C’est mon histoire : je suis devenue maman à 15 ans

Jamais sans ma fille

C’est mon histoire : je suis devenue maman à 15 ans
Écrit par ELLE.CI
Publié le 06 avril 2018 à 09h31

Jamais sans ma fille

Marina n’avait jamais imaginé devenir mère à 15 ans. Elle n’avait même jamais imaginé devenir mère tout court. La maternité ne faisait pas partie de ses préoccupations. Elle était plutôt intéressée par les choses de son âge. A 15 ans, elle a dû grandir tant bien que mal.

« Je suis donc partie assez précipitamment chez une sœur de ma mère pour officiellement soigner un palu persistant. »

Quand je regarde Mindy aujourd’hui, je suis fière de mon parcours. Mais j’en ai bavé pour en être là. J’ai dû revoir mes priorités et aussi reculer pour mieux sauter. Quand j’ai constaté que j’étais enceinte, je n’y ai pas d’abord cru. Mais les mois passant et l’aménorrhée persistante, l’évidence ne pouvait plus être niée. J’en ai parlé à ma mère qui a pleuré toutes les larmes de son corps. Elle m’a dit de ne rien à mon père ; le pauvre ne le supporterait. Aujourd’hui quand je vois papa jouer avec Mindy, je me dis que c’était plutôt elle qui ne l’aurait pas supporté. Je suis donc partie assez précipitamment chez une sœur de ma mère pour officiellement soigner un palu persistant.

Mindy est là

J’aurais bien aimé avertir le père. Mais il y avait tellement de possibilités que je n’ai attribué à personne ma grossesse. Ma tante ne me ménageait pas. Loin de là, enceinte ou pas, je participais à la vie de la maison et il lui arrivait de me commissionner faire le marché. Aucun travail ne m’était épargné et cela ne me dérangeait pas. J’en faisais autant à la maison. C’est d’ailleurs sur le chemin du marché que le travail a commencé. Toute cette activité physique durant la grossesse m’a aidé à avoir un accouchement aisé. Mindy est venue 2 heures après que je sois arrivée à la maternité. La sage-femme qui me suivait ne paraissait pas ravie pour moi. Elle a osé dire que je n’avais pas assez souffert pour ma « bêtise ». Quel degré d’amertume faut-il avoir dans sa vie pour en arriver à formuler ce genre de vœux ?

« Mindy est née et personne n’est venu la voir. J’ai compris que personne ne viendrait la voir. »

Quand je suis tombée enceinte, j’étais en classe de 3ème. Mindy est née et personne n’est venu la voir. J’ai compris que personne ne viendrait la voir. J’ai compris qu’il n’y aurait que moi, ma tante et puis c’est tout. Après une semaine pendant laquelle je fus ménagée, ma tante m’a fit comprendre que ce bébé ne serait pas à sa charge, qu’il était temps que je fasse rentrer des revenus. J’étais tellement épuisée par le bébé que je n’ai pas pu pleurer. J’ai appelé ma mère qui m’a dit qu’elle ne pouvait rien faire, que ce serait suspect. Je lui ai demandé si personne ne s’inquiétait que je ne revienne pas, J’étais partie me soigner. Elle n’a pas répondu.

« J’ai été contacté par une seule famille pour m’occuper de leur fille au CM2. »

Moi qui me voyais reprendre le chemin de l’école et offrir un avenir à ma fille, je me retrouvais à faire toutes sortes de petits boulots sous-payés afin de survivre au jour le jour. J’ai commencé comme serveuse, vendeuse, danseuse,… Rien de tout ça n’a duré parce que ce n’était pas compatible avec la présence d’un bébé. Puis un soir, j’ai eu une illumination : Répétiteur. J’avais quand même un niveau 3ème. Je faisais ma publicité essentiellement à la sortie de l’Eglise. J’ai été contactée par une seule famille pour m’occuper de leur fille au CM2. Je leur ai expliqué ma situation. Ils ont dit oui. Je continue à croire que ce sont des anges.

Mes anges gardiens

La maman de Sophie a été curieuse de mon sort, de ma vie. Je n’avais plus personne alors au fil de nos rencontres, je lui racontais ma vie et mes envies. Après que sa fille ait obtenue le CEPE, elle m’a tendu une enveloppe en me disant qu’il allait me falloir être responsable parce que je n’étais plus seule et que Mindy n’avait que moi. J’ai serré cette petite enveloppe jusque chez moi en priant qu’il y ait assez pour tenir les mois de vacances. A l’intérieur, il y avait tous les documents d’ouverture d’un compte bancaire. Quand j’ai vu le montant du solde. J’ai béni Dieu de l’avoir rencontrée. Il y avait suffisamment d’argent pour les mois de vacances et les 3 années scolaires suivantes.

Nouveau départ

J’ai repris le chemin de l’école en septembre. Ma tante avait accepté de garder Mindy qui désormais avait 15 mois. N’allez pas croire qu’elle le faisait d’un soudain grand élan de générosité. Elle avait perdu son emploi et j’avais de quoi subvenir aux dépenses journalières. J’ai continué à donner des cours de soir, mais à un autre enfant. La famille de Sophie n’était pas revenue à Bonoua après les vacances. L’année qui a suivi ma maman est décédée. Elle est partie sans jamais voir sa petite fille. C’est l’un de mes plus grands regrets, mais c’est aussi cet évènement qui m’a permis de renouer avec le reste de ma famille.

« Il a juste ouvert les bras et nous a serré de longues minutes. Puis il a dit qu’elle avait ses yeux »

Quand je suis arrivée pour les funérailles avec Mindy dans les bras, Papa n’a pas dit un mot. Il a juste ouvert les bras et nous a serré de longues minutes. Puis il a dit qu’elle avait ses yeux et qu’il était sûr qu’elle était très intelligente. Après nos retrouvailles, je suis revenue vivre avec Papa. J’ai failli retomber dans mes mauvais penchants de me retrouver avec mes amies d’avant. Après quelques mois d’errance, je suis revenu à la raison et j’ai continué d’avancer. Ils n’ont pas tort ceux qui disent que les enfants sont une source de bénédiction : ma coupe n’a plus jamais désempli. J’aurais bientôt mon master 2 en ressources humaines. J’ai hâte de voir ce que l’avenir me réserve.

 

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