acquis les connaissances nécessaires par différents canaux grâce à ma passion pour ce secteur d’activité, j’ai su relever le défi par mon dynamisme, ma rigueur, et une grande envie de réussir.

 

Quelles sont les qualités selon vous pour entreprendre ?

Je pourrais citer de nombreuses qualités pour entreprendre, mais je vais essayer de me limiter à trois vertus. Je dirais qu’il faut être déterminé car la détermination est la clé de la réussite.

En effet, lorsqu’on est déterminé on est focalisé sur son objectif, rien ne peut nous arrêter, on arrive à surmonter les obstacles et les freins qui se dressent sur notre feuille de route, car tout ce que l’on veut c’est atteindre notre but. La détermination est telle que l’on met toutes ses chances de notre côté pour réussir, c’est elle aussi qui nous pousse dans nos derniers retranchements, car en cas d’échec, elle nous aide à se relever et à recommencer.

La seconde qualité est le courage car il faut avoir le courage de commencer, dans certains cas on décide d’abandonner une activité salariale et se lancer dans l’inconnue, il faut du courage pour sortir de sa zone de confort, et d’oser faire ce que souvent on ne se croit pas capable de faire.

La troisième qualité est qu’un entrepreneur doit être sociable et avoir une grande ouverture d’esprit. En effet, il doit pouvoir avoir le contact facile pour créer et développer son réseau et

se créer un carnet d’adresses. En effet, c’est à travers son réseau que l’on rencontre les bonnes personnes, que l’on trouve le bon contact, les bonnes informations. En tant qu’entrepreneur, on a souvent tendance à négliger ce côté, qui est pourtant 

En tant qu’entrepreneur, on a souvent tendance à négliger ce côté, qui est pourtant très important pour le développement de l’activité.

 

Quels conseils donneriez-vous aux femmes souhaitant se lancer dans l’entreprise ?

Le conseil que je donnerai aux femmes est tout d’abord d’avoir confiance en elle, croyez-en vous, car vous êtes capable, ne vous laissez pas étouffer par les doutes et les paroles négatives. Osez, lancez vous, n’ayez pas peur, même si les choses peuvent paraitre difficiles, ne baissez pas les bras, si vous sentez que vous allez abandonner, alors chercher un soutien. Soyez déterminée dans votre activité même si les résultats ne sont pas ceux escomptés, cultivez la persévérance, le pragmatisme et une forte capacité d’adaptation aux situations méconnues qui surviendront certainement.

Mettez à profit vos qualités et vos passions, ayez l’audace de vous lancez, car il n’y a pas de meilleure satisfaction que la réussite personnelle. Quelle fierté de regarder tout le travail accomplit, tout le chemin parcouru truffé d’obstacles surmontés et de se dire avec une grande satisfaction « C’est moi qui ait fait tout ça !!! »

Alors encore une fois, « Osez, osez donner vie à un projet qui n’était jusqu’ alors que sur papier ou dans la tête ».

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