C’est mon histoire : je suis le fruit d’un adultère

Le poids de la honte.

C’est mon histoire : je suis le fruit d’un adultère
Écrit par ELLE.CI
Publié le 23 février 2018 à 19h25

Le poids de la honte.

Lucie s’est toujours sentie à part dans sa fratrie : trop ronde, trop petite, trop claire. Quand, elle a été en âge de comprendre, Lucie a découvert qu’elle n’était pas vraiment une des leurs. Elle nous raconte un secret de chimère difficile à porter.

« Moi, ronde et claire, je ressemblais plus à la voisine qu’à la petite sœur. »

Le vilain petit canard

J’ai toujours été à part dans ma famille. Sur toutes nos photos de famille, j’ai l’air d’une intruse. A l’école, pas grand monde ne me croyait quand je disais être la sœur de Corolle. C’est que Corolle était et est toujours d’ailleurs une beauté ébène. Moi, ronde et claire, je ressemblais plus à la voisine qu’à la petite sœur. Elle me disait de ne pas les écouter et que nous avions les même yeux et qu’à elle ça suffisait. Puis, sont nés Jean-Philippe et Maxens et aucun des deux ne me ressemblait non plus.

« A la toute fin, elle m’a demandé de ne pas en parler à papa. »

Je peux comprendre que des frères et sœurs ne se ressemblent pas. Mais comment vous expliquez que tous se ressemblent sauf un ? J’ai demandé pour la première fois à ma maman quand j’ai eu l’âge de 10 ans : pourquoi j’étais différente des autres ? Elle n’a pas su me convaincre. Elle a parlé d’enfants qui ressemblaient parfois à un grand-père ou à un aïeul plus lointain, de résurgence, de beaucoup de choses, en regardant partout sauf dans mes yeux. J’avais 10 ans mais j’ai senti que quelque chose clochait. Je voulais la croire. Je voulais qu’elle soit convaincante. Je voulais être convaincue. Mais son explication ne l’était pas. A la toute fin, elle m’a demandé de ne pas en parler à papa.

La fille à son papa

Papa ! Alors qu’on était en train de discuter ou de s’affairer dans des histoires très sérieuses telles que la construction de la plus haute tour de lego, de la disparition des dinosaures, de l’importance de prendre son gouter à heure fixe, il paraissait tout à coup perdu dans ses pensées. Il me regardait quelques minutes sans mot dire puis après m’appelait sa fille et me prenait dans ses bras. Quand je lui faisais remarquer, il me demandait si on ne pouvait pas admirer ses enfants en paix. Mon père, je l’aimais, je l’aime, je l’aimerai.

« Mon père avait trompé ma mère et chaque jour je lui rappelais sa honte. »

Je n’ai plus posé de questions à mes parents après cette fois-là. Pour toutes les questions persistantes du dehors,  j’ai tout simplement arrêté de répondre. Quand j’ai commencé à en savoir un peu plus sur les relations humaines, sur les relations de couples, l’évidence m’a sauté aux yeux : j’étais un enfant adultérin. C’était la seule explication. J’étais le fruit d’une relation extraconjugale de mon père. Ma mère n’était pas ma mère. Qui était ma mère ? Je bouillais de rage. J’en voulais à tous de m’avoir caché la vérité. Mon père avait trompé ma mère et chaque jour je lui rappelais sa honte.

« Avec ma conclusion, je suis allée affronter mon père. »

L’affrontement

Avec ma conclusion, je suis allée affronter mon père. Il a vu à mon air que quelque chose n’allait pas et m’a demandé de m’assoir. J’ai refusé en lui hurlant que je ne m’assiérais plus à côté d’un homme qui m’avait menti mais qui par-dessus-tout avait fait du mal à ma mère. Je lui ai crié que je le haïssais. Il a tenté de me prendre dans les bras, je me suis dégagée en lui hurlant de reculer, de partir loin. Je criais tellement que ça attiré ma mère. Elle est arrivée en courant et en pleurant me demandant de me taire. Je me suis retournée vers elle lui demandant pardon de lui rappeler sa honte, tous les jours, depuis que j’étais arrivée dans cette maison. Je lui disais que je serai toujours sa fille, que je n’avais pas d’autre mère, qu’elle m’avait tout appris et que je n’en voulais pas d’une autre.

La révélation

Elle m’a prise par la main et m’a fait asseoir. Elle a aussi appelé papa près de nous. Je me suis reculée. Elle s’est mise à genoux. Papa lui a demandé de se relever, que ce n’était nécessaire, que c’était fini comme ça. Mais elle restait prostrée en murmurant pardon, pardon, pardon. C’est alors que j’ai compris que c’était elle.  C’était maman qui avait fauté. Mon père n’était pas mon père. Ce n’était pas possible, j’étais sa fille préférée. Mes frères me charriaient tout le temps à ce sujet. Je suis restée là ne sachant plus quoi faire ou penser. 

« Je les fuis tous d’ailleurs. »

Une partie de moi est morte ce jour-là. J’aurais préféré ne jamais savoir ce que j’ai découvert ce jour-là parce que désormais tous les regards, les murmures ont pris un autre sens : ils parlent de moi.  Ça va faire cinq ans maintenant que je le sais et que je vis avec. J’étais très proche de papa avant, mais depuis je le fuis. Je les fuis tous d’ailleurs. J’évite autant que possible les réunions familiales. J’ai honte. J’ai tellement honte. Il dit que ça ne change rien mais la honte est là. Il dit qu’il m’aime mais je n’arrive pas à comprendre comment ? Pourquoi ? Je n’arrive pas à rétablir la communication. Je n’arrive plus à rien. J’attends juste d’être indépendante financièrement pour partir.

 

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