Caroline Hien, une entrepreneure pas comme les autres

Les confitures fait maison que vous allez adorer !

Caroline Hien, une entrepreneure pas comme les autres

©Carol's

Ines
Écrit par Ines
Publié le 19 mai 2017 à 13h09

Les confitures fait maison que vous allez adorer !

Caroline Hien est la nouvelle star de notre cuisine. Avec le label Carol’s, elle propose des confitures 100% locales et naturelles. Les saveurs sont plus surprenantes les unes que les autres. Nous avons rencontré cette femme courageuse qui a su, malgré la barrière de l’écriture et de la lecture, croire en son potentiel.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de créer votre marque ?

Au début, j’ai eu l’idée seulement parce que nous ne mangions que des confitures disponibles au supermarché à base de fruits européens. Je pense que le déclic est venu lors d’un voyage dans un village pas loin de Daloa. Il y avait tellement de mangues et je me suis dis “quel gaspillage”. Dans l’ensemble je trouve dommage que nous ne fassions pas plus avec notre richesse naturelle. Nous avons tellement de ressources, mais nous importons les tomates, les oignons, les pommes de terre, la confiture… Si je peux faire une petite contribution, je suis déjà contente.

Comment avez-vous démarré l’aventure Carol’s Confiture ?

De retour de voyage, j’ai commencé à faire des essais avec mon mari qui s’y connait. Puis, une amie Yasmine Ajame m’a donné la possibilité de participer au Salon du Tourisme Ivoirien en 2015. J’ai été étonnée par le succès, mais à partir de là nous avons décidé de faire un peu plus, de monter une structure. J’ai suivi une formation et gagné plusieurs prix locaux (prix du Patronat pour l’innovation, premier prix de la Fondation Total…). Cela m’a aidé à m’améliorer et à créer mon entreprise.

Plus jeune, quel métier rêviez-vous de faire ?

Dans ma jeunesse, il n'y avait pas de place pour les rêves.

Quel est votre parcours avant Carol’s ?  

Dans mon enfance j’étais servante et nounou pour les tatas de ma famille, après  coiffeuse dans un petit salon à Riviera Palmeraie. J’ai toujours voulu être indépendante. Après deux ans de relation amoureuse avec celui qui est aujourd’hui mon mari, on m’a convaincu de lancer Carol’s comme activité.

Jusqu'aujourd’hui, je ne sais pas bien lire, ni bien écrire. Souvent les gens se moquent que ce soit toujours mon mari ou quelqu’un d’autre de mon équipe qui réponde aux mails ou sur les réseaux sociaux. Les gens pensent souvent que c’est une blague et ne comprennent pas, mais c’est comme ça. Moi j’ai pour habitude de dire que je veux communiquer, et les autres l’effectuent.

Vos produits sont 100% naturels. Pourquoi est-ce important pour vous ?

Pour moi, c’est évident. Pourquoi trouvez-vous aujourd’hui toujours les produits chimiques dans les produits alimentaires ? Pour uniformiser le goût. Mais pour quelle raison uniformiser un goût qui est déjà riche de nature ? Il peut être différent par région ou par saison. La Mangue de 2016 ne peut pas avoir le même goût que la mangue de 2017. C’est ça que j’appelle « naturel ».

Á la mi 2016, nous avons pensé à une production semi-industrielle, mais après avoir vu des confitures en Bretagne. J’ai bien compris que ce n’était pas la quantité qui compte, mais plutôt la qualité. Et quantité et qualité ne sont souvent pas des amis.

La vision de Carol’s d’aujourd’hui n’est pas « une » production à grande échelle, mais plutôt de monter plusieurs productions de façon artisanale et optimisée dans différentes régions.  Pourquoi pas proche des plantations... Nous pensons global, et agissons localement. 

“L’échec est un orphelin, alors que succès a beaucoup de parents. Restez fidèle à votre équipe de départ et laissez les participer à votre succès.”

Quels sont les défis que vous devez relever au quotidien dans votre activité ?

Au niveau du travail j’ai une bonne équipe maintenant, mais cela n’a pas du tout été facile au début. Il faut booster l’équipe, faire comprendre qu’il est important de respecter les règles, transmettre le sens du service... ce n’est pas toujours évident. On essaie d’avancer dans le bon sens et toujours dans l’échange. Mais, mon plus grand problème est le « non dit » au quotidien. Les gens ne respectent pas leur parole, ne sont pas sincères dans leurs dires. Ils disent souvent « oui » tout en pensant le contraire et n’osent pas l’exprimer à voix haute.

D’après moi, beaucoup de choses ne sont pas adaptées aux défis d’une petite entreprise comme la mienne. Dans l’esprit de la plupart des gens une femme entrepreneure c’est une Tata bien habillée avec une grosse voiture et surtout avec une certaine allure, de l’arrogance. Cela me pose beaucoup de problèmes et est un combat au quotidien.  

Quel est l’aspect de votre activité que vous préférez le plus ?

La production, le développement des nouveaux produits et les promotions car je peux être en contact direct avec mes clients.  

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Vous avez remporté de nombreux prix. Quel message pouvez-vous donner aux jeunes femmes qui souhaitent entreprendre ou qui entreprennent ?

Restez fidèle à votre vision et à votre rêve. Soyez innovante dans ce que vous faites. Acceptez les échecs et les erreurs, car ce sont elles qui vous font comprendre et vous font avancer.

Ne vous laissez pas humilier par les faux amis et ne vous focalisez pas uniquement sur le gain. Ne vous comparez pas aux autres. Si les autres roulent dans des voitures, je suis toujours dans mon Gbaka [ndlr : véhicule de transports en commun] pour faire mes achats.

Travaillez toujours avec les gens qui ont un savoir-faire ou les compétences que vous n’avez pas. Restez fidèle à l’équipe de départ et laissez les participer à votre succès. Méfiez vous des faux amis qui viennent nombreux lorsque vous commencez à être « quelqu’un ».  L’échec est un orphelin, alors que succès a beaucoup de parents.

Vous avez maintenant plusieurs SARL...Pourquoi avoir eu envie de vous diversifier ?

Au début, Carol’s Confiture fait maison était une petite idée mais participer au Salon du Tourisme en 2015 a changé notre vision. Les visiteurs et les grandes surfaces réclamaient nos produits. Mais une fois que nous avons dit que les confitures étaient vraiment home-made, ils ont fait marche arrière. Il fallait avoir un agrément et gagner la confiance de nos clients. Nous avons amélioré la production et le conditionnement de la Confiture - bien conscients que ça allait prendre un certain temps - alors, nous avons monté “Carol’s Herbes et Épices” avec son produit phare :  la Poudre de Moringa. Carol’s est devenue une marque sur le marché local.

Au fur et à mesure, nous avons compris que l’investissement pour la Confiture est bien différent de celui d’Herbes et Épices - et plus lourd. Nous avons alors décidé de créer deux entreprises pour plus de transparence pour les investisseurs. Pour être franche, cela a été possible grâce aux prix que nous avions remporté et les bons conseils de la CEPICI. Nous sommes référencés en grandes surfaces mais restons fidèles aux magasins artisanaux, nos revendeurs de la première heure.

D’ailleurs, la prochaine sera « Carol’s Soins corporels ». Nous avons tellement de richesses en terme de matières première dans ce pays qui n’attendent que la transformation sur place !

“Le travail bien fait, de tout ton cœur et avec amour. Quand vous n’aimez pas, ce que vous faites, le résultat ne peut être bien”.

Comment vous voyez-vous dans quelques années ?

Souvent les structures locales ou organisations internationales se rapprochent de moi en disant que je suis un modèle pour les jeunes. Ils me demandent de partager mon parcours et mon expérience dans les conférences. Moi, je ne me sens pas du tout capable de partager ces deux ans en motivant les autres. Le parcours est douloureux et difficile. C’est souvent compliqué de garder le moral. Je me vois au milieu de mon chemin. Je n’ai pas encore atteint mes objectifs pour le moment.

Le jour où je parviendrai à faire de Carol’s une marque internationale et une référence pour les produits naturels venant de l’Afrique ; ce jour là, je pourrai parler.  

D’où vous vient l’inspiration dans le mélange des fruits de vos confitures?

L’inspiration me vient en travaillant. Quand je suis à l’atelier, les idées fusent. C’est aussi un travail d’équipe. Chacune est encouragée à donner son avis et ses idées. Souvent les idées viennent aussi de nos clients, de mes courses et de voyages. Nous n’avons pas le temps de suivre toutes les idées. J’ai encore beaucoup à faire !

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Nous adorons la confiture tomate gingembre à la rédac’, laquelle recommanderiez-vous le plus à nos lectrices ?

Je les aime tous et puis les goûts sont différents ! Mais c’est vrai, la Tomate - Gingembre est notre produit phare. Les saveurs d’Ananas et Mangue-Safran sont aussi très populaires. Je peux aussi vous conseiller les nouvelles saveurs de Papaye -  Papaye jaune et Papaye rouge -  faites avec des papayes cultivées en Côte d'Ivoire.

Quel est votre leitmotiv ?

Le travail bien fait, de tout mon cœur et avec amour. Quand vous n’aimez pas, ce que vous faites, le résultat ne peut pas être bien.

Quelles sont les femmes qui vous inspirent ?

Céline Dion. Tout d’abord, j’aime sa musique, et je me suis reconnue plus dans sa  relation avec son mari René. Et surtout, sa manière de travailler pour atteindre son but, de rester humble, et de ne pas se laisser abattre par les coups durs.  

Quelles sont vos passions ?

Depuis que j’ai été en France et en Turquie l’année dernière, je pense avoir une passion pour les voyages, les autres cultures, les savoir-faire… Le monde n’a pas de limites pas et j’ai envie de le découvrir.

Et pour finir, quelles surprises nous réservez-vous dans les prochains mois ?

Si je vous dis tout, ça ne sera plus une surprise. Mais je vous assure que nous travaillons toujours afin de sortir de nouvelles saveurs, de nouveaux mélanges de fruits avec des ingrédients inédits. Comme l’actuelle saveur banane-café, une inspiration qui vient d’André d’Ivoryblue. Mais nous testons aussi les nouveaux produits, comme les fruits secs ou la pâte de fruits. Le meilleur reste à venir.

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