Mariage forcé : Mon père voulait me donner en mariage au plus offrant

“ Ne m’appelez pas madame”

Mariage forcé : Mon père voulait me donner en mariage au plus offrant

Copyright Thembela Nymless Ngayi

Écrit par ELLE.CI
Publié le 10 mars 2019 à 12h33

“ Ne m’appelez pas madame”

Rencontrée à Dori dans la région Sahélienne du Burkina Faso, dans le cadre de la campagne d’abandon du mariage forcé baptisé “ Ne M'appelez pas Madame” lancée par l’UNICEF, cette jeune femme dont nous avons changé le nom, raconte son témoignage, elle explique comment elle a échappé au mariage forcé.

Ma vie a basculé quand j’ai eu mes 14 ans. J’étais en classe de quatrième cette année-là. Je me souviens être revenue de la classe en fin de journée, j’ai trouvé mon père entouré d’autres hommes que je connaissais. Ils étaient dans le même campement que nous, mais je ne savais ce qu’ils faisaient chez nous. J’ai eu un mauvais pressentiment. Ils n’étaient pas vraiment amis à mon père, je ne savais ce qu’ils venaient faire chez nous. Je voulus me rapprocher pour en savoir d’avantage, ma mère m'arrêta en me disant que c’était une réunion des hommes. Je n’avais rien à faire là-bas. Je retournais dans ma chambre en posant des questions. Je me sentais ainsi, parce que des jours plus tôt, on avait appris à l’école qu’une élève de ma classe du même âge que moi venait de se faire marier par force par un vieillard du campement voisin.

Je savais que mon père voulait me trouver un mari, mais je ne savais pas encore quand il allait passer à l’action. Je craignais ce jour-là, donc naturellement, je guettais tout ce qui se passait. Je ne voulais pas me marier, je voulais finir mes études et devenir une grande dame. Le mariage forcé ne faisait pas partie de mes projets.

Cette nuit-là, je n’ai pu fermer l’œil, j’avais peur que des hommes viennent m’enlever de mon lit, les jours suivaient, je revenais de l'école et je voyais mon père avec de nouvelles personnes. Tous les jours, ils recevaient des hommes différents chez nous. Quand j’arrivais, je saluais avant d’aller me réfugier dans mon lit. Et les soirs, j’avais les mêmes pensées qui me hantaient.

Finalement, deux mois plus tard, j’ai eu réponse à mes questions. C’était bien ce que je craignais. Mon père était en train de me chercher un mari. J’ai appris par ma mère que j’allais bientôt être mariée à un des hommes que papa recevait. Ces hommes qu’il recevait à la maison étaient  ceux à qui il voulait me marier. Il avait fait une annonce dans le village pour annoncer que j’étais en âge d’être mariée. Il voulait un époux pour moi très vite, donc il recevait ces hommes chez nous pour écouter leurs propositions. C’étaient mes prétendants et moi, je n’en savais rien. On m’avait tenu à l’écart de tout ceci. Je me sentais très mal. J’avais l’impression d’être trahie par mes parents. Je n’avais pas mon mot à dire. Ils préparaient mon mariage, moi, je n’en savais rien. Même ma mère, me l’avait caché.

Le lendemain, j’en informais mon professeur à l’école. Ils nous avaient demandé de le faire quand on était victime de la pratique avant nos 18 ans. Mon professeur en parla au directeur de l'établissement, un comité se mit en place pour aller voir mes parents.

Un après-midi, à la fin des cours, le comité formé m'accompagna à la maison pour voir mes parents. A la vue des enseignants, mon frère informa mon père qui sortit de la maison en sursaut avec son gourdin. Il vint me tirer d’entre eux pour me battre. Il me donna quelques coups avant d'être arrêté par le comité. On réussit à le calmer une trentaine de minutes plus tard. Il savait pourquoi ces hommes étaient chez nous, il m'en voulait d’avoir organisé la rencontre.

Après s’est calmé, la rencontre pouvait commencer. Pendant des heures, ils parlaient de moi. Ils essayaient de convaincre mon père de me laisser continuer les études. Ils lui expliquaient aussi toutes les conséquences liées au mariage forcé. J’entendais mon père hurler dans la cour, il me maudissait. Il disait que l’homme blanc m’avait aliéné. J'entendais dire que je n’étais plus sa fille.

A la fin de cet échange, on m’appela dans la cour pour savoir mon avis sur la situation. En larmes, j’expliquais que je ne voulais pas être mariée. Je voulais poursuivre mes études.

Mon père me dévisageait, puis dans un élan de colère, il se dirigea dans la case. Il demanda à ma mère de sortir mes affaires. Il lui disait que je n’étais plus sa fille, mais celle du blanc. Il ne voulait plus me voir chez lui. Il a demandé que je parte de la maison avant qu’il ne me tue. Je fus obligée de quitter la maison avec les professeurs. Ils avaient échoué. Mon père ne voulait plus rien savoir de moi.

Les premières semaines, je fus accueillie par une enseignante de l’établissement. Ensuite, une association me prit en charge pendant toute l’année scolaire.

A la fin, je fus admise dans un internat. J’ai repris contact avec ma mère qui vient me voir souvent à l’internat. Elle m’apporte des vêtements et des vivres. Elle dit que je pourrai bientôt rentrer à la maison. Mon père était prêt à m’accepter. J’attends que ce moment arrive.

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