Cinq discours de femmes qui ont marqué l'histoire africaine américaine

Inspiration

Cinq discours de femmes qui ont marqué l'histoire africaine américaine
Aurélie Kouman
Écrit par Aurélie Kouman
Publié le 18 juin 2019 à 16h30

Inspiration

Initié dans la Grèce antique, l’art du discours -ou éloquence- est un talent permettant de convaincre, émouvoir, et faire réfléchir son auditoire lorsque les mots, les gestes et/ou le ton de voix s’alignent et s’accordent de façon harmonieuse. Par le message qu’ils portent, certains de ces exposés d’idées réussissent à nous impacter, et dans nos mémoires peuvent demeurer certaines phrases poignantes pour nous accompagner à chaque étape de nos vies quotidiennes.
Voici donc une sélection de discours féminins inspirants.

Oprah Winfrey et la philanthropie, au Power of Women

Oprah

C’est avec sa présence scénique mythique que la présentatrice américaine esquisse une tirade de vingt-cinq minutes sur l’amour du genre humain après avoir reçu une récompense du magazine Variety au sein du déjeuner « Variety’s Power of Women » en 2015. Accueillie avec tous les honneurs pour son travail de charité au sein de sa propre association « The Oprah Winfrey’s Charity », la figure emblématique du talk-show américain revient sur ce qu’elle considère comme le pouvoir authentique : « Votre capacité à être en harmonie avec qui vous êtes, et ce que vous êtes censé.e.s apporter dans le monde ».

Dans son allocution sont également abordées les notions de récompense et d’héritage, qui selon elle, au lieu d’être représentées par des prix ou autres gratifications matérielles, se résument au « nombre de vies qu’il est possible de toucher et d’impacter dans nos actions quotidiennes ». Un hymne à l’amour du prochain qui se dessine dans chaque moment de son discours, plus particulièrement dans ces instants touchants où elle aborde ses difficultés financières endurées lorsqu’elle était enfant, ou encore ses jours passés en compagnie de Nelson Mandela dans la résidence du président à Qunu, petit village d’Afrique du Sud. C’est par ailleurs au sein de ce séjour qu’elle décidera de fonder la « Leadership Academy for girls » un lycée privé pour jeunes filles, situé à Henley-on-Klip, à une heure de Johannesburg.

La vérité indispensable selon Chimamanda Ngozi Adichie

Chimamanda Adichie

L’université d’Harvard -comme de nombreuses écoles prestigieuses américaines- a pour tradition d’inviter des personnalités publiques reconnu.e.s afin de clôturer ou d’ouvrir les promotions d’étudiants par des messages poignants. Steven Spielberg, JK. Rowling, Nathalie Portman, ou encore Marc Zuckerberg, nombreux sont ceux qui ont foulé l’estrade de la IVY League. En mai 2018, c’est à l’auteure nigériane Chimanda Ngozie Adichie à qui cet honneur revient.

L’écrivaine d’Américanah choisira comme thème sur la nécessité de dire la vérité, mais surtout de vivre constamment en celle-ci. Que cela soit dans la vie personnelle ou professionnelle, la vérité a une place importante: « Les plus grandes vérités sont celles que l’on doit se dire à soi-même. Il est difficile de nous dire la vérité sur nos échecs, nos fragilités, nos incertitudes, il est difficile de nous dire que nous n’avons peut-être pas fait de notre mieux. Il est difficile de nous dire la vérité sur nos émotions: peut-être que ce que nous ressentons est de la peine plutôt que de la colère, que le temps est peut-être venu de clore le chapitre d’une relation et de partir. Et pourtant, lorsque nous disons la vérité, nous en sommes mieux lotis », explique t-elle.

Un acte de courage important, notamment dans la société américaine et ses médias, qui ont besoin selon l’auteur, d’être dans une démarche d’honnêteté de l’information : « Changez les médias en Amérique, faites-en sur la vérité, pas sur le divertissement, pas sur le profit, mais sur la vérité ». L’auteur n’omet pas de mettre en garde les futurs diplômé.es de l’école sur les attentes de la société vis-à-vis d’eux : « Maintenant que vous êtes diplômé.é.s de Harvard, le monde fera des hypothèses sur vous, dont beaucoup seront à votre avantage, telles que les hypothèses de compétence et d'intelligence, les employeurs seront attentifs à votre CV lorsqu'ils verront le mot ‘Harvard’. Soyez assez courageux pour dire ‘je ne sais pas’. Cela pourrait être plus difficile à faire avec tout le monde qui vous appelle « Harvard », mais l'ignorance acceptée est une opportunité, l'ignorance refusée est une porte fermée. Il faut du courage pour admettre la vérité sur ce que vous ne savez pas ».

L’auteur terminera par un dicton issue de l’ethnie nigériane Igbo, dont elle est originaire, qui se traduit littéralement par : «À chaque réveil, c’est ta matinée. Ce qui compte, c’est que tu te réveilles ». Ainsi, de nombreuses choses étant encore à accomplir, chaque société a besoin de nouvelles personnes pour y laisser une marque positive, et chaque journée serait donc une opportunité inédite pour le faire.

Michelle Obama et son encouragement à la jeunesse américaine

Michelle Obama

C’est lors de la cérémonie du « National School counselor of the year » en 2017, que Michelle Obama donne son dernier discours en tant que première dame des États-Unis. C’est l’occasion pour elle de parler une dernière fois en tant que ‘first lady’ de l’éducation, un sujet qui lui tient à coeur et qui a fait partie, avec l’obésité juvénile, de ses luttes pendant toutes les années du mandat de Barack, son mari.

Elle ne manque donc pas de rappeler aux jeunes générations le besoin de s’éduquer, de rester confiants et de croire en leurs efforts fournis, peu importe les forces dissuasives extérieures : « Ne laissez personne vous faire sentir que vous ne comptez pas, que vous n’êtes pas importants, parce que vous l’êtes. Et vous avez le droit d’être où vous êtes ». L’avocate en profite également pour parler de liberté, et du besoin de se battre pour la conserver. Là où elle serait étonnamment prise pour acquise, la liberté est selon Michelle Obama un « droit qui se mérite chaque jour. » Il faut se battre pour la préserver et la protéger.

Un message d’encouragement afin que tout jeune puisse se battre pour ses rêves et aspirations : « Tout est possible si vous êtes prêts à travailler pour et vous battre pour ça » conclut la native de Chicago.

Serena Williams, « Pourtant, je m’élève »

Serena Williams

C’est avec un poème de la poétesse africaine-américaine Maya Angelou que Serena Williams clôturera son discours d’acceptation du prix de la meilleure sportive de l’année 2015 remis par le magazine américain SportsIllustrated. Vêtue d’une robe noire, le regard bienveillant, elle revient sur des moments difficiles de son parcours. Blessures, humiliations… rien n’a été facile pour l’une des sportives les plus titrées de l’histoire du tennis. Trop « noire », trop « forte », ou même trop «femme», tous les prétextes ont été bons pour rabaisser la trentenaire. Mais c’est avec force et détermination qu’elle dit relever ses objectifs et qu’elle affirme qu’elle n’est pas prête de s’arrêter là. Sourire au lèvres, elle cite alors quelques vers du poème « Still I rise » ( traduit en français par « Pourtant, je m’élève ») de l’illustre Angelou avant de quitter l’estrade sous les applaudissements :

« Vous pouvez me rabaisser pour l’histoire,Avec vos mensonges amers et tordus,Vous pouvez me traîner dans la boue,Mais comme la poussière, je m’élève pourtant.Vous pouvez m’abattre de vos paroles,Me découper avec vos yeux,Me tuer de toute votre haine,Mais comme l’air, je m’élève pourtant ».

Lupita Nyongo, hommage à la beauté intérieure

Lupita Nyongo

Parmi toutes les récompenses reçues pour son jeu d’actrice dans le film Twelve Years a Slave, (dont celui de l’Oscar du meilleur second rôle), Lupita Nyongo a de quoi être fière. En 2014, Essence, le magazine féminin lui délivre donc, à nouveau ce prix pour le film qui l’a fait connaître au grand public. Sur l’estrade, c’est par l’intermédiaire de la lettre d’une de ses admiratrices, que l’actrice aborde ainsi un sujet particulièrement tabou : l’acceptation de sa couleur de peau. Par le biais de la lecture de ce courrier, Lupita en profite pour partager avec son audience des épisodes marquant de son enfance, où, complexée par la noirceur de sa peau, elle priait pour se réveiller avec un teint plus clair. Son taux de mélanine était un complexe, qui l’habitait, la rongeait. La voix enrouée, la primée exprime une ôde à la beauté intérieure et plurielle : « Vous ne pouvez pas manger la beauté. Vous ne pouvez pas faire confiance à votre apparence pour survivre. Ce qui est vraiment et fondamentalement beau, c'est la compassion.

Pour vous et les gens autour de vous. Ce genre de beauté enflamme le coeur et enchante l’âme. Il n’y a pas de nuance à cette beauté », conclut-elle.