Céline Victoria Fotso, interview d’une “digitale Guru”

Les femmes dans le digital !

Céline Victoria Fotso, interview d’une “digitale Guru”

© Studio Doula

Lafalaise Dion
Écrit par Lafalaise Dion
Publié le 19 avril 2019 à 11h27

Les femmes dans le digital !

 

En 2009, en créant le compte Facebook Je Wanda, pour la promotion de sa marque T-shirts, la jeune Céline Victoria Fotso était loin de s’imaginer qu’elle posait les premières pierres de ce qui allait devenir 10 ans plus tard une des plus grandes communautés digitales en Afrique de l’Ouest. En 2019, à la veille du 10e anniversaire de son média, la  “ digitale guru” qu’elle est devenue, revient sur ses premières années, ses entreprises et ses perspectives dans une interview exclusive.

 

Nous avons recueilli ses propos au cours de la troisième édition des Adicom Days à Abidjan, où elle intervenait en tant que speaker.

 

Pouvez-vous, vous présenter à nous ?

 Je suis Céline Victoria Fotso CEO et fondatrice de “Je Wanda” Magazine qui est un site de tendances et de divertissement. Je suis une seriale-entrepreneure, passionnée de relations humaines. Je suis un esprit créatif qui essaye d’assouvir cette nécessité de créer à travers des projets dans le digital. Bientôt, cela fera 10 ans que j'évolue dans le digital. J’ai acquis énormément d'expérience en la matière. J’ai beaucoup à partager de cette aventure.

 

Parlons de votre aventure dans le digital, comment a-t-elle commencé ?

 Elle a commencé dans la mode. Je suis Designer à la base. J’ai fait une école de commerce, après l’obtention de mon diplôme, j’ai décidé de m’orienter vers la mode parce que je voulais créer une marque. Je me suis dit qu’il fallait que j’aie les rudiments nécessaires. Voici comment je fais une formation de designer à l'Académie Internationale du Design à Montréal. Je Wanda commence dans la mode pourquoi ? Parce qu’elle commence par une marque de t-shirts un peu couture avec des designs. C’était ça le projet initial. Pour en faire la promotion, je faisais des soirées “Je wanda Party”, et puis, j’ai créé la page Je Wanda pour faire la promotion de ces soirées. Je voulais réunir du monde pour les tenir informés à chaque mise en vente de nouveaux t-shirts. La page a été créée en 2009, et un an après au bout de 5 000 abonnés, j’ai créée Je Wanda Magazine.

 

Comment de la marque de t-shirts, vous vous retrouvez à créer un magazine un an plus tard ?

 C’est à la demande de nos abonnés. Ils disaient, “ Je wanda”, Facebook est petit pour toi, il faut que tu fasses un site”. Il faut le préciser, nous avons humanisé nos interactions avec les abonnés. Ils utilisent l’adjectif “ je” pour s’adresser à nous, comme s’ils s’adressaient à une personne physique.

 Donc, c’est suite à leur demande que je crée le site en 2010. Déjà sur la page, je partageais tout ce qui me faisait “wanda” sur l’Afrique (tout ce qui m’impressionnait en Afrique). Je relayais le travail des chanteurs, graphistes, créateurs de mode. Je partageais toutes mes découvertes. Je voulais que tout le monde découvre avec moi ces talents. Quand j’ai créé ce site, c’était pour partager davantage de contenus, parce que sur Facebook, les caractères étaient limités. On ne pouvait pas écrire de longs textes. Le site nous a permis d'étoffer les articles. Au bout de trois mois, nous sommes passés de 3 000 pages visitées à 80 000 pages visitées, sans publicités. Voici comment avec du contenu de mode, de la musique, le cinéma, la technologie, du people... Axés sur l’Afrique, nous avons lancé le média naturellement.

 

Le projet de la marque qu'est-il devenu finalement ?

Il a été mis de côté, mais pour les 10 ans du magazine, nous allons ressortir les t-shirts. Il y en a qui m’ont dit qu’ils avaient toujours nos t-shirts depuis 2009. C’est devenu des collectors (rires).

Je l’ai mis de côté parce que le média avait plus de potentiel dans la période où je me suis lancée. Et j'ai dit, la mode, on pourra la faire à un moment donné. Je pense qu’en ce moment, il y a quelque chose à modifier avec Je Wanda.

 

Présentez-nous Je Wanda en quelques lignes ?

 

 

Nous sommes un site de tendances et de divertissement. Nous mettons en avant les sujets de mode, de beauté, le cinéma, la musique, la technologie… Pour divertir une audience qui veut s'évader du quotidien. Mais à travers cela, ce qui nous tient à coeur, c’est mettre en avant des talents. Faire découvrir par le biais de nos publications, des talents. Nous voulons mettre en avant le génie Africain. Montrer au monde ce que nous faisons, parce que justement, avec Internet, il n'y a plus aucune barrière.  

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Après 9 ans, comment faites-vous évoluer aujourd'hui Je Wanda?

Nous avons Je Wanda décliné sur tous les réseaux qui réunit plus de 800 mille abonnés aujourd'hui. Nous faisons plus 15 millions de pages vues par an, sur toutes les plateformes confondues. Plus d’un million de pages visitées pour environ plus de 200 000 visiteurs par mois sur toutes nos pages. Avec le temps, j’ai développé d’autres communautés comme “la communauté Africaine des mamans modernes” qui est Mamy Muna, parce qu'à mesure qu’on avance, nous avons constaté que les modèles changeaient. Les mamans, aujourd'hui, n’ont plus les mêmes habitudes de celles d'hier. Les femmes, aujourd'hui, peuvent mettre du moulant quand elles sont enceintes. Elles montrent fièrement leur ventre. Elles continuent de travailler. Il me semblait important de créer un angle féminin à travers la maternité. Je pense que c’est un moment très important dans nos sociétés. Je ne voulais pas créer un énième site de beauté. Je voulais parler aux femmes, alors j’ai créé la plateforme pour les femmes et les mamans et également les papas qui ne sont pas exclus.

“Mamy Muna” est décliné sur Facebook, Instagram, Twitter, YouTube.

Pour rester toujours à l'écoute de notre audience, nous avons des petits groupes tels que “Réussir son allaitement”, “Grossir après son accouchement” ; “J'essaye de tomber enceinte”. Ces deux dernières thématiques que j’ai cité suscitent le plus d'intérêt. Nous recevons énormément de demandes dans ces groupes. Nous sommes dans une société où la femme va plus longtemps à l’école. Elle décroche un emploi et quelques années plus tard, elle réalise qu’elle n’a pas encore fondé de famille, elle n’a pas d’enfants. Biologiquement, cela devient compliqué. Ces sujets-là sont encore tabous malheureusement. Il fallait donc une plateforme où elles pouvaient se retrouver et s’exprimer entre elles. Moi, j’ai eu ma fille à 36 ans pas par choix forcément ; mais la vie en a décidé ainsi. Je voulais aussi montrer à travers ce nouveau projet qu’on pouvait être une femme entrepreneure, avoir 36 ans et un bébé. C’est un exemple pour les jeunes filles qui pensent qu’il faut faire un choix entre carrière et vie famille. Il n'y a pas de choix à faire. Elles peuvent concilier les deux. Ce n’est pas simple, mais nous sommes justement des superwomans, donc nous pouvons tout faire à la fois.

Comment-vous arrivez à tout concilier en tant que superwoman ?

Déjà, j’ai une très bonne nounou, ça, il faut le dire (rires) ! Mes parents sont là également. Ce sont beaucoup d’organisation, mais aussi de “ je fais ce que je peux”. L’avantage d'être entrepreneure, c’est avoir plus de temps. J’ai le temps de voir ma fille partir à l’école le matin, la voir revenir le midi. Quand je peux, je la dépose ou je pars la récupérer. Être entrepreneure, me permet d’être plus flexible et passer du temps avec ma fille.

En tant que seriale-entrepreneure, quelle est votre prochaine étape ?

Ca va être la célébration des dix ans de Je Wanda. J’ai commencé à réfléchir sur la célébration. Je pense que l’on va fêter toute l’année 2020. Nous allons sûrement faire un film documentaire. Nous le fêtons parce que nous ne l’avions jamais fait pour aucun anniversaire. C’est l’occasion de nous célébrer. C’est aussi pour envoyer un signal fort. Dire que c'est possible. Dix ans, ce n’est pas négligeable, surtout dans l’environnement dans lequel nous sommes. Dans le digital, au Cameroun, nous sommes encore à 10, 12 % de taux de pénétrations. Quand je commençais, nous étions à peine à 2 %.

10 années à faire grandir une entreprise dans le digital dans un pays où le taux de pénétration est à 10%. Comment avez-vous survécu ?

C’est la publicité principalement. Cette année, nous allons y ajouter la création de contenus. Parce que ça nous été très demandé. Au départ, je dirigeais les demandeurs vers d’autres entreprises. Je voulais vraiment me concentrer sur le média. Au fil des années, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de start-ups qui voulaient faire de la publicité pour leurs activités, mais n’avaient pas toujours les outils. Je me suis dit qu’il fallait qu’on se lance. Localement, les compétences se sont élevées. On peut désormais créer du contenu de qualité. Ce n’était pas vraiment le cas à l’époque où je commençais. Il a fallu parfois faire tout par soi-même. Donc “Je Wanda Creative”, c’est notre pôle de création de contenus. Et l’avantage d'avoir des communautés, c’est qu’on sait ce qui marche, ce qui plaît. Le but n’est pas d’avoir le contenu le plus sophistiqué, mais du contenu qui intéresse. On peut dépenser des sommes astronomiques, mettre tous les grands moyens pour produire un contenu qui ne va pa plaire à l'audience. Notre avantage ; c’est de pouvoir faire du contenu qui va marcher d’abord auprès de notre communauté, ensuite pour une communauté plus grande. Je pense que ce sera une nouvelle source de revenus. Nous avons déjà des clients.

Comment voyez-vous toutes vos entreprises dans 10 ans ?

C’est tout ce bilan que je suis en train de faire. Je vais passer toute cette année 2019 et sans doute l’année 2020 à réfléchir sur comment devront se passer les dix autres prochaines années.

Être là depuis 10 ans, nous a permis de voir des générations d'internautes. Et le challenge, c’est comment on évolue tout en gardant notre identité ? J’aurai cette réponse certainement l’année prochaine.

 

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